Massacre à Boutcha

J’ai vu comme chacun les images des massacres de Boutcha. Si je n’avais pas peur d’être mal compris, compris à l’envers, je dirai que ce type d’horreur n’appelle aucun commentaire tant la chose et les sentiments qu’elle provoque sont indicibles. Il n’y a pas de mots, de formules pour rendre compte d’une telle horreur. La guerre est évidemment toujours une saloperie, et de tels crimes ont été commis de tout temps par toutes les armées du monde. Mais on croyait que le monde avait changé que le souvenir des temps de barbarie pourrait s’effacer. Non, décidément, je ne trouve pas mes mots. Reste à espérer que la justice passe et juge les armées ayant commis délibérément de tels massacres de civils, au moins depuis les cinquante dernières années afin de faire comparaitre les commandements militaires russe, américain, israélien, etc. (la liste est tristement longue).   

Une élection à trois tours

Si les commentateurs conviennent que le premier tour est déjà plié, comme si l’actualité en imposait le résultat, à savoir que l’électeur devrait s’y plier, ils se focalisent surtout sur le second, mais en oubliant le troisième, le seul décisif.

De fait, la classe médiatique en est restée au temps des partis, cette époque défunte où la politique était faite par des partis politiques qui se distribuaient ou s’échangeaient postes et pouvoir. Mais ce temps n’est plus, je l’ai assez dit ici. Après la fin sans retour possible du PS, avec l’agonie de LR, il nous faut bien convenir que nous avons changé d’époque. Dans l’ancien monde, on savait que le Président élu n’aurait aucun mal à trouver sa majorité. Ce fut d’ailleurs l’une des raisons de la modification constitutionnelle de 2000 : éviter l’alternance. Et cette réforme, qui correspondit à une présidentialisation du régime, répondait surtout à une logique imparable. Si les électeurs choisissent pour les gouverner un parti politique, alors, s’ils le font dans le même temps pour l’Élysée et le Palais Bourbon, ces choix doivent permettre d’obtenir à coup sûr, et un Président et une Assemblée congruents à leurs vœux et cohérents. Mais l’électorat étant changeant comme le temps en Bretagne, encore fallait-il que ce choix fût fait pour ces deux lieux différents, dans le même temps.

Mais aujourd’hui, le choix ne se fait plus pour des partis, à tel point que des candidats qui ne sont pas des produits partisans (Macron, Zemmour) peuvent espérer l’emporter. Et les logiques qui président à l’élection d’un Président ou d’un Député sont donc différentes, avec le risque que le locataire de l’Élysée n’ait pas de majorité, donc qu’il ne puisse gouverner, donc qu’il ne soit pas vraiment Président – en exercice. Car, dans une logique présidentialiste, un président de cohabitation n’est pas plus président que Medvedev ne l’était en 2012 en Russie, ou du moins ne l’est qu’en titre.

La présente élection présidentielle s’appréhende donc comme une élection à trois tours et il faudra attendre le 20 juin pour savoir qui gouvernera la France et quel programme sera appliqué (libéralisme mou, ou dur). Et si nos commentateurs politiques faisaient bien leur job, ils envisageraient 3, peut-être 4 pour rester polis, scénarios :

L’élection d’Emmanuel Macron après qu’il ait reçu le soutien et accepté le renfort de Valérie Pécresse, et un second quinquennat proche du premier en plus dur, des deux côtés de la barricade ;

L’élection de Marine Le Pen, sans aucune majorité et obligée de tenter une alliance impossible avec Éric Zemmour, conduisant à une situation de cohabitation totalement inédite, lui laissant beaucoup de temps pour s’occuper de ses chats ;

L’élection d’Éric Zemmour avec quasiment les mêmes difficultés que Marine Le Pen – je ne sais s’il aime les chats, mais je crois que sa compagne va lui donner bientôt un petit à s’occuper ;

L’élection de Jean-Luc Mélenchon, sans majorité, et conduisant à une cohabitation très difficile avec des forces de droite radicalement opposées à FI. Sera-ce son dernier combat tribunitien ?

