Quelques milliards de chinois

La seule question politique qui vaille est la question démocratique, c’est-à-dire celle de nos libertés. Hannah Arndt le dit en ces termes : « La plus ancienne de toutes les causes, celle, en réalité, qui depuis les débuts de notre histoire détermine l’existence même de la politique : la cause de la liberté face à la tyrannie. »

Non pas la question des libertés publiques, mais bien celle des libertés individuelles. Et si je dois parler moins, moins m’activer demain – de toute façon, à quoi ça sert ? –  je veux n’être plus que cela, ne plus exister dans le champ social, si ce n’est comme défenseur de ces libertés ; n’être donc plus qu’une voix, un murmure, quitte à tout céder à cela : mon confort, ma sécurité.

Que m’importe ma petite vie si l’on me vole ma liberté. Dutronc le chantait jadis avec les mots de Lanzmann : Sept cent millions de Chinois, et moi, et moi ; avec ma vie, mon petit chez-moi, mon mal de tête, mon point au foie ; j’y pense et puis j’oublie ; c’est la vie, c’est la vie…

Et bien non ! justement, j’y pense, ça ne passe pas. Je n’oublie, ni ne me laisse distraire, ni ne pense que « c’est la vie ». Et le nombre des Chinois ne cesse de croitre.

 

Le désir démocratique s’éteint, là où il exista, et l’évolution autoritaire des gouvernements nous éloigne chaque jour un peu plus de la démocratie, ici comme ailleurs. La perte de culture politique des masses, la prise de pouvoir de l’administration, la généralisation de la vidéosurveillance, l’Intelligence Artificielle, annoncent la fin de l’humain, sa régression, et la transformation irréversible des hommes en animaux de rente, en petits Chinois. Orwell l’avait imaginé, le pouvoir chinois l’a fait, transformant 1,4 milliard d’hommes « en suspects sous surveillance permanente » – je fais ici référence, en m’inspirant de son titre, à un article de Frédéric Schaeffer, correspondant de presse à Pékin ; article, dont la lecture m’a déprimé au point de douter même de mon envie de continuer à vivre longtemps, complice d’un système que je vomis.

 

Le gouvernement chinois déploie sur son territoire un réseau impressionnant de caméras de vidéosurveillance, afin que tous ses administrés puissent être observés dès qu’ils quittent leur domicile. Les foules peuvent ainsi être « scannées » à leur insu par un logiciel de reconnaissance faciale (système skynet) qui permet par exemple, comme dans un cas présenté dans l’article, d’extraire un visage d’un groupe de 60 000 personnes. Autre cas cité : « l’hiver dernier, un journaliste de la BBC a mis au défi la police de la ville de Guiyang de le retrouver à partir d’une photo qu’il leur avait confiée. Sept minutes auront suffi aux caméras de la ville pour le localiser et envoyer les forces de l’ordre à ses trousses ». Un autre exemple est évoqué, l’utilisation par la police de lunettes à reconnaissance faciale, dotées d’une petite caméra et d’un soft associé qui permet d’identifier tous les visages, et de mettre en temps réel, dans le champ visuel du policier, la fiche signalétique de l’individu. Et j’ai fait le rapprochement avec une application de mon téléphone qui me permet de scanner mon propre visage afin qu’il soit reconnu par mon téléphone, avec le risque que ce scan soit aspiré par l’opérateur. À l’heure où j’écris ces lignes, nos députés légifèrent sur l’interdiction des téléphones portables dans les collèges. Ils seraient mieux avisés d’interdire ces technologies, et de pointer comme criminels, leurs promoteurs. Faut-il rappeler qu’un criminel est l’auteur d’un crime qui, en droit français, est plus qu’un délit ou qu’une contravention, mais n’implique pas qu’il y ait mort d’homme – Infraction grave, que les lois punissent d’une peine afflictive ou infamante ?

