Nostalgie

J’ai du temps, je range des trucs. Autant le faire pour éviter à mes héritiers cette corvée. Ils auront suffisamment à faire ; et préfèreront s’intéresser à la cave. J’ai gardé de mon enfance mes albums de timbres. Je les retrouve, sans doute devrais-je les donner à l’un de mes petits-enfants. Mais cela peut-il intéresser l’un d’entre eux ? Je feuillète les grands classeurs Yvert & Tellier, des souvenirs d’enfance me remontent aux narines, tendres effluves d’un temps lointain. Gamin, je préférais passer des heures studieuses à classer des timbres, alors que mon frère ainé allait, lui, jouer au football avec ses copains ; il était plus balaise que moi. Je regarde ces petites vignettes qui magnifiaient la France : personnages célèbres, sites touristiques de la métropole et de nos anciennes colonies. Mon esprit s’évade et je revois aussi les trains des années de ma jeunesse, avec leurs compartiments et les photos en noir et blanc de nos plus beaux sites. La Poste, la SNCF, de grandes entreprises nationales et populaires qui savaient assumer leurs missions tout en magnifiant notre beau pays, participer, à leur façon, à notre roman national.

L’année philatélique 59, je l’ai sous les yeux, débutait par des images du Palais de l’Élysée avec le drapeau national en premier plan – non ! pas celui de l’UE ; un timbre à 30 francs, vert foncé. Puis, à côté, Évian-les-Bains, Rivière sens en Martinique, et sur la même page, les héros de la Résistance honorés par cinq timbres, mais aussi le Centre atomique de Marcoule et le Palais du CNIT, et puis encore des « célébrités françaises », et toujours la mise en valeur de nos villes. Tous ces timbres nous parlent d’une certaine France, de ses régions, de ses villes, de ses hommes et femmes d’exception, une France sans honte, fière, mais qui disparait faute d’être suffisamment aimée, défendue par les Français. Et je remarque aussi la beauté de ces vignettes, monochromes pour l’essentiel, grises, bleu céruléen ou outremer, rouge ou sépia, vert olive… Quelle beauté !

Je compare avec les timbres d’aujourd’hui, aux couleurs éclatantes, la photo remplaçant souvent la gravure en taille douce. Quelle vulgarité ! Et puis on a perdu les dents, sacrilège ! Mais c’est à l’image d’une époque sans dents – comme dit l‘autre –, en fait, sans couilles.

J’ai le droit !

Je gare mon véhicule sur un modeste parking devant la « Salle du marronnier » dans le bourg de Theix. Il est midi, il fait un peu frais, la place de ce petit village breton est déserte et les places de stationnement sont quasiment toutes libres. Une seule est réservée aux Personnes à Mobilité Réduite et est bien aménagée avec la distance latérale augmentée pour permettre la manœuvre du fauteuil.

J’attends quelqu’un, au chaud dans ma voiture. Un autre véhicule, modèle récent, voiture neuve, arrive et se met sur la place handicapée. Une dame, la soixantaine, en sort, alerte, ferme la voiture, puis part faire des courses d’un pas décidé. J’en suis choqué.  

Après son départ, je vais vérifier derrière son parebrise : elle a bien la carte « handicapé ». Elle a donc usé d’un droit. Mais quand même… Qu’elle soit vraiment handicapée, ce qu’on ne mesure pas, en la voyant marcher d’un pas si rapide et si aisé, ou qu’elle ait pris la voiture d’un parent réellement handicapé m’importe peu. Ce que je remarque, c’est qu’il n’y avait qu’une seule place aménagée pour les handicapés en fauteuil, que de nombreuses autres places étaient libres tout à côté, et que cette personne qui n’en avait pas besoin, mais qui pouvait utiliser un droit, le sien ou celui d’un autre, a souhaité s’en prévaloir quitte à empêcher un « vrai » handicapé venant après elle d’utiliser cette place. Elle n’a donc pas usé d’un droit, mais en a abusé.

Et je n’y vois pas seulement un manque total de politesse, ce qui n’aurait pas justifié ce texte d’agacement. J’y vois une certaine approche perverse des droits. Pour certains, à l’évidence, un droit peut être un privilège et utilisé, revendiqué comme tel : « J’ai le droit ! ». Que cette formule pue, que cette formule m’agace. C’est tout le problème de notre modernité occidentale. Il n’y a plus de citoyens souhaitant revendiquer et assumer ses devoirs ; il n’y a plus que des consommateurs de droits. Triste époque dans laquelle je ne me reconnais pas.