Dans tous les cas, ce peut être inédit, donc intéressant, sauf à ce que d’ici là, Poutine nous ait obligés à vivre dans nos caves sans télé, où à porter à nouveau un masque pour se rassurer, comme si une guerre chimique ou bactériologique à l’est de l’Europe, n’aurait pas d’effets ici. Faut-il craindre alors qu’un gouvernement doive quitter notre capitale pour se réfugier à Vannes, plus qu’à Vichy ? Non, car pour se protéger des effluves létaux des armes russes, le mieux serait Brest, au bout du bout.  

Désespérer de l’écologie politique

Suis-je d’un naturel pessimiste ? Si je devais répondre, ce serait par une pirouette : non, je reste optimiste pour ce qu’il en est du long terme, mais, pour le court terme, je suis effectivement très pessimiste. Et de remarquer qu’à long terme, nous serons tous morts.

Comment être aujourd’hui tout à la fois lucide et optimiste, quand on prend pleine conscience de notre finitude individuelle et de la façon dont notre société nous empêche de vivre. Nous sommes des empêchés prisonniers d’un présent dont le seul horizon est de devoir bientôt mourir. Reste la foi. La question serait donc celle-ci : comment être optimiste quand on n’a pas la foi, qu’on ne croit ni au miracle, ni à Père Noël, ni aux lendemains qui chantent ? Comment réenchanter le monde, après un vingtième siècle qui fut celui des grands massacres totalitaires (Hitler, Staline, Pol Pot, Castro, Pinochet, et tant d’autres), et un vingt et unième qui nous montre déjà le visage de nouvelles formes, modernes, de totalitarisme ?

Nous perdons chaque jour un peu plus de liberté et l’humanité est, de mon point de vue, condamnée. La terre, qu’on me permette cette image si usitée sans être éculée – elle fonctionne de mieux en mieux – est un corps malade de ses parasites qui lui pompent le sang et la polluent de toutes leurs déjections. Elle en est malade à ne plus savoir comment tourner rond, et sa fièvre inquiète. Il est vrai, qui n’en a pas fait l’expérience, que l’hyperthermie a sur les corps des vertus thérapeutiques. Cinq cents ans avant notre ère, Parmenides disait déjà « Donnez-moi le pouvoir de provoquer de la fièvre et je soignerai toutes les maladies ». C’est sans doute un peu court, car si la fièvre est un signe et une réponse « saine » d’un corps malade à une agression, elle peut aussi lui être fatale si elle dépasse certains seuils. Faut-il poursuivre l’analogie et considérer que la terre est un méga organisme qui essaye, par tous les moyens, de tuer ses parasites ?

 

De ce point de vue, il y a bien au moins deux écologies, l’une qui s’intéresse à la planète qu’elle veut comprendre et protéger des méfaits de son parasite, l’homme, l’autre qui s’intéresse à l’homme et à ses rapports à l’environnement. Le second est humaniste, spéciste, c’est celle du Pape François et de la majorité des militants d’EELV. La première est moins portée médiatiquement et s’est émue des désordres de la nature (disparition d’un million d’espèces vivantes, depuis un demi-siècle) avant que la dérive climatique ne bouscule la vie des hommes et qu’ils s’inquiètent, non pas pour la planète, mais pour eux-mêmes, pour leur confort sur la terre. La première considère donc que le problème c’est la dégradation de la nature, la rupture des équilibres, la seconde la dérive climatique ; la première s’inquiète de la maladie, la seconde de la poussée de fièvre du malade menaçant ses parasites ; la première veut changer de système de développement, la seconde ne s’inquiète pas de la quatrième évolution industrielle (4.0) et ne veut que repeindre le système en vert.

Et je veux en prendre deux exemples. Sandrine Rousseau disait encore ce matin dans le poste (1er octobre) : « la nature est notre bien commun ». La sémantique est révélatrice. Et si ces propos n’étaient que judéo-chrétiens… Un écologiste non spéciste n’aurait jamais dit cela, considérant que la nature n’est pas un bien, mais qu’en plus, la nature n’appartient pas à l’humanité. Pour ce dernier, la nature n’est donc pas un « bien commun ». Sandrine Rousseau est donc sur la ligne que le pape a défini dans son encyclique laudato si’ (rédigée en préparation de la COP21) quand il écrit par exemple « la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ».