Surveillance de masse, suspicion systématique, profilage des individus par des algorithmes savants capables d’analyser les comportements et d’identifier très tôt toute originalité ou marginalité, toute déviance sociale ou politique, absence d’état de droit – des individus sont arrêtés par la police, torturés, puis relâchés, sans respect du moindre habeas corpus (ne parlons pas d’habeas data) – préfigurant en Chine, territoire d’expérimentation du totalitarisme moderne, ce qui nous attend partout sur le globe. Une modernité immorale, fatale, et à laquelle nous serions bien inspirés de substituer une autre modernité en devenir. Le journalisme cite encore trois faits, dont l’un pourrait faire sourire. « Dans les toilettes publiques de la gare de Harbin (au nord de la Chine), la reconnaissance faciale lutte contre l’usage intensif du papier » – mais on comprend mal, s’agissant de reconnaissance faciale, quelle face du sinoquidam est scannée ; la mise en place du « crédit social », sorte de permis à points qui permet de distribuer des notes en fonction des comportements plus ou moins vertueux des individus ; ce classement permettant d’accorder des crédits à la consommation. Alibaba qui développe un tel système, accorde des prêts pour consommer sur son site, à partir de 600 points. À partir de 650 points, on peut louer une voiture ou une chambre d’hôtel sans caution. Autre point d’inquiétude : dans certaines régions, la police multiplie les arrestations arbitraires pour scanner les visages des personnes retenues et enrichir sa base ; l’idée étant qu’à terme, tous les Chinois soient fichés, et qu’il soit possible de savoir en permanence où chacun se trouve et ce qu’il fait, et avec qui.

Qu’en penser ? Que la Chine est un immense pays totalitaire avec un système politique très proche du fascisme, populisme en moins. Et que collaborer avec un tel état, participer de près ou de loin à son enrichissement ou lui permettre de mettre un pied sur le continent européen ou de prendre des positions ici, est tout aussi criminel, à tout le moins irresponsable. Un président de la République, par exemple français, qui accepterait de serrer la main d’un officiel chinois, salirait, du fait de sa fonction, toute la communauté nationale, avilirait toute idée de politique ; la realpolitik ayant ses limites. Mais nous n’avons rien à attendre des gouvernements. Il faudra donc, à un moment ou à un autre, que les citoyens s’organisent pour refuser l’usage public des systèmes de reconnaissance faciale, qui constituent un viol caractérisé des individus ; car, qui y a-t-il de plus intime que le visage.

 

Une escroquerie parmi tant d’autres

Observant le travail de fourmis de la Commission européenne, je me disais que la grande escroquerie politique, c’est de nous faire croire que la mission naturelle d’un gouvernement serait de servir le Marché pour qu’il crée des emplois et garantisse à la majorité un esclavage de survie ; cette création étant considérée comme une fin en soi, et sa promesse justifiant tous les renoncements moraux. Ici, Pacte de stabilité et de croissance, là, de compétitivité, ces pactes n’étant que des pacs contre nature entre le Politique et le Marché, mêmement mus par une idéologie mortifère : l’économisme.

 

Faire système

J’en ai après le Marché, c’est vrai, cette grande roue qui nous moud et nous infantilise, et n’ai jamais aimé l’État, ce mal nécessaire. Car je crains tout ce qui fait système.

Faire système ou faire corps, pour le dire en termes spinoziste, c’est d’abord être au service de soi, de sa préservation, c’est-à-dire de sa cohésion, être au service de sa croissance et de sa reproduction. Le corps, chez Spinoza, est à la foi une des formes que prend la substance, et un agrégat d’éléments qui cessent en partie d’exister comme tels pour faire système et exister dans cette forme nouvelle, au service de cette forme. Le corps est donc un conatus subsumé des individus s’abandonnant au tout qu’ils constituent.

L’État, pour des raisons constitutives plus que constitutionnelles, est d’abord au service de l’État ; et ses grands corps faisant corps, ne forment en fait qu’un corps constitué à la logique propre, un corps qui, au plan politique, a subjugué le politique ; le ministre n’étant que le représentant de ce corps, dans un  théâtre pour enfants où tout est fait pour donner l’illusion que Guignol vit et parle, alors que c’est bien la volonté de l’administration qui tire toutes les ficelles et fait danser le ministre, et la voix de l’État qui toujours se fait entendre. Les ministres passent, les hauts fonctionnaires restent. Ça me fait un peu penser à la fin du cycle mérovingien en Francie. Les rois chevelus n’avaient plus aucun pouvoir. Ils gagnaient le palais, vautrés dans leur char tiré par des bœufs, recevaient les ambassadeurs, leur disant ce qu’on voulait qu’ils entendent, mais c’était le maire du palais qui gouvernait et imposait sa politique. Jusqu’au jour où, avec l’accord du pape, on prit Childéric III pour le tondre, avant de l’enfermer dans un monastère, et Pépin III le petit, fils de Charles, celui au marteau, et père du sérénissime auguste, Charles le grand, reçut de Zacharie la couronne royale. En France contemporaine, c’est par la votation populaire que les hauts fonctionnaires accèdent au pourvoir.

