J’ai le droit !

Je gare mon véhicule sur un modeste parking devant la « Salle du marronnier » dans le bourg de Theix. Il est midi, il fait un peu frais, la place de ce petit village breton est déserte et les places de stationnement sont quasiment toutes libres. Une seule est réservée aux Personnes à Mobilité Réduite et est bien aménagée avec la distance latérale augmentée pour permettre la manœuvre du fauteuil.

J’attends quelqu’un, au chaud dans ma voiture. Un autre véhicule, modèle récent, voiture neuve, arrive et se met sur la place handicapée. Une dame, la soixantaine, en sort, alerte, ferme la voiture, puis part faire des courses d’un pas décidé. J’en suis choqué.  

Après son départ, je vais vérifier derrière son parebrise : elle a bien la carte « handicapé ». Elle a donc usé d’un droit. Mais quand même… Qu’elle soit vraiment handicapée, ce qu’on ne mesure pas, en la voyant marcher d’un pas si rapide et si aisé, ou qu’elle ait pris la voiture d’un parent réellement handicapé m’importe peu. Ce que je remarque, c’est qu’il n’y avait qu’une seule place aménagée pour les handicapés en fauteuil, que de nombreuses autres places étaient libres tout à côté, et que cette personne qui n’en avait pas besoin, mais qui pouvait utiliser un droit, le sien ou celui d’un autre, a souhaité s’en prévaloir quitte à empêcher un « vrai » handicapé venant après elle d’utiliser cette place. Elle n’a donc pas usé d’un droit, mais en a abusé.

Et je n’y vois pas seulement un manque total de politesse, ce qui n’aurait pas justifié ce texte d’agacement. J’y vois une certaine approche perverse des droits. Pour certains, à l’évidence, un droit peut être un privilège et utilisé, revendiqué comme tel : « J’ai le droit ! ». Que cette formule pue, que cette formule m’agace. C’est tout le problème de notre modernité occidentale. Il n’y a plus de citoyens souhaitant revendiquer et assumer ses devoirs ; il n’y a plus que des consommateurs de droits. Triste époque dans laquelle je ne me reconnais pas.

Encore un matin

Tout est lié, et je ne sais si le dire relève du simple truisme ou d’une découverte politique. Mais la question du souverainisme, si clivante, c’est aussi celle, plus sociale, voire psychologique, de l’individualisme (versus conformisme), car la nation est aussi à l’image des individus qui la composent. Et c’est encore, celle, douloureuse, de la démocratie, c’est-à-dire la question de la liberté des citoyens à décider par eux-mêmes de ce qui les concerne et de faire tout ce qui ne nuit pas à la liberté des autres ou à la paix civile. Car comment pourrait-on exiger que notre nation soit souveraine, si chacun d’entre nous, à son niveau singulier, n’est pas capable de se déterminer par lui-même et n’est pas autorisé à mettre sa vie en accord avec ses convictions intimes ?

Personnellement, je nous vois, en occident, et particulièrement en France, confrontés à un certain nombre de problèmes majeurs, létaux, que je hiérarchise ainsi :

–          La perte progressive des libertés individuelles ;

–          La dégradation de l’environnement ;

–          La montée de la violence ;

–          La subordination de l’homme à la machine ;

–          La dématérialisation des relations ;

–          La fin de la puissance d’agir individuelle.

 Et tout est lié, car cette liste qui révèle sans doute et ma sensibilité personnelle et mes préoccupations les plus fortes, aurait pu prendre une tout autre forme et être résumée par un constat plus trivial : nous allons dans le mur, menés par une élite avant-gardiste et « progressiste » de leaders du monde politico-entrepreneurial, encadrés comme ces veaux qui vont à l’abattoir, « comme en quarante ! », par une bureaucratie supra nationale ; et tout cela nous est présenté comme allant dans le sens de la fin de l’histoire, inéluctable, voire nécessaire. L’homme serait donc prisonnier d’une fatalité, condamné à payer une faute ? Laquelle ? Mais si vous êtes un homme blanc occidental, la faute est évidente, et si vous essayez de défendre votre culture en appelant au secours Rabelais, Voltaire ou Le Clézio, Delacroix ou Bocuse, alors ce sont autant de « preuves » de votre arrogance de petit blanc occidental, macho et franchouillard.

 Le fond du problème est donc aussi celui de la décadence de notre civilisation ; et faut-il rappeler que la décadence c’est l’indifférence aux valeurs fondatrices de sa société, de sa civilisation et, de ce point de vue, la prolixité de la communication politico-médiatique cache toujours, chez ces communicants de profession, l’indigence des idées que ces valeurs leur inspirent. En fait, on a vraiment l’impression de se retrouver au point où en était l’Empire romain aux premiers siècles de notre ère : décadence civilisationnelle, un empire menacé de l’extérieur et dont le limes était constamment fracturé par des hordes de « barbares » poussés à migrer vers l’Empire pour faire face à des guerres, des aléas climatiques – oui, déjà –, une raréfaction des ressources, le goût de la conquête, et, enfin, un empire travaillé de l’intérieur par des sectes préchrétiennes. Aujourd’hui, s’il faut achever cette comparaison sur ces trois points, il faut pointer une secte religieuse postchrétienne, qui nous arrive des États-Unis et qui doit nous inquiéter, car on en parle déjà comme d’une religion (le livre de Jean-François Braunstein).