Encore un matin

Tout est lié, et je ne sais si le dire relève du simple truisme ou d’une découverte politique. Mais la question du souverainisme, si clivante, c’est aussi celle, plus sociale, voire psychologique, de l’individualisme (versus conformisme), car la nation est aussi à l’image des individus qui la composent. Et c’est encore, celle, douloureuse, de la démocratie, c’est-à-dire la question de la liberté des citoyens à décider par eux-mêmes de ce qui les concerne et de faire tout ce qui ne nuit pas à la liberté des autres ou à la paix civile. Car comment pourrait-on exiger que notre nation soit souveraine, si chacun d’entre nous, à son niveau singulier, n’est pas capable de se déterminer par lui-même et n’est pas autorisé à mettre sa vie en accord avec ses convictions intimes ?

Personnellement, je nous vois, en occident, et particulièrement en France, confrontés à un certain nombre de problèmes majeurs, létaux, que je hiérarchise ainsi :

–          La perte progressive des libertés individuelles ;

–          La dégradation de l’environnement ;

–          La montée de la violence ;

–          La subordination de l’homme à la machine ;

–          La dématérialisation des relations ;

–          La fin de la puissance d’agir individuelle.

 Et tout est lié, car cette liste qui révèle sans doute et ma sensibilité personnelle et mes préoccupations les plus fortes, aurait pu prendre une tout autre forme et être résumée par un constat plus trivial : nous allons dans le mur, menés par une élite avant-gardiste et « progressiste » de leaders du monde politico-entrepreneurial, encadrés comme ces veaux qui vont à l’abattoir, « comme en quarante ! », par une bureaucratie supra nationale ; et tout cela nous est présenté comme allant dans le sens de la fin de l’histoire, inéluctable, voire nécessaire. L’homme serait donc prisonnier d’une fatalité, condamné à payer une faute ? Laquelle ? Mais si vous êtes un homme blanc occidental, la faute est évidente, et si vous essayez de défendre votre culture en appelant au secours Rabelais, Voltaire ou Le Clézio, Delacroix ou Bocuse, alors ce sont autant de « preuves » de votre arrogance de petit blanc occidental, macho et franchouillard.

 Le fond du problème est donc aussi celui de la décadence de notre civilisation ; et faut-il rappeler que la décadence c’est l’indifférence aux valeurs fondatrices de sa société, de sa civilisation et, de ce point de vue, la prolixité de la communication politico-médiatique cache toujours, chez ces communicants de profession, l’indigence des idées que ces valeurs leur inspirent. En fait, on a vraiment l’impression de se retrouver au point où en était l’Empire romain aux premiers siècles de notre ère : décadence civilisationnelle, un empire menacé de l’extérieur et dont le limes était constamment fracturé par des hordes de « barbares » poussés à migrer vers l’Empire pour faire face à des guerres, des aléas climatiques – oui, déjà –, une raréfaction des ressources, le goût de la conquête, et, enfin, un empire travaillé de l’intérieur par des sectes préchrétiennes. Aujourd’hui, s’il faut achever cette comparaison sur ces trois points, il faut pointer une secte religieuse postchrétienne, qui nous arrive des États-Unis et qui doit nous inquiéter, car on en parle déjà comme d’une religion (le livre de Jean-François Braunstein).

Sommes-nous condamnés ? et devons-nous nous laisse faire, mourir en silence, en murmurant gentiment des excuses ? Sans sursaut national, oui ! Et c’est là où nous devons revenir à une vision gaullienne de l’histoire, revendiquer un patriotisme non xénophobe – celui des combattants ukrainiens –, un nationalisme pacifiste, un individualisme solidaire et ouvert à l’autre, une non-violence radicale, une envie d’Europe, mais d’une autre ; et, sans attendre les autres, reconstruire la France en retrouvant l’esprit qui anima le Général de Gaulle pour refonder la France de l’après-guerre, mais sur un autre modèle. Oui, en quarante, tout semblait foutu, et sans les Britanniques… De même que chacun ne peut attendre de l’État la résolution de ses problèmes, la France ne peut ni attendre de l’Europe des solutions ni se permettre d’attendre qu’une crise passe et qu’une autre arrive.