Confession libérale

Restons sur ce chapitre politique. J’assume d’être un penseur libéral, c’est-à-dire un opposant résolu et engagé au néolibéralisme économique ; et c’est bien à ce titre que je défendais ici récemment le Règlement Européen sur la Protection des Données personnelles, comme je défends chaque fois que l’occasion m’en est donnée ou que l’envie m’en prend, toute règlementation qui se donne comme fin de protéger nos libertés individuelles. Car, précisons ces deux points, ce sont bien les gens qui m’intéressent, pas le peuple ou la nation, pas des types réduits à leurs caractères taxinomiques ; et ce sont bien leurs libertés individuelles qui m’importent, celles qui se vivent au quotidien. Le collectif ne m’intéressant que comme collectif d’individus autonomes et censément sensibles et censés.

Pour un libéral, et cela peut en constituer une excellente et simple définition, une bonne règlementation est donc celle qui protège très concrètement une liberté menacée par un tiers, que ce tiers soit une personne physique, ou le Marché ou encore l’État, sans oblitérer au-delà du strict nécessaire la liberté de ces tiers. Et c’est bien en fonction de ce principe structurant mon éthique que je combats avec la même violence les excès liberticides du Marché et ceux de l’État. Car si l’un ou l’autre veulent porter atteinte à nos libertés pour de prétendues bonnes raisons, notre confort, notre sécurité, notre plaisir, notre bien, encore faut-il que chacun puisse en juger, en accepter l’abandon, souscrire à ce compromis, le plus souvent, foireux, d’abandonner très concrètement un degré de liberté pour un bénéfice, presque toujours illusoire : la RGPD parle de consentement libre, éclairé et explicite. Et ne parlons donc pas de cette escroquerie politique qui consiste à brader les libertés des gens, au profit de la nation, du peuple, de concepts plus ou moins douteux, plus ou moins fantomatiques.

La notion de consentement est ici, clé, et si l’État de droit peut trouver son origine dans un Contrat social qui n’est qu’une fiction politique acceptée, car nécessaire, la démocratie ne peut s’en contenter, et a besoin d’un consentement libre, éclairé, et explicite. Où l’on revient à ces conditions de possibilité : liberté de consentir ou de refuser, effort démopédique – la démopédie proudhonienne étant à l’effort de pédagogie marconien, ce que le jour est à la nuit, ou la communication est à la com –, recherche du consensus le plus large et refus de la dictature de la majorité.

La politique, jamais très loin de la philosophie

Si le travail philosophique a pris une très grande place dans ma vie, la question politique m’intéresse autant ; et, pratiquant l’une et l’autre pareillement, de manière passionnée et outrancière, c’est-à-dire nietzschéenne, la philosophie politique est logiquement un de mes sujets de réflexion favori. Et toujours en prenant ces positions paradoxales qui me rendent un peu difficile à suivre par ceux qui préfèrent les choses simples, les classifications binaires : d’un côté les croyants, de l’autre les athées, ici les matérialistes et là ceux qui pensent que l’esprit survit à la désorganisation de la matière, à droite les uns et à gauche les autres.

 

Donc, bien que mes obsessions existentielles ne me quittent pas, que les questions morales me travaillent toujours autant, je ne veux aujourd’hui ni chroniquer, par une mise en abime, l’ontologie de la vérité, ni évoquer à nouveau les fondements anthropologiques de la morale. Non ! je veux évoquer le RGPD, ce nouveau règlement européen censé légiférer la gestion des Données Personnelles. Car ce nouveau texte, applicable en mai dans l’Union, et qui vient d’obliger Facebook à rapatrier d’Irlande aux États-Unis, tous ses comptes non européens pour les « mettre à l’abri » d’une « protection juridique nouvelle », constitue bien un sujet majeur de philosophie politique.