Sommes-nous condamnés ? et devons-nous nous laisse faire, mourir en silence, en murmurant gentiment des excuses ? Sans sursaut national, oui ! Et c’est là où nous devons revenir à une vision gaullienne de l’histoire, revendiquer un patriotisme non xénophobe – celui des combattants ukrainiens –, un nationalisme pacifiste, un individualisme solidaire et ouvert à l’autre, une non-violence radicale, une envie d’Europe, mais d’une autre ; et, sans attendre les autres, reconstruire la France en retrouvant l’esprit qui anima le Général de Gaulle pour refonder la France de l’après-guerre, mais sur un autre modèle. Oui, en quarante, tout semblait foutu, et sans les Britanniques… De même que chacun ne peut attendre de l’État la résolution de ses problèmes, la France ne peut ni attendre de l’Europe des solutions ni se permettre d’attendre qu’une crise passe et qu’une autre arrive.

J’ai essayé, dans cette courte contribution de prendre le problème par tous les bouts. C’est, quelle que soit la façon dont on en parle, non pas un problème économique qui attendrait sa réponse économique inspirée par les experts de la Commission européenne, ce que certains veulent nous faire croire (Messieurs Macron ou Le Maire), mais un problème politique appelant une réponse politique, nationale, populaire. Et de ce point de vue, l’offre politicienne est aujourd’hui nulle, et croire qu’en fermant les frontières on va tout régler, ou que les immigrés sont le problème, alors qu’ils ne font que participer à un problème plus vaste, est une illusion. Voter Macron, le mondialiste hors sol, est suicidaire ; Mélenchon, le Robespierre des temps nouveaux, extrêmement dangereux pour nos libertés – après 89 vient 93 ; quant aux vieux partis, on sourirait presque : ah ! vous êtes encore là ? Mais, je suis désolé, Zemmour, qui ne dit rien de la démocratie, rien de la révolution 4.0 (celle si chère à Schwab et à ses collègues de Davos), rien des tares congénitales de notre modernité (bureaucratisme, juridisme, économisme, mécanisme), n’est pas plus convaincant, même si je ne doute pas de son honnêteté. On ne peut réduire un projet politique à une fermeture des frontières, même si elle s’impose absolument pour des raisons de survie.  

Mais c’est aux gens de choisir, et ne pas choisir, c’est trancher par défaut, mais mollement, trancher dans le mou, dans le gras du ventre mou d’une société qui reste bourgeoise et repue. Soit on accepte d’être gouverné par ce que je nomme l’attelage fatal du Marché et de la Bureaucratie étatique et supra étatique (M. Thierry Breton, si l’on doit chercher un symbole). Si oui, il faut alors accepter de ne plus être un citoyen porteur de valeurs et acceptant ses devoirs, parfois ingrats, et d’être réduit au statut de consommateurs (de produits et de droits). Soit on souhaite que le peuple (Mme Michu comme Mme Bettencourt Meyers) soit « gouverné par le peuple, pour le peuple », et on doit exigerdeux refondations : celle de la démocratie et celle de l’EU.

Sur la refondation de la démocratie : Ce court billet d’humeur ne permet pas d’exposer des solutions pourtant simples et radicales, non pas pour « régler le problème », mais pour, déjà, faire un pas important dans ce sens. Les solutions existent, faciles à mettre en œuvre si la volonté est là. Mais comment pourrions-nous changer de paradigme, si l’essentiel des décisions est pris à Bruxelles par des fonctionnaires sans légitimité démocratique ?

Sur la question de l’UE : Puis-je ici me revendiquer européen convaincu et, dans le même temps, très eurosceptique. À l’évidence, le projet européen maastrichtien n’est pas le bon et ne correspond pas à ce que de Gaulle ou Seguin souhaitaient – ne parlons pas des Français. Il nous faut imaginer une confédération européenne dans laquelle les nations seront souveraines, l’imposer ou rien…

En effet, c’est la question démocratique qui se joue à ce niveau. Le plus illustre des citoyens de Genève, qui expliquait au XVIIe siècle que « plus l’État s’agrandit, plus la liberté diminue », le disait bien dans « Du contrat social » : « La Monarchie ne convient donc qu’aux nations opulentes, l’Aristocratie aux États médiocres en richesse ainsi qu’en grandeur, la Démocratie aux États petits et pauvres ». Et c’est une évidence, un état de grande taille, comme l’UE, ne peut être géré démocratiquement.  Et la France qui était un grand pays jusqu’au XVIIIe siècle, est devenu un petit pays dans un cadre mondialisé où tout lui échappe. Ainsi faire l’UE (fausse bonne idée) c’est donc condamner en France la démocratie. Car la nation, c’est aujourd’hui, plus qu’hier, compte tenu d’Internet, la bonne taille pour une démocratie réelle, participative. Et on peut donc écrire, sans chercher la polémique, que F. Mitterrand ou F. Hollande par exemple, mais pareillement J. Chirac ou N. Sarkozy sont ou ont été des aristocrates, fossoyeurs de la démocratie.