J’ai essayé, dans cette courte contribution de prendre le problème par tous les bouts. C’est, quelle que soit la façon dont on en parle, non pas un problème économique qui attendrait sa réponse économique inspirée par les experts de la Commission européenne, ce que certains veulent nous faire croire (Messieurs Macron ou Le Maire), mais un problème politique appelant une réponse politique, nationale, populaire. Et de ce point de vue, l’offre politicienne est aujourd’hui nulle, et croire qu’en fermant les frontières on va tout régler, ou que les immigrés sont le problème, alors qu’ils ne font que participer à un problème plus vaste, est une illusion. Voter Macron, le mondialiste hors sol, est suicidaire ; Mélenchon, le Robespierre des temps nouveaux, extrêmement dangereux pour nos libertés – après 89 vient 93 ; quant aux vieux partis, on sourirait presque : ah ! vous êtes encore là ? Mais, je suis désolé, Zemmour, qui ne dit rien de la démocratie, rien de la révolution 4.0 (celle si chère à Schwab et à ses collègues de Davos), rien des tares congénitales de notre modernité (bureaucratisme, juridisme, économisme, mécanisme), n’est pas plus convaincant, même si je ne doute pas de son honnêteté. On ne peut réduire un projet politique à une fermeture des frontières, même si elle s’impose absolument pour des raisons de survie.  

Mais c’est aux gens de choisir, et ne pas choisir, c’est trancher par défaut, mais mollement, trancher dans le mou, dans le gras du ventre mou d’une société qui reste bourgeoise et repue. Soit on accepte d’être gouverné par ce que je nomme l’attelage fatal du Marché et de la Bureaucratie étatique et supra étatique (M. Thierry Breton, si l’on doit chercher un symbole). Si oui, il faut alors accepter de ne plus être un citoyen porteur de valeurs et acceptant ses devoirs, parfois ingrats, et d’être réduit au statut de consommateurs (de produits et de droits). Soit on souhaite que le peuple (Mme Michu comme Mme Bettencourt Meyers) soit « gouverné par le peuple, pour le peuple », et on doit exigerdeux refondations : celle de la démocratie et celle de l’EU.

Sur la refondation de la démocratie : Ce court billet d’humeur ne permet pas d’exposer des solutions pourtant simples et radicales, non pas pour « régler le problème », mais pour, déjà, faire un pas important dans ce sens. Les solutions existent, faciles à mettre en œuvre si la volonté est là. Mais comment pourrions-nous changer de paradigme, si l’essentiel des décisions est pris à Bruxelles par des fonctionnaires sans légitimité démocratique ?

Sur la question de l’UE : Puis-je ici me revendiquer européen convaincu et, dans le même temps, très eurosceptique. À l’évidence, le projet européen maastrichtien n’est pas le bon et ne correspond pas à ce que de Gaulle ou Seguin souhaitaient – ne parlons pas des Français. Il nous faut imaginer une confédération européenne dans laquelle les nations seront souveraines, l’imposer ou rien…

En effet, c’est la question démocratique qui se joue à ce niveau. Le plus illustre des citoyens de Genève, qui expliquait au XVIIe siècle que « plus l’État s’agrandit, plus la liberté diminue », le disait bien dans « Du contrat social » : « La Monarchie ne convient donc qu’aux nations opulentes, l’Aristocratie aux États médiocres en richesse ainsi qu’en grandeur, la Démocratie aux États petits et pauvres ». Et c’est une évidence, un état de grande taille, comme l’UE, ne peut être géré démocratiquement.  Et la France qui était un grand pays jusqu’au XVIIIe siècle, est devenu un petit pays dans un cadre mondialisé où tout lui échappe. Ainsi faire l’UE (fausse bonne idée) c’est donc condamner en France la démocratie. Car la nation, c’est aujourd’hui, plus qu’hier, compte tenu d’Internet, la bonne taille pour une démocratie réelle, participative. Et on peut donc écrire, sans chercher la polémique, que F. Mitterrand ou F. Hollande par exemple, mais pareillement J. Chirac ou N. Sarkozy sont ou ont été des aristocrates, fossoyeurs de la démocratie.

