Primaires de la droite

C’est parti !, et pendant près de dix mois, si l’on prend aussi en compte la période de mise en place d’un nouveau gouvernement, les Français vont devoir vivre au rythme des élections présidentielles, mais aussi législatives – les secondes, occultées d’ailleurs par les premières. Oui !, nous allons devoir nous fader ad nauseam tous ces bavardages, toutes ces « bonimensonges ». Pourtant, les jeux sont faits et chacun sait déjà de quoi ce pseudo évènement va accoucher : un duel de premier tour entre le Front national et l’UMPS[1], c’est-à-dire entre l’extrême droite et la droite mole, puis une défaite de Marine qui néanmoins fera mieux que son père en 2002 et s’en gaussera. Il n’y a aucun suspens, et personne, ni Macron ni un autre, ne changera rien au scénario écrit par les médias. Et puis, les choses continueront comme avant, sans changement de cap : bonnet blanc et blanc bonnet.

Mais les médias, malgré l’insipidité du moment, l’absence de contenu des échanges, la pauvreté des idées prétendument réformatrices, feront leur métier qui consiste à transformer tout évènement, aussi insignifiant soit-il, en spectacle, chauffant des salles où rien ne peut ni ne doit se passer par des artifices de communication très élaborés et totalement rodés ; et ce faisant, feront écho, bruyamment, à des discours vains, des postures convenues, des promesses auxquelles personne ne croit, remplissant vaille que vaille du tintamarre d’une kermesse de foire, le silence sidéral du monde politique. « Trop fort ! », comme disent les djeuns. Mais c’est ainsi : l’état est un obèse impuissant, vautré sur sa couche, notre modèle est en ruine, le chômage continue à croitre, comme la fortune des plus riches ; et les hommes politiques s’agitent comme des marionnettes désarticulées par les forces du Marché et les lobbys qui œuvrent. Les classes populaires le payent : précarité, pauvreté, violence, mais, « the show must go on » ; et le système tenir debout, malgré tout : malgré la désespérance de toute une partie marginalisée de la population. Mais ceux-là n’intéressent personne, et des voix commencent d’ailleurs à s’élever pour les faire disparaître, éteindre leur voix[2].

Qu’en est-il de la démocratie quand les médias ont déjà écrit le synopsis de cette séquence plus médiatique que politique ? Ils ont choisi les protagonistes, installé tôt le duel entre les candidats que de vagues sondages avaient promus  et qui les rassuraient ; et ils ne changeront pas leur plan média, contribuant de cette façon, et de manière déterminante à la confirmation de leur première prédiction.

Mais rassurons-nous, tout cela est de peu d’importance. Non pas que la politique ait cessé d’être nécessaire : elle l’est plus encore aujourd’hui qu’hier, mais ni les médias ni les partis politiques ne font malheureusement de politique ; ils font l’un et l’autre de la com, ce qui est leur façon de faire leurs affaires. Et de toute façon, aucun candidat du système ne souhaite changer le système, le réorienter, encore moins le reconstruire. Tout système, pour le dire d’une formule spinoziste est animé d’un conatus qui le pousse à se préserver, à générer ce qui garantir sa pérennité, éventuellement le faire croitre et. Sans céder totalement à l’analyse de Christophe Guilluy qui, derrière les chiffres qu’il ausculte en géographe professionnel, nous donne à mesurer la profondeur de la fracture entre la France embourgeoisée des métropoles, surreprésentées, pro-européenne, qui continue à s’enrichir, et une France périphérique de la relégation qui s’appauvrit régulièrement[3] et ne tire aucun intérêt de la mondialisation, je crois effectivement que cette élection ne concerne pas ce qu’il nomme la France populaire, un territoire que l’UMPS ne représente pas, et le Front National, si mal.

Et, à l’automne 2017, la politique ne changera pas : la dette nationale continuera à augmenter, comme les impôts et le chômage, ou le nombre de radars sur nos routes, ou encore comme l’écart de revenus entre les plus pauvres et les plus riches[4]. C’est une évidence que nous constaterons bientôt. Et notre démocratie sera toujours aussi peu démocratique : aucune question de fond ne sera posée aux Français, car la France d’en haut a effectivement peur de la celle d’en bas. Pourtant, cette France bourgeoise, issue de la Révolution, n’a pas grand-chose à craindre et dispose de tous les leviers régaliens. Et je ne vois pas ce retour du bâton s’annoncer, malgré « Nuit debout », car les médias veillent – médias qui, aujourd’hui, appartiennent quasiment tous à des banques, ou à des groupes industriels.

Et si je pense que toutes ces élections sont de peu d’importance, c’est bien que les choses se passent ailleurs. Ce n’est plus la classe politique qui gouverne, trop obnubilée par la sauvegarde de ses privilèges, trop occupée à sauver ce qui peut l’être d’un système failli. C’est le Marché qui décide, et le monde de demain ne se construit pas par MM. Valls, Macron ou Juppé. Il est construit par Mark Zuckerberg,  Sundar Pichai, Tim Cook, Jeff Bezos, ou encore par Elon Musk. Tiens !, que des hommes, tiens !, que des Américains ? Non !, j’ai oublié Jack Ma. Je remarque quand même que Ma Yun, c’est bien son nom, a choisi de se faire appeler Jack. C’est ainsi : Bill Gates a toujours eu beaucoup plus de pouvoir qu’Obama ; alors, Juppé ou Sarko… ; leur pouvoir se réduit à nous pourrir un peu plus la vie, et le monde de demain se construit ailleurs, sans eux qui restent à jouer dans leur bac à sable. La domination des marchés signe la fin de l’État-nation.

[1]. Évidemment, l’UMP a changé de nom, mais l’acronyme tient toujours pour désigner ce que Jean-Claude Michéa nomme l’« alternance unique », et dont Cohn-Bendit déclarait « Il faut arrêter de se mentir, l’UMPS existe bien ».

  1. 2. Je pense à ces propositions curieuses de donner, aux élections, plus de poids à ceux qui sont plus proches, sociologiquement, du système bourgeois, ou disons le autrement moins dans les marges. Il faudra en reparler.

[3]. Christophe Guilluy « Le crépuscule de la France d’en haut ».

[4]. Il y a quelques jours la MSA déclarait que 30 % des agriculteurs – qui sont des chefs d’entreprises – gagnaient moins de 400 €/mois. Dans le même temps d’autres chefs d’entreprises gagent plus de 200 000 €/mois. J’en conclus que les seconds valent plus de 500 fois les premiers ; ce qui ne les empêchera pas de nous parler de cohésion sociale, ou d’humanisme.