Je ne vais pas détailler ici les nombreux attendus (173) d’un texte indigeste ni les quelques articles (une centaine) qui le constituent ; mais je veux, sans faire preuve de trop de naïveté, en rendre compte positivement. Car quand même, la technobureaucratie bruxelloise – et le terme de techno ne renvoie ici à aucun goût musical de ces fonctionnaires qui, s’ils sont branchés, le sont surtout sur la ligne de commandement de la ploutocratie mondialisée –  a produit un texte tendancieux, mais néanmoins protecteur des libertés individuelles. Et la question des libertés qui, seule, justifie le choix démocratique, est bien la première à m’intéresser en politique.

Cette prose juridique dit principalement deux choses : en premier lieu que la circulation des données est profitable au commerce et doit être, pour cette raison, favorisée ; en second lieu que le Marché ne peut collecter ou utiliser de données personnelles à l’insu de leurs propriétaires et sans obtenir leur accord. Et si ce texte me semble à ce point important, c’est qu’il confirme le statut de ces données, posant la question de leur propriété, de leur valeur et de leur exploitation, et prenant acte de la nature de notre réalité « marchande », et d’une forme d’épistémè « commerciale » qui doit tout à la réification du monde occidental par le Marché. Pour le dire plus trivialement, notre réalité a été « réduite par le Marché au Marché », structurée par sa vision et organisée pour ses besoins. La Commission européenne en prend acte, visiblement sans mauvaise grâce. Mais l’UE n’est-il pas un produit du Marché, créée, non pas par un homme politique, mais par un commerçant nommé Monnet – et que j’appellerais bien Jean Monnaie, si je ne craignais pas que certains ne comprennent pas le clin d’œil –, ancien banquier d’affaire après avoir fait fortune dans la contrebande d’alcool, et reconverti plus tard dans la carrière bureaucratique. Tout l’esprit de l’Union dans une seule tête : commerce, bureaucratie, banque, contrebande.

 

Je le rappelais encore tout récemment : la vérité, qui « est ce qui est », n’existe pas ; ce que je traduis par ce court aphorisme : « rien n’est vraiment vrai ». Par contre, je ne doute pas de la réalité du monde dans lequel nous survivons, un monde humain, car conçu, révélé, inventé par l’homme ; et en expansion. Ce monde où « tout est réellement réel », et dont les limites sont celles du discours ; un discours de plus en plus enflé sur un monde qui croit à l’image du « big data » (plus de 30 % par an). Quitte à accepter cette réification du monde, on pourrait dresser une taxinomie des objets qui constituent notre réalité : les objets connus du monde physique, les productions intellectuelles, les sentiments et les émotions, toutes choses pouvant constituer autant de données, personnelles ou publiques, plus ou moins partagées. Et l’ensemble de cette réalité reste humaine ; une réalité d’espèce, une réalité chaque jour plus marchandisée par notre système de production, d’échange et de consommation. Et les données sont un nouveau gisement d’exploitation commerciale, pour peu qu’on leur affecte une valeur d’échange plus ou moins fiduciaire. Qu’il s’agisse de matières premières, de produits manufacturés, d’une œuvre d’art, d’une émotion, d’un être vivant, d’une cryptomonnaie, d’un risque ou d’un espoir, d’une information, tout peut devenir un bien marchand, car tout peut permettre à des marchands au désir productif inépuisable de faire encore plus d’argent. La réification du monde occidental est donc essentiellement marchande, car le commerce déstructure notre réalité, la moud, et transforme le tout en un ensemble de produits d’échange. La grande roue du Marché ne broie pas seulement les consommateurs, elle moud la réalité comme la pierre d’un moulin qui en l’occurrence serait un moulin à vent. Et c’est la soif inextinguible du marché qui produit cet accroissement démesuré de la réalité, et beaucoup de données n’existent ou ne sont conservées comme telles, que parce que le Marché souhaite les exploiter et en tirer un profit de court terme. La data est le nouvel or noir et cette métaphore est suffisamment éclairante – comme une lampe à huile – pour que je la prolonge. Le Marché est prêt à l’exploiter, comme un hydrocarbure, quitte à forer sous l’antarctique, malgré les traités internationaux l’interdisant, ou sous l’arctique qui n’est pas encore protégé, quitte à pratiquer le viol, une fracture hydraulique de notre intimité. Remarquons que certaines zones du globe ont pu être protégées des ravages écologiques du Marché, que, par exemple, un traité de 1994 a créé un sanctuaire des Baleines, mais que notre intimité n’est pas aujourd’hui sanctuarisée et que Facebook ou Google y font impunément leurs forages à grand coups de trépans. Et cette trépanation de la boite cervicale de notre société n’est pas sans provoquer des séquelles.