Mais quand on tient ce type de propos, trop de gens répondent qu’on n’y peut rien qu’on a, de toute façon, signé des traités et qu’il n’est plus possible de sortir de l’UE. Évidemment, le Brexit a rendu ces gens moins à l’aise avec ce dernier argument. Ce qu’on peut rajouter, c’est que des traités internationaux ont toujours été signés depuis la nuit des temps, mais toujours aussi, renégociés ou violés ou abandonnés. D’ailleurs, l’essentiel des traités en vigueur n’est pas respecté et j’aurais envie de dire, à la Clausewitz, que si la guerre, c’est la continuation de la politique par d’autres moyens, la diplomatie, c’est l’art de renégocier ou de violer les traités. Et puis voyons les choses simplement : Plus encore depuis la sortie de la Grande-Bretagne – et , étant un breton continental, je me demande parfois si la petite bretagne ne devrait pas demander son rattachement à la Grande (Joke !) –, l’UE, c’est la France et l’Allemagne ; et, sans la France, l’Europe deviendrait un Quatrième Reich dans lequel, l’Espagne et le Portugal, par exemple, ne pourraient rester – j’utilise le terme de Reich sans outrance, en pensant moins au troisième qu’au second qui ne devait rien aux nazis ; « Reich », c’est-à-dire « Empire ». L’Allemagne qui se réarme le veut-elle ? La France dispose donc d’une sorte de « bombe atomique » en menaçant de sortir de l’EU et chacun sait que, si une telle bombe n’est pas destinée à servir, elle n’a d’efficacité qu’en temps de paix et tant que nos adversaires et nos partenaires ont la conviction qu’on est prêt à l’utiliser.

Il suffirait donc de « peu de chose » pour retrouver notre souveraineté : agir par le bas, en refondant notre démocratie, et par le haut, en exigeant une refondation de l’EU qui passerait par la suppression du Parlement européen – oui, aller jusque là –, la réaffirmation que notre justice nationale prévaut sur la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) – oui, aller jusque là –, et exiger une réduction très importante du budget de la Commission européenne – oui, oui, jusque-là… Je disais « peu de choses », je voulais dire « volonté ». Et en attendant, il « suffirait » de bloquer énergiquement l’UE, dans toutes ses décisions pour provoquer une crise nécessaire, salutaire, par un jusqu’au-boutisme assumé. Après la politique de la chaise vide, celle du pied dans la porte. À voir si l’EU pratiquera alors, à notre égard, celle du pied dans le c..

Un simple constat

Il y a les vrais problèmes et les autres qui méritent moins qu’on abatte des arbres pour produire du papier, et fasse couler de l’encre pour écrire des essais censés en faire un semblant d’analyse et alerter les gens sur ce qui se passe. Le vrai problème crée un dégât irréversible, voire vital : par exemple l’extinction d’une espèce vivante, le réchauffement climatique ou la fin de l’humain tel que nous l’avons connu et que la philosophie antique l’a décrit (un animal politique). Le faux problème est moins inquiétant et peu parfois attendre. Et puis les médias sont là pour en faire leurs colonnes et les traiter en boucle – le choc des images et l’indigence des mots…

Mais s’il faut s’intéresser aux vrais problèmes, c’est bien parce qu’ils créent des dommages insurmontables et irréversibles, du moins à partir d’un certain point d’irréversibilité qui a justifié l’invention des concepts de principes de précaution et de prévention[1], qui ne sont d’ailleurs que très vaguement appliqués et seulement dans le domaine de l’environnement. Pourquoi ? Il faudrait sans doute ouvrir une trop large parenthèse pour répondre à cette question qui en appellerait une autre : pourquoi avoir créé un CCNE qui se présente comme Comité Consultatif National d’Éthique, en oubliant qu’il s’agit d’un Comité Consultatif National d’Éthique pour les sciences de la vie et de la santé, et qui ne traite donc pas de l’essentiel des problèmes d’éthique, mais seulement de ceux posés dans le domaine de la biomédecine. Mais revenons à nos montons, je veux dire aux humains et à leurs problèmes les plus critiques.

Et j’en vois quelques-uns que je hiérarchise ainsi :

  • La perte des libertés individuelles ;
  • La dégradation de l’environnement ;
  • La montée de la violence ;
  • La subordination de l’homme à la machine ;
  • La dématérialisation des relations ;
  • La fin de la puissance d’agir.

Et pour peu qu’on me demande pourquoi je ne vote plus je peux aussi répondre, parmi d’autres raisons, que je ne trouve ni candidat ni parti ou mouvement politique qui partage cette analyse ; et quant à faire confiance à la jeunesse, elle est globalement trop formatée, trop accro à la jouissance servile pour réfléchir à tout cela et se mobiliser pour que leurs enfants et les enfants de leurs enfants puissent encore vivre décemment. Je constate d’ailleurs, et je l’avais constaté au sein des Gilets Jaunes que les jeunes sont très peu présents dans les manifestations, ce qui n’était pas le cas dans ma jeunesse quand, lycéens ou étudiants, nous étions capables de faire grève au lycée, d’interdire l’accès des classes à nos professeurs, d’organiser de manière autonome des cours donnés par les plus âgés au plus jeunes.