Le deuxième exemple que je prendrai, c’est ce concept d’écoféminisme. Si l’écologie, c’est la science de la nature et l’éthique de son respect, alors le féminisme n’a rien à voir là-dedans, car non seulement la nature se fout du féminisme, mais elle a « souhaité » (façon de parler) distinguer l’homme et la femme, et faire que l’homme soit, en moyenne, plus grand, plus lourd, plus fort que la femme, moins handicapé par la maternité ; et elle a produit le patriarcat qui est le schéma partout présent et qui ne pourra évoluer que le jour où le nombre de femmes diminuera fortement par rapport au nombre d’hommes, et où la polyandrie s’imposera.

Oui je suis pessimiste et désespéré de la politique.

Droit et sources des droits

Les Français qui défilent chaque samedi, qu’ils soient antivax ou bien vaccinés refusant le pass sanitaire, le font aux cris de « liberté, résistance ». La question de la liberté, bien qu’elle soit centrale, n’est pourtant pas présente dans les débats autorisés, je veux dire orchestrés par la médiacratie. Mais c’est sur la question corollaire des droits que je voulais porter un regard particulier, quitte à revenir plus tard sur ce qui se joue vraiment avec le pass sanitaire.

Notre déclaration de 1789 consacre les droits de l’homme naturels et imprescriptibles. C’est une approche, non seulement intéressante, mais qui me convient bien. Je défends cette idée qu’il y aurait grand danger à jouer les apprentis sorciers et à vouloir nier ou dépasser les lois de la nature. Et ce pourrait déjà constituer un clivage politique essentiel, notamment entre deux formes d’écologie, entre les progressistes qui veulent à tout crin se confronter à la nature, la dompter, la subjuguer – de toute façon, l’exploiter et la surexploiter – et ceux qui acceptent son autorité et sont prêts à la respecter. Sur ce registre, je dis parfois qu’il faut cesser d’humaniser la nature et, par contre, renaturaliser l’homme. Et quitte à retrouver une religion, je préfère Spinoza à Paul de Tarse.

Même s’il s’agit d’une construction conceptuelle, on peut considérer qu’il y a bien deux types de droits, les naturels et les autres, politiques ou sociaux ; et, dans cette optique, je défends l’imprescriptibilité des premiers. Mais encore faut-il revenir à l’épistémologie pour définir le concept de droits naturels, voir où cela nous mène et s’interroger plus avant sur la notion d’imprescriptibilité. Je ferai tout cela, rapidement, en précisant déjà que ce sont ceux que la nature ayant fait l’homme lui a donnés : le droit de penser, et je suis sensible à cette possibilité de le faire sans être « entendu » ; celui de parler, donc de dire ce que l’on conçoit ; celui de marcher, donc d’aller d‘un point à un autre suivant nos besoins ou notre humeur. Surtout, avant tout autre, celui de vivre, donc de trouver dans la nature le minimum de ce qui nous est nécessaire. Mais si ces droits sont « octroyés » par la nature, alors ils le sont pareillement pour tous les êtres vivants qui, du point de vue de la nature, sont de même valeur, j’allais dire de même nature. Cela posant alors aussi la question du droit « naturel » de vivre pour ce million d’espèces biologiques que nous avons détruites, depuis un demi-siècle et à jamais, et notre droit à détruire l’environnement. Quant à l’imprescriptibilité, si tant est que ces droits soient « prescrits » par la nature, alors ils le restent et nul n’est besoin de le déclarer solennellement, sauf à ce que ces prescriptions doivent aussi être confirmées ou infirmées par l’homme – on pourrait conceptualiser que la nature octroie et que l’homme prescrit ; l’humain se mettant alors au-dessus de la nature. Je ne suis pas sûr que cela me convienne…

Quant aux droits politiques, à l’évidence, ils sont au moins de deux natures : ceux que l’on revendique et ceux qui nous sont accordés (octroyés) ou retirés. Cette distinction étant fondamentale, s’agissant de liberté.