La question de la nature des données, de leur statut, est problématique. Pour redire autrement ce qu’est la réalité, disons que c’est l’ensemble des données conservées à un certain instant par l’homme ; et on ne peut accepter que cette réalité soit la propriété du Marché ou son libre champ d’exploitation. Ce qui reviendrait à considérer, si je peux une dernière fois filer cette métaphore, que les matières premières ou la réserve halieutique n’appartiendraient à personne, ou plutôt appartiendraient à ceux qui décideraient de s’en emparer. Il fallait donc bien que le droit s’en mêle. Évidemment, je ne suis pas naïf et j’imagine bien que le Marché ne rentrera pas dans ce nouveau paradigme, à moins que de spectaculaires « actions de groupe » obtiennent de lourdes condamnations.

Je termine rapidement sur un dernier point, pourtant essentiel, car c’est bien là où je voulais venir. On s’en doute, ce Règlement Général de Protection des Données personnelles ne traite pas des données personnelles collectées et utilisées par l’Administration. Pourtant, si l’on veut protéger la liberté des gens, et faire obstacle à la surveillance généralisée des citoyens, à l’émergence de la société qui dénonçait Orwell, il faudra bien, dans une seconde étape, limiter le droit des États à violer notre intimité et s’inscrire en faux contre cette idée funeste, c’est-à-dire religieuse, que l’on pourrait violer quelqu’un, pour son bien, ou son salut.

Le citoyen, une espèce en voie de disparation

La seule question politique qui mérite d’être posée est celle de la démocratie, donc, d’une manière corolaire, de la laïcité.

Si la démocratie, c’est bien le gouvernement du peuple par le peuple, alors force est de constater que, non seulement nous n’en sommes pas là, mais nous n’en prenons pas le chemin. Et on ne peut l’expliquer sans dénoncer la collusion entre la classe politique, la bureaucratie étatique et le Marché, collusion pour éloigner les gens du pouvoir et ruiner la citoyenneté.

Ce que nous appelons faussement démocratie est devenu une fabrique à consommateurs de biens, de services, de soins et de sécurité, et, disons-le, de droits.

Société de consommation ou démocratie, il faut choisir ; car on ne peut à la fois être consommateur addict et citoyen engagé. Il faut choisir entre droits et devoirs, soumission et responsabilité, avachissement et vertu.

Le Marché a un besoin vital de consommateurs solvables et n’a que faire des citoyens. Et le Marché – confusion des intérêts – s’est attelé à une administration dont la fin est de transformer le citoyen en assujetti contribuable docile, et dont le tropisme est totalitaire. Le Marché a donc chevauché le Léviathan. Quant à la classe politique, parce qu’elle a une forte conscience de classe, elle a toujours préféré l’aristocratie à la démocratie, privilégié ses intérêts propres à ceux des gens ; et elle n’a jamais fait le deuil de l’Ancien Régime. Et cet attelage funeste du Marché qui conduit, de l’administration qui met en œuvre un projet de nature totalisant, et de politiques complices et veules, sera fatale à la démocratie et détruira la planète. J’ai lu quelque part que nous faisons disparaitre tous les ans environ 25 000 espèces vivantes. Le citoyen doit sans doute être compté au nom de ces espèces condamnées.