Si j’en avais le temps et le moindre espoir d’être lu, je pourrais écrire un essai sur chacun de ces problèmes thématisés. Mais je n’ai plus cette naïveté. Pas plus que je n’ai celle de croire à la politique ou de croire vivre en démocratie.

La politique est morte depuis que nos gouvernants sont, pour l’essentiel, formés à l’ENA (formés, déformés, formatés…) et que l’essentiel des médias appartient au Marché. Le rachat en novembre 2002 de Twitter par Elon Musk n’est pas, de ce point de vue, anodin.

 Et nos « grandes démocraties » sont si peu démocratiques que l’usage de ce terme confine à l’escroquerie intellectuelle. Effectivement, nos chefs d’État sont élus, directement ou pas, mais cela n’en fait pas des démocraties, même si elles ont, c’est vrai, quelques formes démocratiques, plus encore monarchiques ou aristocratiques, mais sans pouvoir véritablement rentrer dans l’une de ces cases. On sait que la démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple, ce qui la distingue du parlementarisme, ou que, comme Montesquieu l’écrit dans l’esprit des lois :

« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix, et de celle de l’aristocratie. Le sort est une façon d’élire qui n’afflige personne ; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie ».

 Et la façon la plus juste de qualifier ces régimes occidentaux, en reconnaissant l’attelage fatal du Marché et de la Bureaucratie et en prenant en compte la réalité de l’État profond (la main de plus en plus visible de l’élite techno entrepreneuriale et de ses officines), il faut parler d’un point médiant entre oligarchie et ploutocratie, une alliance entre les oligarques de la haute administration et des chefs d’entreprise les plus puissants, leur permettant, mains dans la main, d’exploiter un peuple de consommateurs. Et sans faire de listes, on pourrait citer toutes ces personnes qui alternent au plus haut niveau la gestion d’entreprise et le gouvernement politique (Thierry Breton, Jean Castex, …)

J’entends ici ou là quelques intellectuels, certains journalistes qui s’émeuvent chaque fois que le sang coule, ou que les services publics dysfonctionnent, et qui déclarent qu’il faudrait « changer de logiciel ». Ils n’ont pas compris que ce logiciel est un « Système d’exploitation » – nos informaticiens parlent d’OS –, qui fonctionne plutôt bien, c’est-à-dire au profit de ceux qui l’on créé, et dont le but final est d’exploiter la ressource humaine, et surtout de reformater l’homme, afin que naisse une nouvelle humanité que la littérature de fiction a déjà décrite dans le « Meilleur des mondes ». Qu’on reprenne l’ouvrage d’Huxley, tout y est : le mythe sécuritaire, la tyrannie de la bienveillance, le mépris de la confiance sociale, le progrès technologique comme valeur morale, l’instauration d’une religion démente. Et ce nouvel homme (masculin comme féminin) est déjà en germe dans notre jeunesse que je regarde parfois avec un peu d’effroi : inculte, formatée au point de ne plus être capable d’avoir une idée personnelle, docile, jouissive, dépolitisée, naïve… un troupeau d’animaux de rente que les médias flattent pour leur faire accroire qu’ils ont leur future en mains, alors que ce ne sont que de gentilles marionnettes que le Marché scotche devant leurs écrans et font danser au bout de leurs ficèles. Quitte à les instrumentaliser, comme ils le font avec Geta la gentille blonde. Je lis sur Wikipédia que son nom de naissance serait « Greta Tintin Eleonora Ernman Thunberg ». J’ai un peu de mal à y croire, même si le nom de Great Tintin lui va plutôt bien – j’ai toujours été un fan de Tintin, un héros comme je les aime : généreux et intrépide. Quand on pense que les Américains ont prétendu avoir été les premiers à alunir, c’est hallucinant.


[1]. Le principe de prévention vise les risques avérés (qui sont connus ou démontrés) ; celui de précaution vise les risques hypothétiques.