Mais quand on tient ce type de propos, trop de gens répondent qu’on n’y peut rien qu’on a, de toute façon, signé des traités et qu’il n’est plus possible de sortir de l’UE. Évidemment, le Brexit a rendu ces gens moins à l’aise avec ce dernier argument. Ce qu’on peut rajouter, c’est que des traités internationaux ont toujours été signés depuis la nuit des temps, mais toujours aussi, renégociés ou violés ou abandonnés. D’ailleurs, l’essentiel des traités en vigueur n’est pas respecté et j’aurais envie de dire, à la Clausewitz, que si la guerre, c’est la continuation de la politique par d’autres moyens, la diplomatie, c’est l’art de renégocier ou de violer les traités. Et puis voyons les choses simplement : Plus encore depuis la sortie de la Grande-Bretagne – et , étant un breton continental, je me demande parfois si la petite bretagne ne devrait pas demander son rattachement à la Grande (Joke !) –, l’UE, c’est la France et l’Allemagne ; et, sans la France, l’Europe deviendrait un Quatrième Reich dans lequel, l’Espagne et le Portugal, par exemple, ne pourraient rester – j’utilise le terme de Reich sans outrance, en pensant moins au troisième qu’au second qui ne devait rien aux nazis ; « Reich », c’est-à-dire « Empire ». L’Allemagne qui se réarme le veut-elle ? La France dispose donc d’une sorte de « bombe atomique » en menaçant de sortir de l’EU et chacun sait que, si une telle bombe n’est pas destinée à servir, elle n’a d’efficacité qu’en temps de paix et tant que nos adversaires et nos partenaires ont la conviction qu’on est prêt à l’utiliser.

Il suffirait donc de « peu de chose » pour retrouver notre souveraineté : agir par le bas, en refondant notre démocratie, et par le haut, en exigeant une refondation de l’EU qui passerait par la suppression du Parlement européen – oui, aller jusque là –, la réaffirmation que notre justice nationale prévaut sur la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) – oui, aller jusque là –, et exiger une réduction très importante du budget de la Commission européenne – oui, oui, jusque-là… Je disais « peu de choses », je voulais dire « volonté ». Et en attendant, il « suffirait » de bloquer énergiquement l’UE, dans toutes ses décisions pour provoquer une crise nécessaire, salutaire, par un jusqu’au-boutisme assumé. Après la politique de la chaise vide, celle du pied dans la porte. À voir si l’EU pratiquera alors, à notre égard, celle du pied dans le c..

Un simple constat

Il y a les vrais problèmes et les autres qui méritent moins qu’on abatte des arbres pour produire du papier, et fasse couler de l’encre pour écrire des essais censés en faire un semblant d’analyse et alerter les gens sur ce qui se passe. Le vrai problème crée un dégât irréversible, voire vital : par exemple l’extinction d’une espèce vivante, le réchauffement climatique ou la fin de l’humain tel que nous l’avons connu et que la philosophie antique l’a décrit (un animal politique). Le faux problème est moins inquiétant et peu parfois attendre. Et puis les médias sont là pour en faire leurs colonnes et les traiter en boucle – le choc des images et l’indigence des mots…

Mais s’il faut s’intéresser aux vrais problèmes, c’est bien parce qu’ils créent des dommages insurmontables et irréversibles, du moins à partir d’un certain point d’irréversibilité qui a justifié l’invention des concepts de principes de précaution et de prévention[1], qui ne sont d’ailleurs que très vaguement appliqués et seulement dans le domaine de l’environnement. Pourquoi ? Il faudrait sans doute ouvrir une trop large parenthèse pour répondre à cette question qui en appellerait une autre : pourquoi avoir créé un CCNE qui se présente comme Comité Consultatif National d’Éthique, en oubliant qu’il s’agit d’un Comité Consultatif National d’Éthique pour les sciences de la vie et de la santé, et qui ne traite donc pas de l’essentiel des problèmes d’éthique, mais seulement de ceux posés dans le domaine de la biomédecine. Mais revenons à nos montons, je veux dire aux humains et à leurs problèmes les plus critiques.

Et j’en vois quelques-uns que je hiérarchise ainsi :

  • La perte des libertés individuelles ;
  • La dégradation de l’environnement ;
  • La montée de la violence ;
  • La subordination de l’homme à la machine ;
  • La dématérialisation des relations ;
  • La fin de la puissance d’agir.

Et pour peu qu’on me demande pourquoi je ne vote plus je peux aussi répondre, parmi d’autres raisons, que je ne trouve ni candidat ni parti ou mouvement politique qui partage cette analyse ; et quant à faire confiance à la jeunesse, elle est globalement trop formatée, trop accro à la jouissance servile pour réfléchir à tout cela et se mobiliser pour que leurs enfants et les enfants de leurs enfants puissent encore vivre décemment. Je constate d’ailleurs, et je l’avais constaté au sein des Gilets Jaunes que les jeunes sont très peu présents dans les manifestations, ce qui n’était pas le cas dans ma jeunesse quand, lycéens ou étudiants, nous étions capables de faire grève au lycée, d’interdire l’accès des classes à nos professeurs, d’organiser de manière autonome des cours donnés par les plus âgés au plus jeunes.

Si j’en avais le temps et le moindre espoir d’être lu, je pourrais écrire un essai sur chacun de ces problèmes thématisés. Mais je n’ai plus cette naïveté. Pas plus que je n’ai celle de croire à la politique ou de croire vivre en démocratie.