 

En fait, ce que je voulais dire, c’est qu’il n’y a pas de philosophie politique sans philosophie du droit, donc sans une forme de cohérence dans l’établissement de principes juridiques qui ne devraient pas être de simples références, parfois mobilisées, souvent méprisées, mais des sources auxquelles il faut régulièrement revenir s’abreuver. L’occident est dans une impasse, faute d’être en capacité de répondre aux questions de la liberté et de l’environnement. Sauf à laisser les choses en l’état, ce qui serait un suicide, il faudra bien revenir aux questions existentielles, à savoir : qu’est-ce qu’un homme et quel doit être son rapport à la nature ?

Rendons justice à Emmanuel Macron

Hier après-midi, en revenant comme d’autres samedis de la manif vannetaise, j’ai souhaité rendre hommage à Emanuel Macron et, d’une certaine manière, lui rendre justice pour son action salutaire au service de notre pays. Car enfin, ce que notre président est en train de réussir est important, et nul autre que lui n’aurait pu l’obtenir ; et il s’est engagé dans cette voie difficile en sachant que, lui pourtant jeune allait y sacrifier sa réélection et peut-être gâcher sa carrière politique.  Et il savait, en choisissant cette voie si dangereuse pour son image, qu’il ne serait pas compris et que cet énorme malentendu qu’il allait créer le recouvrirait durablement comme un linceul. Car l’homme de la rue, si prompte à céder à ses humeurs, à s’enflammer sans chercher à comprendre la subtilité du coup d’échec, un coup de maître en vérité, ne pouvait comprendre et lui rendre justice. Aussi m’appartient-il de lui rendre grâce au nom de la Nation, de la République et de la France – c’est bien La Marseillaise que l’on entend en fond sonore de mes propos.

Nos concitoyens qui firent les grandes heures d’une histoire dont la mémoire brille pour certains peuples comme un phare, étaient déprimés, plus encore, atones ; l’encéphalogramme de la nation aussi plat que les eaux de la petite mer, un jour de pétole. Ils semblaient collectivement amorphes, flottant à la dérive comme une algue décrochée de son rocher ; des veaux qu’on menait à l’abattoir, comme aurait dit certain dans un autre contexte – si je peux ajouter les comparaisons aux comparaisons. A tel point qu’ils ne sortaient plus de chez eux et semblaient conquis par la religion de l’à quoi bon. Près de 70 % d’abstention aux dernières régionales. Et c’est peut-être cela qui a conforté Emanuel Macron dans sa volonté de faire du bouche-à-bouche à ce corps malade, syncopé, qui présentait déjà tous les traits de la mort.

Bien sûr, il y avait eu Nuit-debout, mais ce sursaut qui avait été trop parisien, trop bourgeois, trop intellectuel, était si loin. Bien sûr, les hommes en jaune avaient secoué ce corps sans vie de spasmes fiévreux inquiétants. Mais, malgré la durée du traitement, ils n’avaient pas vraiment ramené le corps à la vie. Notre président, premier personnage de l’état, semble lui en passe de réussir ce tour de force : ranimer la nation, son esprit de résistance. Évidemment, il a dû mettre le paquet, montrer le visage de la dictature pour sortir les Français de leur léthargie, user de toutes les provocations, attenter plusieurs fois à leurs libertés individuelles, passer toutes bornes, présenter à tous un visage qui n’est pas le sien, celui de la dictature bureaucratique la plus dure, la plus puérile aussi. Évidemment, il a dû mobiliser tout l’appareil d’état et les médias du marché pour, tour de vis après tour de vis, mensonge après mensonge, preuve d’incompétence après preuve d’incompétence, produire du désordre et réveiller le peuple. Mais ça y est, la nation semble à nouveau respirer, ses poumons se remplir de l’air nouveau de la liberté, et ce bouche à bouche, cette ventilation artificielle l’a peut-être sauvée ; nous verrons bien sa capacité de résilience, ce qui lui reste de force. Reste à ce que ce mouvement populaire, pulmonaire, cette inspiration d’air frais qui oxygène le sang de la nation, s’amplifie encore, semaine après semaine, ne s’arrête pas, acquière une pulsation régulière, devienne une respiration puissante, vivifiante. Ce n’est pas gagné, mais, comme Emmanuel Macron, je veux y croire. Et je ferais mon petit possible, pour que le pari du Président soit gagné, que la France revive et regagne demain sa liberté. Merci au pass sanitaire, merci Monsieur le Président à votre action de choc ; que l’histoire y rende un jour hommage.