Etiologie d’une décadence

Si la question migratoire qui focalise tant l’extrême droite pourrait se regarder tout autrement dans un tout autre contexte, elle devient aujourd’hui non pas critique, mais létale. Car l’Occident est effectivement confronté à des attaques extrêmement violentes dans un contexte de décadence – je renvoie à mon essai « Etiologie d’une décadence. Et il est sidérant de comparer notre situation à celle de l‘Empire romain des premiers siècles de notre ère : une civilisation décadence, incapable, faute de volonté, de se défendre, par ailleurs confrontée à des hordes de barbares (barbares, au sens antique du terme, c’est-à-dire extérieur à la civilisation romaine) qui pénètrent l’Empire et le pillent après avoir fracturé son « limes » ; et dans le même temps détruite de l’intérieur par une secte religieuse qui l’infecte et finira par avoir le dessus – pour reprendre la formule du Lucien Jerphagnon, « l’agneau aura mangé la louve »[1]. Et cette secte n’est pas, comme à l’époque que j’évoque, préchrétienne ; elle est, en ce début du siècle, postchrétienne, une nouvelle secte d’éveillés qui est en train de devenir une religion à part entière et qui, comme toutes, est totalitaire, haineuse des libertés individuelles, prête à remettre en cause les faits et les sciences qui en rendent compte chaque fois qu’ils diffèrent de leurs présupposés, de leurs croyances, de leurs désirs. J’ignore si nous nous en sortirons, mais cela parait peu probable, car pour cela, il faudrait déjà que face à ces éveillés wokes, les populations occidentales se réveillent aussi, retrouvent du courage, et rompent avec une classe politique qui les trahit tous les jours. Rien de cela ne parait envisageable. Je remarquais qu’aux dernières élections municipales, dans ma ville, près de 70 % des électeurs ne s’étaient pas déplacés. Pour différentes raisons, et pour l’essentiel, ils s’en foutent et ne constituent qu’un ventre mou, un troupeau de moutons castrés et gras. Soljenitsyne déclarait à Harvard en 1978 que « le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui ». Son compatriote Vladimir Boukovski ne disait pas autre chose dans son livre « Jugement à Moscou ». On voit, n’en déplaise à Sardine Ruisseau que nous aurions besoin pour nous en sortir d’une politique « couillue » – je prends ce terme dans mon Petit Robert (aucun rapport avec un petit ou un gros lolo) –, menée par des hommes et des femmes également couillus et déterminés.


[1]. Je fais référence au magnifique roman de Lucien Jerphagnon, « La louve et l’agneau ».

Entredeux métaphysique

De même que je refuse de me laisser enfermer dans ce choix auquel parfois on m’invite, de me déclarer croyant ou athée, ou encore de confesser une philosophie spiritualiste ou matérialiste, je refuse au nom de mon individualisme forcené d’opposer le « je » et le « nous ». Je reprends ! quitte à céder à une certaine redite…

Déclarer, comme à la douane, croire en Dieu, à l’existence de divinités, d’un empyrée d’où des dieux fantasques nous regarderaient comme le Micromégas de Voltaire – cet exilé de Sirius – et son ami de Saturne, ou au contraire prétendre que les dieux n’existent pas, c’est toujours, à défaut d’en savoir quelque chose, croire. Je n’y souscris pas et, faute d’intuition claire, ne crois donc à rien, en cette matière du moins, et sans être le moins du monde agnostique.  

Quant à trancher entre matérialisme et spiritualisme, j’en reste là encore à la position de Voltaire sur la matière, telle qu’il l’évoque, toujours dans Micromégas : « Eh bien ! dit le Sirien, cette chose qui te parait être divisible, pesante et grise, me dirais-tu bien ce que c’est ? Tu vois quelques attributs ; mais le fond de la chose, le connais-tu ? – Non, dit l’autre. – Tu ne sais donc point ce que c’est que la matière ». J’en suis là, précisément, à ce point d’ignorance. La science nous le dit, à trop diviser les atomes, comme un oignon qu’on épluche, on finit par ne plus trouver que du vide, et de l’énergie. Et les êtres vivants ne seraient-ils pas que des arrangements de matière organique qui pensent, et l’esprit le produit d’une matière vivante ? Nul n’a encore apporté la preuve que l’esprit survit à la mort du corps ; mais qui pourrait affirmer le contraire ? Et si la matière est une réalité sensible, une pensée est tout aussi réelle, mais sous une autre forme et dès qu’elle est exprimée, elle a sa vie propre.