La politique est morte depuis que nos gouvernants sont, pour l’essentiel, formés à l’ENA (formés, déformés, formatés…) et que l’essentiel des médias appartient au Marché. Le rachat en novembre 2002 de Twitter par Elon Musk n’est pas, de ce point de vue, anodin.

 Et nos « grandes démocraties » sont si peu démocratiques que l’usage de ce terme confine à l’escroquerie intellectuelle. Effectivement, nos chefs d’État sont élus, directement ou pas, mais cela n’en fait pas des démocraties, même si elles ont, c’est vrai, quelques formes démocratiques, plus encore monarchiques ou aristocratiques, mais sans pouvoir véritablement rentrer dans l’une de ces cases. On sait que la démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple, ce qui la distingue du parlementarisme, ou que, comme Montesquieu l’écrit dans l’esprit des lois :

« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix, et de celle de l’aristocratie. Le sort est une façon d’élire qui n’afflige personne ; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie ».

 Et la façon la plus juste de qualifier ces régimes occidentaux, en reconnaissant l’attelage fatal du Marché et de la Bureaucratie et en prenant en compte la réalité de l’État profond (la main de plus en plus visible de l’élite techno entrepreneuriale et de ses officines), il faut parler d’un point médiant entre oligarchie et ploutocratie, une alliance entre les oligarques de la haute administration et des chefs d’entreprise les plus puissants, leur permettant, mains dans la main, d’exploiter un peuple de consommateurs. Et sans faire de listes, on pourrait citer toutes ces personnes qui alternent au plus haut niveau la gestion d’entreprise et le gouvernement politique (Thierry Breton, Jean Castex, …)

J’entends ici ou là quelques intellectuels, certains journalistes qui s’émeuvent chaque fois que le sang coule, ou que les services publics dysfonctionnent, et qui déclarent qu’il faudrait « changer de logiciel ». Ils n’ont pas compris que ce logiciel est un « Système d’exploitation » – nos informaticiens parlent d’OS –, qui fonctionne plutôt bien, c’est-à-dire au profit de ceux qui l’on créé, et dont le but final est d’exploiter la ressource humaine, et surtout de reformater l’homme, afin que naisse une nouvelle humanité que la littérature de fiction a déjà décrite dans le « Meilleur des mondes ». Qu’on reprenne l’ouvrage d’Huxley, tout y est : le mythe sécuritaire, la tyrannie de la bienveillance, le mépris de la confiance sociale, le progrès technologique comme valeur morale, l’instauration d’une religion démente. Et ce nouvel homme (masculin comme féminin) est déjà en germe dans notre jeunesse que je regarde parfois avec un peu d’effroi : inculte, formatée au point de ne plus être capable d’avoir une idée personnelle, docile, jouissive, dépolitisée, naïve… un troupeau d’animaux de rente que les médias flattent pour leur faire accroire qu’ils ont leur future en mains, alors que ce ne sont que de gentilles marionnettes que le Marché scotche devant leurs écrans et font danser au bout de leurs ficèles. Quitte à les instrumentaliser, comme ils le font avec Geta la gentille blonde. Je lis sur Wikipédia que son nom de naissance serait « Greta Tintin Eleonora Ernman Thunberg ». J’ai un peu de mal à y croire, même si le nom de Great Tintin lui va plutôt bien – j’ai toujours été un fan de Tintin, un héros comme je les aime : généreux et intrépide. Quand on pense que les Américains ont prétendu avoir été les premiers à alunir, c’est hallucinant.


[1]. Le principe de prévention vise les risques avérés (qui sont connus ou démontrés) ; celui de précaution vise les risques hypothétiques.

Etiologie d’une décadence

Si la question migratoire qui focalise tant l’extrême droite pourrait se regarder tout autrement dans un tout autre contexte, elle devient aujourd’hui non pas critique, mais létale. Car l’Occident est effectivement confronté à des attaques extrêmement violentes dans un contexte de décadence – je renvoie à mon essai « Etiologie d’une décadence. Et il est sidérant de comparer notre situation à celle de l‘Empire romain des premiers siècles de notre ère : une civilisation décadence, incapable, faute de volonté, de se défendre, par ailleurs confrontée à des hordes de barbares (barbares, au sens antique du terme, c’est-à-dire extérieur à la civilisation romaine) qui pénètrent l’Empire et le pillent après avoir fracturé son « limes » ; et dans le même temps détruite de l’intérieur par une secte religieuse qui l’infecte et finira par avoir le dessus – pour reprendre la formule du Lucien Jerphagnon, « l’agneau aura mangé la louve »[1]. Et cette secte n’est pas, comme à l’époque que j’évoque, préchrétienne ; elle est, en ce début du siècle, postchrétienne, une nouvelle secte d’éveillés qui est en train de devenir une religion à part entière et qui, comme toutes, est totalitaire, haineuse des libertés individuelles, prête à remettre en cause les faits et les sciences qui en rendent compte chaque fois qu’ils diffèrent de leurs présupposés, de leurs croyances, de leurs désirs. J’ignore si nous nous en sortirons, mais cela parait peu probable, car pour cela, il faudrait déjà que face à ces éveillés wokes, les populations occidentales se réveillent aussi, retrouvent du courage, et rompent avec une classe politique qui les trahit tous les jours. Rien de cela ne parait envisageable. Je remarquais qu’aux dernières élections municipales, dans ma ville, près de 70 % des électeurs ne s’étaient pas déplacés. Pour différentes raisons, et pour l’essentiel, ils s’en foutent et ne constituent qu’un ventre mou, un troupeau de moutons castrés et gras. Soljenitsyne déclarait à Harvard en 1978 que « le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui ». Son compatriote Vladimir Boukovski ne disait pas autre chose dans son livre « Jugement à Moscou ». On voit, n’en déplaise à Sardine Ruisseau que nous aurions besoin pour nous en sortir d’une politique « couillue » – je prends ce terme dans mon Petit Robert (aucun rapport avec un petit ou un gros lolo) –, menée par des hommes et des femmes également couillus et déterminés.