La blague des valeurs

L’usage perfide et immodéré de la com et la réification du monde sont les deux causes principales de notre décadence. On parlait hier de réclame et de propagande, aujourd’hui de com ou de discours politiquement correct. Mais c’est un peu la même chose, une nouvelle forme de l’enfumage politico-médiatique, de nivellement par le bas et d’adaptation des masses au monde orwellien. C’est d’ailleurs l’objet de mon dernier livre – qu’on me laisse me faire un peu de pub : « Etiologie d’une décadence » Etiologie d’une décadence; l’acheter, c’est me soutenir.

Mais là, je voulais faire écho au document bancaire que je reçois et qui évoque les valeurs de ma banque : « l’humain, la confiance et la responsabilité ». Du grand n’importe quoi, comme disent les jeunes…

L’humain ? On s’étonne. Ce n’est déjà pas une valeur en tant que telle, et qui peut croire qu’une banque s’y intéresse quand l’essentiel de ses forces est tendu vers une tout autre « valeur », le profit.

La confiance ? On en rirait. Quand on voit ce que les banques exigent à qui veut obtenir un modeste crédit, comment les contrats qu’elle propose à leurs usagers sont obscurs, écrits en petits caractères, non négociables, alors on se dit que la confiance n’est à l’évidence pas du côté de la banque et de ce fait, surement pas du côté de l’usager.

La responsabilité ? C’est à pleurer. À l’heure où les cadres en agence n’ont plus aucune responsabilité, si ce n’est de nourrir des automates qui font ce travail « responsable » qui était le leur il y a encore quelques années, on voit bien que le personnel bancaire ne fait plus qu’un travail « irresponsable » au sens du concept développé par le philosophe américain « Matthew B. Crawford » (Éloge du carburateur – Essai sur le sens e la valeur du travail).

Tout cela, c’est de la blague, pour le dire poliment. Et moi, je rêverais d’une banque dont les valeurs seraient : Respect du client payeur, honnêteté, transparence. Et je pourrai rajouter engagement sociétal. Oui, j’en rêverai, et cette autre idée de demander à ses clients une fois par an de noter la banque sur ces valeurs et de publier les résultats. Mais ne rêvons pas à la fin de ce néolibéralisme financier qui nous tue.

Lettre au Président de la République française

Monsieur le Président,

 

Je vous écris une lettre, que vous lirez peut-être, mais sur un autre sujet… La presse s’est fait l’écho du projet de construction d’une Très Grande Mosquée dite Eyyub Sultan à Strasbourg et du soutien de la majorité du conseil municipal qui semble prête à participer à son financement. Et, citoyen ordinaire et inquiet de la France profonde, j’aimerais savoir si vous comptez vous saisir vraiment de ce dossier.

 

Je n’imagine pas que vous me répondiez que ce dossier est local, que vous n’avez pas les moyens d’intervenir, que les choses se font sans violer notre droit. Non, vous ne me répondrez pas cela, car ce dossier si sensible touche à nos valeurs, et vous avez plusieurs fois fait état de votre sensibilité aux valeurs de notre république dont vous êtes aujourd’hui le premier des magistrats et une autorité morale. Et puis, ce dossier qui implique M. Erdogan, dont on connaît les mots aimables dont il sut vous gratifier, touche aux affaires étrangères, domaine réservé des présidents, et me semble enfin peu en ligne avec vos projets de légiférer contre le séparatisme.