Enfin, je n’opposerai pas l’homme social et l’homme individuel. Mais je prétends que chacun d’entre nous est unique et se distingue des autres, même à l’intérieur de groupes sociaux apparemment très homogènes. Il n’y a donc pas d’homme universel, même si les humains partagent tous des caractères communs. Sinon l’anthropologie serait une science sans sujet. Et quand Joseph de Maistre écrit dans ses considérations sur la France : « Il n’y a pas d’homme dans le monde. J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc. ; Je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être persan : mais quant à l’homme ; je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie », on peut lui rétorquer qu’il ne l’a simplement pas reconnu dans le Français, l’Anglais ou le Russe. Mais aucun homme n’est réductible à sa nationalité, à la religion de ses parents, ou encore à son sexe, sa couleur de peau, son statut social. Et si ses déterminismes naturels sont indépassables (sa nature, son sexe, sa race, ses principaux caractères morphologiques), il est libre de dépasser ou de s’affranchir des autres dons de sa naissance, de changer de nationalité ou de religion, d’appréhender une nouvelle culture, de s’extraire de son milieu social d’origine. Mais dans le même temps, il ne peut vivre qu’en société, engagé dans des liens choisis, parfois subis, qui le rattachent à d’autres, et, de mon point de vue, enraciné sur un territoire auprès de voisins. Mais sans abdiquer son individualité. Et personnellement, si j’admets l’évidence, à savoir que je suis un homme occidental blanc hétérosexuel, dire cela ne dit rien de ce que suis et montre à quel point on ignore ou on ne souhaite pas s’attarder à ce que je suis vraiment, comme être unique constitué pour un destin singulier et porteur d’une identité multiple, complexe et relativement fluide.  

Pas besoin de conseils…

La seule aide que l’on puisse offrir à quelqu’un consiste à donner des espaces de liberté. J’entends, évidemment, ce terme de liberté au sens générique du terme, c’est-à-dire en opposition à celui d’aliénation. L’aide est donc un don qui libère celui qui reçoit, ou n’est rien, sans valeur. Et considéré ainsi, un conseil n’est pas une aide, car ce n’est pas un don : ça ne coute rien à celui qui le donne, et ça peut rapporter de gros ennuis à celui qui l’écoute. Et puis, c’est toujours une façon d’assujettir l’autre à son jugement, toujours moral, donc à l’aliéner. Oui ! je l’ai déjà dit…

Un peu de pub

Ce n’est évidemment pas dans mes habitudes, mais chacun comprendra que l’on puisse aussi écrire pour être lu. Il faut donc toucher un certain « public », donc diffuser ses livres. D’ailleurs, je ne sais pas si à terme je n’abandonnerai pas les chroniques pour me consacrer aux livres. J’en ai un qui cherche vainement un éditeur, et un autre, un roman, qui sera terminé à l’automne. Et puis encore un essai de philosophie politique débuté il y a quelques semaines et qui sera sans doute le dernier – à publier l’année prochaine. Et puis, en fin d’année 2023 un autre recueil de chroniques et un nouveau roman auquel je pense déjà. Ces livres ont été, sont et seront publiés par des éditeurs « classiques », et certains en autoédition et il faudra bien que je les vende. Il s’agit notamment de : « Un singe en automne » et de « Jean Mousnier de la Montagne ». Ces livres sont présentés sur ce site à la page « Parutions ». Leur prix d’achat correspond à peine à leur coût de fabrication, donc sans rémunération pour l’auteur.

Il est très difficile de se faire éditer ; et on doit distinguer les vrais éditeurs (qui éditent à compte d’éditeur), les faux qui éditent moyennant finances ou prétendent le faire gratuitement (éditions à compte d’auteur), et les auto éditeurs. Et je peux en dire deux mots. Il y a encore deux types d’éditeurs traditionnels, ceux que je classe dans la première catégorie : les grands qui assurent la promotion de leurs auteurs, et les petits qui ne le font pas, faute de moyens. Sachant que le problème d’un livre, ce n’est pas de l’écrire, on peut se faire aider, ou même, comme certains, laisser d’autres l’écrire à sa place ; le problème, c’est de le promouvoir, de faire qu’on en parle à la télé ou à la radio et qu’il soit présent à l’étal des librairies et des super marchés. Entre l’écriture et la promotion, il y a la fabrication du livre, mais fabriquer un livre ce n’est pas grand-chose. Personnellement, je continuerai à me faire éditer quand je le pourrais par de vrais éditeurs (à compte d’éditeur) et pratiquerais l’autoédition à défaut. Je n’aime pas beaucoup les faux éditeurs éditant à compte d’auteur ou gratuitement, car ils ne font aucune promotion des livres qui ne se vendent donc pas faute d’être identifiés – personne n’achète en effet un livre dont il ignore l’existence. Et surtout, ces éditeurs ne sont jamais clairs sur leur métier et quand ils prétendent faire le travail gratuitement, ils impriment votre livre et se rémunèrent donc sur l’impression. Quand au service d’Amazon, il est très pauvre : éditer par eux, c’est être sûr d’obtenir un « objet-livre » assez laid, sans pouvoir maitriser sa qualité. En conclusion de quoi, parmi 7 ouvrages édités, j’en ai édité 3 en Autoédition. Par contre, restent les problèmes du référencement, malgré l’ISBN, quasi impossible sans numéro fiscal et la promotion/diffusion qui reste le problème d’écrivains qui n’ont aucun talent pour la com ou le commerce. Car tout le problème, c’est la promotion. Un mauvais livre bien promu se vendra alors qu’un excellent livre non promu ne se vendra pas. Et à ces pseudo éditeurs qui prospèrent sur le net, on doit demander chaque fois : quelle garantie me donnez-vous que le livre soit présenté en librairie ou dans les espaces livres de super marchés ?