[1]. Je fais référence au magnifique roman de Lucien Jerphagnon, « La louve et l’agneau ».

Entredeux métaphysique

De même que je refuse de me laisser enfermer dans ce choix auquel parfois on m’invite, de me déclarer croyant ou athée, ou encore de confesser une philosophie spiritualiste ou matérialiste, je refuse au nom de mon individualisme forcené d’opposer le « je » et le « nous ». Je reprends ! quitte à céder à une certaine redite…

Déclarer, comme à la douane, croire en Dieu, à l’existence de divinités, d’un empyrée d’où des dieux fantasques nous regarderaient comme le Micromégas de Voltaire – cet exilé de Sirius – et son ami de Saturne, ou au contraire prétendre que les dieux n’existent pas, c’est toujours, à défaut d’en savoir quelque chose, croire. Je n’y souscris pas et, faute d’intuition claire, ne crois donc à rien, en cette matière du moins, et sans être le moins du monde agnostique.  

Quant à trancher entre matérialisme et spiritualisme, j’en reste là encore à la position de Voltaire sur la matière, telle qu’il l’évoque, toujours dans Micromégas : « Eh bien ! dit le Sirien, cette chose qui te parait être divisible, pesante et grise, me dirais-tu bien ce que c’est ? Tu vois quelques attributs ; mais le fond de la chose, le connais-tu ? – Non, dit l’autre. – Tu ne sais donc point ce que c’est que la matière ». J’en suis là, précisément, à ce point d’ignorance. La science nous le dit, à trop diviser les atomes, comme un oignon qu’on épluche, on finit par ne plus trouver que du vide, et de l’énergie. Et les êtres vivants ne seraient-ils pas que des arrangements de matière organique qui pensent, et l’esprit le produit d’une matière vivante ? Nul n’a encore apporté la preuve que l’esprit survit à la mort du corps ; mais qui pourrait affirmer le contraire ? Et si la matière est une réalité sensible, une pensée est tout aussi réelle, mais sous une autre forme et dès qu’elle est exprimée, elle a sa vie propre.

Enfin, je n’opposerai pas l’homme social et l’homme individuel. Mais je prétends que chacun d’entre nous est unique et se distingue des autres, même à l’intérieur de groupes sociaux apparemment très homogènes. Il n’y a donc pas d’homme universel, même si les humains partagent tous des caractères communs. Sinon l’anthropologie serait une science sans sujet. Et quand Joseph de Maistre écrit dans ses considérations sur la France : « Il n’y a pas d’homme dans le monde. J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc. ; Je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être persan : mais quant à l’homme ; je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie », on peut lui rétorquer qu’il ne l’a simplement pas reconnu dans le Français, l’Anglais ou le Russe. Mais aucun homme n’est réductible à sa nationalité, à la religion de ses parents, ou encore à son sexe, sa couleur de peau, son statut social. Et si ses déterminismes naturels sont indépassables (sa nature, son sexe, sa race, ses principaux caractères morphologiques), il est libre de dépasser ou de s’affranchir des autres dons de sa naissance, de changer de nationalité ou de religion, d’appréhender une nouvelle culture, de s’extraire de son milieu social d’origine. Mais dans le même temps, il ne peut vivre qu’en société, engagé dans des liens choisis, parfois subis, qui le rattachent à d’autres, et, de mon point de vue, enraciné sur un territoire auprès de voisins. Mais sans abdiquer son individualité. Et personnellement, si j’admets l’évidence, à savoir que je suis un homme occidental blanc hétérosexuel, dire cela ne dit rien de ce que suis et montre à quel point on ignore ou on ne souhaite pas s’attarder à ce que je suis vraiment, comme être unique constitué pour un destin singulier et porteur d’une identité multiple, complexe et relativement fluide.  

Un peu de pub

Ce n’est évidemment pas dans mes habitudes, mais chacun comprendra que l’on puisse aussi écrire pour être lu. Il faut donc toucher un certain « public », donc diffuser ses livres. D’ailleurs, je ne sais pas si à terme je n’abandonnerai pas les chroniques pour me consacrer aux livres. J’en ai un qui cherche vainement un éditeur, et un autre, un roman, qui sera terminé à l’automne. Et puis encore un essai de philosophie politique débuté il y a quelques semaines et qui sera sans doute le dernier – à publier l’année prochaine. Et puis, en fin d’année 2023 un autre recueil de chroniques et un nouveau roman auquel je pense déjà. Ces livres ont été, sont et seront publiés par des éditeurs « classiques », et certains en autoédition et il faudra bien que je les vende. Il s’agit notamment de : « Un singe en automne » et de « Jean Mousnier de la Montagne ». Ces livres sont présentés sur ce site à la page « Parutions ». Leur prix d’achat correspond à peine à leur coût de fabrication, donc sans rémunération pour l’auteur.