 

Sur le premier point, celui des valeurs, vous savez infiniment mieux que moi que le préambule de notre constitution rappelle que notre pays est une République démocratique laïque et sociale. La laïcité s’exprimant dans la loi de 1905 et dans d’autres textes subséquents. Vous ne manquerez pas de me rappeler que cette loi ne s’applique pas sur tout notre territoire et précisément pas en Alsace. Ce qui permet aux édiles de la capitale de la région Alsace-Champagne-Ardenne de participer au financement de la future mosquée, en ne respectant pas la loi de 1905, donc le principe de laïcité, mais sans déroger au droit. Mais si le respect du droit est l’affaire du judiciaire, votre haute fonction vous fait gardien de nos valeurs nationales.

En second lieu, vous ne pouvez être indifférent à l’idée de voir ici une mosquée financée, puis gérée par la Turquie de M. Erdogan, par l’un de ses bras armés, l’organisation islamiste turque Millî Görüş.

Enfin, comment peut-on imaginer se battre contre le séparatisme de certains ultras et permettre que soit construite à Strasbourg, non pas une « grande » église coranique, mais un « village » islamique avec école et commerces. Qui peut imaginer que les non-musulmans pourront accéder à ces lieux ? Si M. Erdogan réussit à imposer à la France, dans la capitale d’une EU qui lui a longtemps laissé croire à sa possible adhésion, avant de la lui refuser, un tel village turco musulman qui fonctionnera de manière autonome, séparée, comment allez-vous pouvoir dans le même temps lutter contre le séparatisme et pour la cohésion nationale ?

Je pourrai aussi rappeler les positions du Président turc sur les droits humains et sur l’égalité homme-femme. Mais vous savez tout cela bien mieux que moi. Il n’empêche, a-t-on vraiment besoin de financer sur notre sol, un nouveau lieu de propagande d’un état qui méprise nos valeurs et ses dirigeants ? Peut-on accepter qu’un État inamical, voire ennemi, finance, puis dirige en France une mosquée où viendront s’agenouiller des Français ?

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma respectueuse considération.

L’humanisme, ma bête noire

Nous sommes tous un peu épicuriens – mais il faudrait évidemment s’entendre sur ce terme –, quelque part aussi stoïciens, et, comme l’écrit Bergson, nous avons tous deux philosophies, celle de Spinoza et la nôtre ; et beaucoup sont kantiens sans le savoir, comme tant d’athées que je connais sont désespérément chrétiens sans même s’en rendre compte. Et quasiment tous se prétendent humanistes, parfois la main sur le cœur, comme d’autres jurent la paume droite couchée sur la bible. Dans ce contexte, il est dur de combattre l’idéologie humaniste, mais surtout cette position antispéciste n’est pas comprise. Et j’en viens à me dire que c’est par de petits exemples que l’on peut faire la meilleure pédagogie de ce qu’est l’humanisme et faire comprendre pourquoi on peut combattre ce qui n’est qu’une idéologie comme une autre, mortifère, et pour cette raison contestable.

 

Je m’interrogeais, moi qui ne suis pas fumeur, sur cette façon française de les culpabiliser, cette méthode qui prend ici la forme assez violente d’un avertissement sur les emballages : le tabac tue. Mais on peut, tout en la contestant, comprendre sa logique. Mais alors pourquoi ne peint-on pas sur la carrosserie des plus grosses cylindrées : « rouler en gros cube bousille l’environnement » ? La réponse est simple : dans le cas du tabac, il s’agit de protéger la santé humaine, directement affectée, et tout peut alors se justifier. Dans le second cas, il s’agit de la santé de la planète, et personne ne conçoit d’élever la nature au niveau de l’homme. On peut se passer de fumer, comme souvent de rouler dans une grosse voiture, mais il faut préserver les libertés, quitte, non seulement à indiquer au fumeur le risque qu’il prend, mais aussi que son addiction n’est pas politiquement correcte. C’est d’ailleurs pourquoi la publicité pour le tabac est interdite. Pour la bagnole, il s’agit de la santé de la terre, et on ne procède pas à ce « name and shame » et nos médias restent saturés de publicités pour de grosses voitures, des SUV et des 4×4 dont l’usage n’est le plus souvent pas justifié pour les personnes qui les achètent. Sur les paquets de clopes, c’est « Fumer tue », ailleurs que « l’alcool tue ». Pourquoi n’est-il pas gravé sur le bois des fusils de chasse : « Chasser tue » ou « Tuer tue » … la faune, donc la nature. Parce que tuer un humain en l’enfumant est inacceptable, sauf quand c’est un président qui l’enfume. Mais tuer un oiseau migrateur sans avoir l’excuse de devoir se nourrir, uniquement pour son plaisir de tirer ce coup serait innocent. C’est bien cela l’humanisme, mettre l’homme et ses besoins, l’homme et son plaisir au-dessus du reste.