Décadence

Dans un recueil de textes déjà anciens : « Un candide à sa fenêtre », Régis Debray nous dit que « L’obscurantisme, aujourd’hui, a deux versants : le juridisme et l’économisme. Il fait bon marché de tout ce qui résiste à la mise à plat uniformisante du marché et du règlement. Soit les deux superstitions dont l’Europe a fait sa religion officielle ». Comment ne pas souscrire à cette analyse et contester ce vaste mouvement d’uniformisation, d’appauvrissement et de déshumanisation du monde ? Comment nier la prégnance de cette idéologie de l’uniforme, ou ne pas être effrayé de cette construction d’un monde « totalisant » – pour reprendre cette formule d’Edgar Morin qui parlait dans la même logique de la technobureaucratie contemporaine ? Idéologie que moi, outrancier décomplexé et prompt au raccourci, je nomme totalitaire. Car il s’agit bien, d’une manière insidieuse, subreptice, de nous empêcher d’être ce que l’on est, de vivre suivant notre choix ou notre goût. Et cette façon de nous empêcher de penser – par nous-mêmes – de décider – pour nous-mêmes –, d’inventer nos vies, parfois simplement de faire vivre des traditions auxquelles nous restons attachés ; cette façon de refuser toute hétérodoxie, cette stratégie d’installer partout une police de la morale, un gardien du politiquement correct, est bien d’essence totalitaire et nous renvoie aux pires cauchemars orwelliens. Et je ne parlerai pas aujourd’hui de l’écriture inclusive, autre folie du temps…

 

L’occident a raté son rendez-vous avec l’histoire, le rendez-vous de la libération des peuples, et la démocratie qu’elle a promue est non seulement peu démocratique, mais chaque jour l’est moins. Nous sommes empreints d’idéologies d’essence totalitaire, c’est-à-dire, liberticides, pour ne pas dire religieuses, et, en élargissant un peu le propos de Debray, je voulais dénoncer – quitte à m’y prendre en plusieurs fois – ces trois idéologies qui peuvent constituer un autre tripalium civilisationnel : l’humanisme, le juridisme et l’économisme.

Mais préalablement, car la chose, comme Brel le chanta jadis, « me gonfle un peu mes vieilles roubignoles » je veux dénoncer aussi le jeunisme, autre idéologie du Marché à laquelle nous devrions nous plier pour ressembler à cette image que la pub nous renvoi du parfait consommateur : un post adolescent urbain à l’allure rebelle, mais au fond docile comme un caniche, habillé de couleurs vives, et qui saute comme un cabri en criant « Houpi ! Houpi ! Elle est pas belle la vie ? » ; et bankable ; évidemment ! Et ce jeunisme sociétal se décline de plusieurs façons également mortifères. Citons la religion de la vitesse, le goût du gaspillage, le culte du puéril inconsistant et irresponsable. On a le choix…

Notre civilisation est sénile, nos idées sont vieilles comme le monde ; tout cela se meurt. Onfray ose parler de décadence, mais Nietzsche, visionnaire et prophète, avait bien senti la chose dès la toute fin du XIXe. Et dans sa folie lumineuse, il avait daté ce que j’appelle moi l’équinoxe du progrès au mois de septembre 1888 – on peut relire l’Antéchrist. Mais le Marché continue dans sa com à nous mettre en scène comme des gamins qui n’ont d’autre ambition que de consommer leur argent de poche, et que l’on peut faire rire ou pleurer par quelques artifices de communication : « Que d’émotion, que d’émotion ! ». Et les politiques sont ravis d’en rajouter, ravis de nous transformer en enfants pour pouvoir nous traiter comme tels : nous moucher, nous torcher et nous taper sur les doigts : « c’est pas bien de faire du vélo sans casque ! tu pourrais te faire bobo ! ». En fait, ils laissent l’administration le faire, acceptant d’être tenu en tenaille entre le Marché et la Bureaucratie, deux matrices qui ne savent que réifier le monde, le mettre en chiffres, en catégories. Où l’on voit qu’il faudrait revenir à cette distinction des registres. Le Marché fait du business, quelle qu’en soit l’exorbitance des coûts environnementaux ; la Bureaucratie produit de la norme et ignore, par nature, l’humain, ce que Debray appelle ici « ce qui résiste à la mise à plat uniformisante du règlement » et ce qu’il nomme ailleurs « les fonds de cuve » ; et c’est pourquoi nous avons besoin de Politiques qui s’intéressent peu à l‘administratif, la gestion domestique, pour s’occuper de l’humain, son présent et son avenir. C’est dire que nous avons besoin de dirigeants qui n’ont surtout pas fait l’ENA ou Sciences Po.