Il est très difficile de se faire éditer ; et on doit distinguer les vrais éditeurs (qui éditent à compte d’éditeur), les faux qui éditent moyennant finances ou prétendent le faire gratuitement (éditions à compte d’auteur), et les auto éditeurs. Et je peux en dire deux mots. Il y a encore deux types d’éditeurs traditionnels, ceux que je classe dans la première catégorie : les grands qui assurent la promotion de leurs auteurs, et les petits qui ne le font pas, faute de moyens. Sachant que le problème d’un livre, ce n’est pas de l’écrire, on peut se faire aider, ou même, comme certains, laisser d’autres l’écrire à sa place ; le problème, c’est de le promouvoir, de faire qu’on en parle à la télé ou à la radio et qu’il soit présent à l’étal des librairies et des super marchés. Entre l’écriture et la promotion, il y a la fabrication du livre, mais fabriquer un livre ce n’est pas grand-chose. Personnellement, je continuerai à me faire éditer quand je le pourrais par de vrais éditeurs (à compte d’éditeur) et pratiquerais l’autoédition à défaut. Je n’aime pas beaucoup les faux éditeurs éditant à compte d’auteur ou gratuitement, car ils ne font aucune promotion des livres qui ne se vendent donc pas faute d’être identifiés – personne n’achète en effet un livre dont il ignore l’existence. Et surtout, ces éditeurs ne sont jamais clairs sur leur métier et quand ils prétendent faire le travail gratuitement, ils impriment votre livre et se rémunèrent donc sur l’impression. Quand au service d’Amazon, il est très pauvre : éditer par eux, c’est être sûr d’obtenir un « objet-livre » assez laid, sans pouvoir maitriser sa qualité. En conclusion de quoi, parmi 7 ouvrages édités, j’en ai édité 3 en Autoédition. Par contre, restent les problèmes du référencement, malgré l’ISBN, quasi impossible sans numéro fiscal et la promotion/diffusion qui reste le problème d’écrivains qui n’ont aucun talent pour la com ou le commerce. Car tout le problème, c’est la promotion. Un mauvais livre bien promu se vendra alors qu’un excellent livre non promu ne se vendra pas. Et à ces pseudo éditeurs qui prospèrent sur le net, on doit demander chaque fois : quelle garantie me donnez-vous que le livre soit présenté en librairie ou dans les espaces livres de super marchés ?

A vôté !

C’est fait, les Français ont voté ; ou plutôt, non ! majoritairement, ils s’en sont abstenus. Et s’ils n’ont pas voté à 53,77 %, ils ont refusé au Chef de l’état la majorité. Et dans ce cadre singulier de la Cinquième république, la REM ayant été désavouée, le Président n’a pas de légitimité gouvernementale et la grande majorité des députés – qui ont obtenu la majorité d’une minorité de votants –, non plus…

Mais on ne manquera pas de continuer à déclarer à l’occasion que la France fait partie des « grandes démocraties », de ces grands pays occidentaux qui prétendent façonner le monde à leur image et dont l’un est dirigé par un vieillard sénile, l’autre par un jeune homme puéril.

L’humanité a su concevoir deux types de démocratie, correspondant à des civilisations aux valeurs opposées : la démocratie directe pour un monde guerrier, viril, dont les premières vertus étaient l’honneur, le goût de la liberté, l’individualisme ; et un monde bourgeois, efféminé, dont les premières vertus sont le gout de la compromission, l’égalitarisme et le conformisme. Hier la guerre, aujourd’hui le commerce. Chaque civilisation a donc dû adapter un mode de démocratie : dans les cités grecques, une démocratie directe et aristocratique, en occident chrétien, une démocratie représentative et populaire. Mais le fait est que notre démocratie a été dévoyée par la bourgeoisie et l’administration. Aujourd’hui elle a cessé d’être populaire et nos représentants, non seulement ne sont pas représentatifs, mais ils ne représentent pas les citoyens, mais des partis politiques.

Notre système est donc en faillite, et il vaudrait mieux en sortir, donc tourner le dos à notre Cinquième république présidentielle (de Gaulle est mort) et ne pas retourner à la Quatrième (donc combattre l’organisation partisane). Il y a des solutions, elles sont connues. Mais pourquoi voulez-vous que les tenants du système lâchent ce système qui constitue leur rente ?

Deux actualités

Je m’étais promis de ne plus parler de politique, ou d’en parler moins, de m’en extraire ; aussi, parallèlement à l’écriture d’un roman qui progresse trop lentement – une façon de m’échapper de l’actualité en faisant un retour à 1984, l’année –, je préparais un court texte sur le « Socrate de Platon », comme on pourrait dire le « Jésus de Paul de Tarse », celui du chemin de Damas. Mais l’agacement étant trop grand, je veux évoquer deux actualités, sans rapport ; encore que… L’affaire Abad et la tuerie de ce jour, au Texas, et porter sur ces actualités un regard proprement « philosophique ». Socrate attendra.