 

Les spécialistes nous disent qu’environ 60 % des espèces sauvages animales ont disparu depuis 1970 et que près d’un million d’espèces pourraient disparaître d’ici quelques années. Et Pierre Cannet responsable porte-parole du WWF déclare : « En un demi-siècle, l’humanité a détruit ce que la planète terre avait mis en place pendant des millions d’années, et cet impact, malheureusement, l’humanité va le ressentir, car pour se nourrir, pour vivre, l’humanité a besoin de cette nature ». Le malheur serait donc celui-là ! Quelle plus typique déclaration humaniste ! Quelle plus anthropocentrée façon de considérer le problème ! Ce qui devrait nous désoler, c’est pas la mort des espèces, mais que l’homme risque de souffrir de cette perte de biodiversité. Voir et poser les problèmes ainsi, c’est travailler à une solution où l’homme ayant éradiqué toute vie animale trouverait d’autres moyens pour se nourrir, vivre sans avoir besoin de la nature. Et je vois qu’on y travaille. Je dénonce cette idéologie, en précisant…

Les fumeurs ne me gênent pas, s’ils n’enfument pas les autres. L’usage raisonné d’un 4 x 4 par qui en a besoin ne me pose pas non plus de problème. Et la chasse ? Elle se justifia longtemps et a pu prendre une dimension culturelle. Mais à l’heure de l’effondrement des espèces, ces prélèvements sont-ils encore justifiables ?

Appel à la désobéissance civile

Peu avant sa mort, Hessel écrivait dans un court texte à l’adresse des jeunes : « Indignez-vous ! » Testament salutaire qu’une jeune fille comme Greta Thunberg semble avoir entendu ; figure emblématique d’une jeunesse qui semble se réveiller et garde encore l’espoir de changer le cours des choses. Mais si cela est encourageant, c’est évidemment un peu court et ne pourra servir à quelque chose que si cela peut être prolongé. Je veux dire, politiquement… L’émotion est nécessaire, souvent salutaire, car sans émotion pas de mobilisation ; mais il faut aussi donner une forme politique à ces émotions : désir, refus, action …

Dans des sociétés démocratiques, il n’y a pas lieu de réinventer la politique, le système étant le garant d’un dialogue citoyen productif d’idées nouvelles, de consensus opérants, un dialogue prometteur des changements et des ajustements nécessaires. Mais dans une société où le pouvoir n’appartient pas aux gens, mais à une élite plus ou moins corrompue, alors je ne vois comme forme d’action politique que l’affrontement direct avec les forces de l’ordre en place ou la désobéissance civique.

Civique, parce qu’il y a un devoir de désobéissance, c’est-à-dire d’objection de conscience, quand un système qui rogne quotidiennement les libertés individuelles, qui bafoue des valeurs essentielles, dont la bureaucratie méprise une grande partie de la population, est à point bloqué, incapable de se réformer et de répondre aux aspirations du plus grand nombre. Il y a devoir de désobéissance, et cette désobéissance civique devient alors la forme la plus rationnelle et la plus responsable de l’expression de la citoyenneté face à un pouvoir qui, pour être légalement élu, n’en est pas moins illégitime, car non démocratique. Et je distingue bien, un pouvoir légal, comme celui d’un monarque héréditaire, ou élu par un parti unique, et un pouvoir légitime, c’est-à-dire accepté, voire choisi par une large majorité de la population.