En appeler au miracle

Le miracle est un concept métaphysique, mais nullement théologique, car si la métaphysique est une physique, la théologie n’est qu’une idéologie. Ce concept n’est donc pas religieux et échappe donc à la question de la foi. Croire ou ne pas croire au miracle ne tient pas de la foi. Et je ne poserai pas la question en ces termes. Car le miracle, c’est un peu comme le boson de Higgs. On peut considérer le concept comme nécessaire à une métaphysique donnée, encore faut-il pouvoir le dénicher, l’observer et pouvoir ainsi apporter quelque crédit à cette théorie métaphysique.

Quelles sont donc les caractéristiques communes de ce boson – je parle du miracle – dont l’existence pourrait paraître impossible tant qu’on ne l’a pas mis en évidence. J’ose une définition, en retenant trois de ses caractéristiques : sa logique, sa probabilité, sa sémiologie.

En premier lieu, il ne contredit pas la logique : on ne verra jamais, pour prendre cette idée cocasse chez Rabalais, des femmes enfanter par l’oreille. Par contre, qu’un homme mort ressuscite, ce que l’on sait être impossible, ne contredit pas la logique.

 Ensuite, sa probabilité doit être, à l’arrondi près, de zéro. Par exemple que Philippe Poutou gagne les prochaines élections présidentielles, ou que, dans les années qui viennent, Emanuel Macron prenne sa carte du Parti Communiste.

  Enfin, son occurrence doit faire sens, dans un contexte donné, pour celui qui est directement affecté par l’évènement.

On sait que Blaise Pascal conservait cousu dans son habit un vade-mecum qu’il avait rédigé pour se rappeler en permanence le miracle dont il avait été le témoin et l’acteur la nuit du 24 novembre 1654. Pour ma part, sans vouloir me comparer à Pascal, j’ai assisté, assez clairement, le 26 octobre 2021 à un miracle, peut-être pour la première fois de ma vie. Qu’en conclure quand on n’est pas croyant ? Rien. Je vis avec cette expérience, un peu bouleversé quand même, et j’ai longtemps hésité avant d’en parler.

A vôté !

C’est fait, les Français ont voté ; ou plutôt, non ! majoritairement, ils s’en sont abstenus. Et s’ils n’ont pas voté à 53,77 %, ils ont refusé au Chef de l’état la majorité. Et dans ce cadre singulier de la Cinquième république, la REM ayant été désavouée, le Président n’a pas de légitimité gouvernementale et la grande majorité des députés – qui ont obtenu la majorité d’une minorité de votants –, non plus…

Mais on ne manquera pas de continuer à déclarer à l’occasion que la France fait partie des « grandes démocraties », de ces grands pays occidentaux qui prétendent façonner le monde à leur image et dont l’un est dirigé par un vieillard sénile, l’autre par un jeune homme puéril.

L’humanité a su concevoir deux types de démocratie, correspondant à des civilisations aux valeurs opposées : la démocratie directe pour un monde guerrier, viril, dont les premières vertus étaient l’honneur, le goût de la liberté, l’individualisme ; et un monde bourgeois, efféminé, dont les premières vertus sont le gout de la compromission, l’égalitarisme et le conformisme. Hier la guerre, aujourd’hui le commerce. Chaque civilisation a donc dû adapter un mode de démocratie : dans les cités grecques, une démocratie directe et aristocratique, en occident chrétien, une démocratie représentative et populaire. Mais le fait est que notre démocratie a été dévoyée par la bourgeoisie et l’administration. Aujourd’hui elle a cessé d’être populaire et nos représentants, non seulement ne sont pas représentatifs, mais ils ne représentent pas les citoyens, mais des partis politiques.

Notre système est donc en faillite, et il vaudrait mieux en sortir, donc tourner le dos à notre Cinquième république présidentielle (de Gaulle est mort) et ne pas retourner à la Quatrième (donc combattre l’organisation partisane). Il y a des solutions, elles sont connues. Mais pourquoi voulez-vous que les tenants du système lâchent ce système qui constitue leur rente ?