Oui, la philosophie est d’abord un regard, une « optique », et je rajouterai, quitte à paraphraser un peu Levinas, « une optique spirituelle » – il écrit en effet dans « Totalité et infini » que « L’éthique, déjà par elle-même, est une « optique » ; et ailleurs que « L’éthique est l’optique spirituelle ».

Évidemment, je n’ai rien à dire sur les accusations de viol portées contre Damien Abad, du moins rien d’original. Mais j’entendais Sandrine Rousseau exiger la démission du nouveau ministre des Solidarités, en déclarant sur RTL, hier 24 mai : « Il doit être démis par principe de précaution ».https://www.youtube.com/watch?v=T7wSod9Jni8

Et je veux m’arrêter sur cette phrase qui montre, non pas au fond, mais sur la forme ce qu’est le wokisme : une escroquerie intellectuelle grossière qui consiste à mésuser des mots et des concepts, dans une pure démarche de propagande moraliste. Faut-il rappeler qu’une militante écologiste ne devrait pas abuser les auditeurs avec un principe de précaution – aujourd’hui entré dans notre constitution – qui a été défini et entériné lors du sommet de Rio de 1992, et qui expose que « malgré l’absence de certitudes, à un moment donné, due à un manque de connaissances techniques, scientifiques ou économiques, il convient de prendre des mesures anticipatives de gestion de risques eu égard aux dommages potentiels immédiats et futurs sur l’environnement et la santé ». Transposons le cas à M. Abad, puisque la militante écolo-féministe woke nous y invite en nous proposant de faire ce pas idéologique de la vessie à la lanterne : nous n’avons effectivement aucune certitude sur l’existence, chez lui, de pulsions sexuelles irrépressibles de nature à le pousser au viol. Mais où est le « risque eu égard aux dommages potentiels immédiats et futurs … » ? Risque qu’il agresse Mme Borne ou une autre ministre en Conseil ? Si risque il y a, la solution n’est pas de lui interdire l’accès à Matignon ou aux bureaux de son ministère, car ce ne serait que déplacer le problème ; la seule façon de réduire le risque à zéro serait de l’enfermer. On voit donc, sujet politique sans doute, mais débat philosophique surtout, que s’opposent ici deux principes, la présomption d’innocence et le principe de précaution. Et là où Sandrine Rousseau se montre être une « escroque », c’est quand elle confond présomption d’innocence et d’innocuité, pour pervertir, façon woke, un principe de précaution environnementale que tout le monde accepte, en un prétendu principe de précaution morale tout à fait contestable, car nauséeux. Et elle utilise alors toute la triste mécanique woke : torsion des concepts, injonction morale, dialectique sophistique et foireuse, pensée totalitaire. Pourquoi totalitaire ? Car considérer que l’on peut disqualifier, écarter, ostraciser une personne dont on ne peut encore contester l’innocence, c’est une démarche totalitaire récurrente des régimes les plus détestables, car elle permet d’enfermer tous les suspects, toutes les personnes dénoncées, dans une démarche trop connue. Et on comprend alors pourquoi on lit parfois, s’agissant d’un certain écologisme, cette formule de Khmers verts.

Autre sujet, encore plus dramatique – et si l’on peut faire peut-être un lien, entre les deux, c’est par la violence des images de notre société que les médias nous renvoient : une nouvelle tuerie dans une école aux États-Unis. Comme si la guerre en Ukraine ne suffisait pas… J’entends déjà que certains plaident ici et là-bas sur la nécessité d’interdire la vente d’armes. Et je suis étonné que comme pour le dérèglement climatique – oui, j’ai bien l’intention de mélanger un peu les choses –, on ne souhaite jamais aller au fond des choses, orientant puis focalisant les problèmes loin de leurs causes, comme si on ne voulait surtout pas y aller vraiment voir. Nos vrais problèmes, et ils sont liés, sont, non pas le dérèglement climatique, mais la destruction de l’environnement qui a bien d’autres conséquences, aussi graves que la dérive climatique ; non pas la circulation des armes, mais la violence de la société américaine, c’est-à-dire, pour une grande part des médias. Et je pense à cette formule de Régis Debray, peut-être entendue à la radio – je ne sais plus – qui disait que les états européens étaient devenus des pays américains comme les autres. Il le redit d’ailleurs dans un de ses dernières parutions, « le siècle vert », l’an passé, en nous traitant de « gallo-ricains ».

Et c’est pourquoi, je ne veux débattre ni du dérèglement climatique ni de l’interdiction de la vente des armes, me réservant pour des débats qui n’auront pas lieu, du moins tant que les médias ne sortiront pas de leur médiocrité et donneront à entendre sans la dénoncer la pensée woke. Et d’ici là, je vais revenir à Socrate.

1er mai

La fête du travail

1er mai

C’était dimanche. On peut s’étonner de cette idée de fêter le travail, donc les travailleurs. Et comme toutes les fêtes nationales, voire en l’occurrence, internationale, cette fête a plusieurs sens, même si son sens premier est de rendre hommage aux militants ouvriers : La Journée internationale des travailleurs (IWD, International Workers’ Day) fut une journée internationale de grève instaurée par la Seconde Internationale en mémoire du massacre de Haymarket Square à Chicago en 1886.