 

Il me semble que ces notions de consentement ou de refus, d’obéissance ou de désobéissance sont essentielles, non seulement en politique, mais aussi plus largement parce qu’elles disent quelque chose de la nature humaine. Et, sans peur de pousser trop loin mon propos, je dirais que si l’expression des droits de l’homme le ramène au rang de l’animal, c’est dans ses devoirs qu’il s’élève au-dessus de lui ; car l’intelligence humaine est une intelligence qui a conscience d’elle-même et de son environnement. L’homme n’est grand que dans ses refus de consentir à ce qu’il réprouve, et aussi dans sa capacité à assumer et à revendiquer ses devoirs d’homme. Aujourd’hui, malheureusement gâté par une forme d’humanisme, c’est-à-dire d’idéologie droit-de-l’hommiste qui doit tout au christianisme et aux Lumières, face à un système technobureaucratique légal, mais illégitime, en but à un pouvoir totalisant et paternaliste qui l’enferme dans des dispositifs censés régler sa vie par le menu et le transformer en animal de rente, dispositifs qui le pourrissent en usager gâté, il ne lui reste qu’à consentir quitte à collaborer et en jouir, ou à entrer en désobéissance. Nous en sommes à ce point de devoir choisir, je ne dirais pas à être un salaud ou pas, mais à être un collaborateur ou un résistant. Et plutôt que de poser des bombes ou de joindre les blacks blocks, j’en reste à cette idée de désobéissance civique et pacifiste. Il est inutile de casser, il suffit de ne plus consentir ou de trainer partout et toujours les pieds. Revenons au précepte de La Boétie : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libre ». Écoutons les leçons de Thoreau : « Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et pour le bien. La seule obligation que je dois assumer est de faire à tout moment ce que j’estime juste ». Suivons les exemples de Gandhi ou de Luther King qui déclarait « La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie ». Il a fallu combien de décennies aux populations de l’empire russe pour faire tomber le régime soviétique rongé par une sape laborieuse et quotidienne. Mais ici, maintenant, on voit bien que ce sera plus difficile, car nous avons la liberté de la presse, une presse aux mains du système ; nous pouvons élire qui nous voulons, pourvu que ce soit quelqu’un du système ; nous pouvons dire ce que nous voulons, pourvu que ce soit politiquement correct ; nous pouvons décider de plusieurs petites choses, pourvu que l’on respecte un cadre tracé hier à Paris, aujourd’hui à Bruxelles. Comme me le disait un ami « Si la dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours ». Oui, nous sommes ici confrontés à une douce dictature qui a le gout de la démocratie, la couleur de la démocratie, et qui pour cette raison est dure à combattre. Nous sommes gouvernés par une élite corrompue par le Marché, non pas par son argent, mais par son idéologie.

J’invite chacun, par de petits gestes à apprendre le refus quotidien : refuser de répondre aux sondages, ou, plus ludique, faire des réponses extravagantes, mentir de manière éhontée quand on vous pose la moindre question pour vous donner une carte de fidélité qui vous obligera à acheter chez un commerçant, donner de faux noms et en inventer chaque fois de plus originaux, de fausses adresses, de faux numéros de téléphone ; prendre le temps de répondre aimablement à quelqu’un qui se moque de vous qu’il se moque de vous ; expliquer que votre religion vous interdit de complaire ici au Marché, de rentrer là dans cette case ; ne plus voter ou voter pour les extrêmes chaque fois que cela peut troubler le jeu sans vrai risque. C’est dans cette infinité de petits refus que l’on peut encore exprimer son désaccord, mettre les collabos devant leur devoir de conscience, gripper le système. C’est ce que j’appelle la force des faibles, cette force dont on fait les stalagmites (je précise : celles qui montent, érection lente, mais durable).

En avoir ou pas ?

L’argent n’enrichit pas ; mais, dans nos sociétés, ne pas en avoir est une violence, aliène et relègue, appauvrit. Diogène était libre, car pauvre. Aujourd’hui, quel Alexandre désirerait être le philosophe de Sinope ? Le monde antique avait sa morale et cultivait la vertu. Aujourd’hui, notre morale se nomme hypocrisie et n’est trop souvent qu’une complaisance face à l’escroquerie de notre modernité.