Cette fête m’inspire cette réflexion : il y a toujours eu une aristocratie d’en haut et une autre d’en bas, et entre les deux, une populace et une bourgeoisie. Mais il semble bien que notre modernité ait tué l’aristocratie, celle du haut comme celle du bas.

Et cette autre réflexion : le goût de la liberté, après l’honneur, caractérise l’aristocratie. Comme je l’ai déjà rappelé, notamment dans mon premier essai sur la Démocratie, c’est la loi qui crée la liberté. Sans lois, il n’y a que licence. Mais trop de lois tuent les libertés ; toute loi non absolument nécessaire est liberticide. C’est aussi le problème de la sécurité. Comment pourrions-nous parler de liberté, si nous ne sommes pas en sécurité et si l’on doit craindre en permanence de nos voisins. Mais quand cette sécurité est globalement assurée, toute perte de liberté, au prétexte d’améliorer la sécurité, doit être radicalement refusée ; surtout quand cette sécurité est celle de l’État qui la fait payer cher aux gens. Et l’aristocrate choisira toujours la responsabilité, le risque, sur le registre de « la liberté avant tout ».

Je défends, selon les principes de l’antique République romaine, une démocratie d’aristocrates, une aristocratie qui ne soit pas celle que Platon, par la bouche de Socrate qu’il met en scène dans sa « République », défend. Et pour y arriver, une désobéissance civile responsable et citoyenne.

Blasphème

Hier après-midi, le beau temps m’a tiré de mon quotidien et je suis allé visiter une chapelle à Tréhorenteuc (l’église Sainte-Onenne, dite du Graal), près de Paimpont en Brocéliande. La campagne était belle, toute dorée d’ajoncs et de genêts, radieuse en cet avril chaud et odorant ; la petite chapelle fraiche, sereine, attirante comme un tombeau paradoxal où la vie semblerait gésir endormie sous ses dalles de pierre. Malheureusement, il y avait des touristes, et même un bus du Calvados. Les observant, eux et d’autres, je n’ai pu m’empêcher de penser à une remarque d’Orwell – c’est dans le quai de Wigan – et les mots qui suivent sont écrits dans les années trente par un socialiste « populaire » qui se plaint d’un certain socialisme bourgeois ; oui, d’une certaine forme de « bourgeoisie populaire » qui a ruiné le socialisme et m’agace aussi un peu. Il évoque avec autant d’outrance que d’humour les « buveurs de jus de fruits, nudistes, porteurs de sandales, obsédés sexuels, quakers, adeptes de la « vie saine « , pacifistes et féministes que compte l’Angleterre » et raconte son expérience d’alors comme j’aimerais vous conter la mienne de cette après-midi ; si, évidemment, j’avais son talent : « Cet été, alors que je me déplaçais dans la région de Letchworth, je vis monter dans mon autocar deux vieillards à l’air épouvantable. Ils avaient tous deux la soixantaine, tout petits, roses, grassouillets, et allaient têtes nues. L’un arborait une calvitie obscène, l’autre avait de longs cheveux gris coiffés à la Lloyd Georges. Ils portaient tous deux une chemise de couleur pistache et un short kaki moulant si étroitement leurs énormes fesses qu’on discernait chaque repli de la peau. Leur apparition dans l’autocar provoqua une sorte de malaise horrifié parmi les passagers. Mon voisin immédiat, le type même du voyageur de commerce, coula un regard vers moi et murmura : « des socialistes «  ».

Peut-être m’excusera-t-on d’une citation un peu longue, mais je crois qu’elle en vaut la peine.

J’ai donc visité cette chapelle, bouleversé comme souvent par la magie d’un tel site, par la profondeur de la foi populaire de ses bâtisseurs en quête d’une forme d’absolu, de vérité qu’on ne peut malheureusement trouver ou, peut-être, simplement toucher du doigt, du cœur, ou de l’âme que dans l’extrême joie ou l’extrême douleur. La vérité de l’homme, celle du monde, n’est accessible que dans l’ivresse ou le plus profond des malheurs.

Sortant du lieu, je lisais cette formule peinte sur la voute, non pas « La porte est en dedans » qui est celle de l’abbé Gillard – paix à son âme –, formule qui en a fait réagir plus d’un, mais cette autre : « Enfant, souviens-toi, si ce monde est à toi, l’autre monde est à Dieu ». Ces formules m’agacent, c’est vrai : on y sent trop une forme d’intellectualisme, de rhétorique séminariste trop éloigné de cet esprit païen qui est le vrai socle, indépassable, de la foi populaire, celle des petits enfants que Jésus, à juste titre, appelait près de lui. Et on ne devrait pas peindre sur les murs de telles bêtises à l’attention des enfants. Non, ce monde n’est pas le leur, c’est celui de Macron, de Poutine et de leurs collègues ; un peu aussi celui d’Elon Musk et de Carlos Tavares. Quant à l’autre monde, savoir qu’il appartient à Dieu, s’il existe, c’est un peu dur. La liberté alors ! un monde à nous, pour nous, c’est pour quand ?