 

Remarquons que dans certaines sociétés où les valeurs ne sont pas forcément celles du Marché, c’est-à-dire indexées sur le dollar, la maturité, voire le grand âge, associé à la sagesse, est une valeur en soi. Et l’on respecte les vieux. Ici, c’est l’inverse ; ce fut la jeunesse qui a eu de la valeur, aujourd’hui c’est la puérilité. Nous sommes invités à faire station à l’âge de 13 ans, surtout mentalement ; à zapper notre vie, à faire n’importe quoi, surtout n’importe quoi ; puis à accepter d’être punis et renvoyés dans notre chambre à jouer avec les gadgets que le Marché nous offre – pardon, nous vend. Il faut rester jeune, toujours, et dans ce même temps éternellement court, sans qu’il y ait le moindre paradoxe à vivre vite, il faut non seulement rester dans le mouvement et le bruit, mais nous précipiter toujours devant, vers le mur et la mort. Il faut tout consommer, dans l’urgence, jouir dans un spasme, et courir, toujours courir. L’image qui s’impose est celle de James Dean dans « la fureur de vivre ». Je trouve d’ailleurs le titre original plus intéressant, plus juste : « Rebel without a cause » ; adolescent travaillé par ses problèmes existentiels, pour ne pas dire hormonaux, et qui devient un rebelle de pellicule ou de magazine, un personnage conceptuel, un produit qui peut être utilisé pour vendre d’autres produits : des tee-shirts, des placements bancaires pour les djeunes, ou bien l’american way of life. Et ce goût du gaspillage, cette nécessité de se goinfrer, d’adorer aujourd’hui ce que l’on détestera demain, de gober, gober encore, puis vomir, pour pouvoir à nouveau, jusqu’au dégout, bâfrer encore, se goinfrer, se vautrer, consommer est bien dans l’air du temps. Mais de quoi s’agit-il, si ce n’est d’une impérieuse nécessité de tuer le désir ? Un désir qui se dissout dans la jouissance. Du moins une forme de jouissance, mais n’est-ce pas ce que l’on appelle être décadent ?

Humeur

Je ne suis pas toujours aussi assidu que je le devrais à ce blog, mais mon travail d’écriture, ininterrompu, peut parfois, et sur des périodes assez longues, me retenir ailleurs ; me tenir à autre chose, un livre par exemple qui paraitra sans doute un jour. Mais je continue à vivre sous la même discipline simple et salutaire, une exigence spirituelle qui me permet d’être ce que je suis et de répondre à ma conformation psychologique : lire et écrire. Et ces deux disciplines participent de la même éthique et d’un reste de plaisir d’être encore. Et je voudrais pouvoir tout céder à ce penchant, sans autre morale, car je sais qu’il s’y joue aussi quelque chose d’essentiel – et d’aussi simple qu’un équilibre qu’il me faut à tout prix tenir, au risque de tomber et de ne pas me relever.

Nécessité autant que plaisir, et qui me conduisent à me ressourcer dans la nature et les idées, au risque de m’y enfermer et de me couper du bourdonnement de la vie. Car il faut bien vivre aussi, assumer des responsabilités professionnelles, « être dans la vie », participer au grand bordel, consentir aux exigences sociétales, et s’y perdre, s’y abimer, s’y laisser engluer et salir comme un oiseau de mer dans le goudron qui surnage à la surface des eaux ; et puis fuir pour se retrouver enfin, un peu, dans une forme de solitude habitée par quelques visages. Nietzsche décrit bien ce processus « Dans la foule, je vis comme la foule et ne pense pas selon mon être ; au bout d’un certain temps, j’ai toujours l’impression que l’on veut m’exiler de moi et me ravir mon âme – et je deviens méchant avec tout le monde, et je redoute tout le monde. Le désert m’est alors nécessaire pour redevenir bon ». Et sans doute aussi pour penser à nouveau.

Je ne vis pas en ville, c’est un choix. Je ne suis ni branché ni vraiment connecté. Je regarde la mode comme on regarde passer les trains, parfois amusé, toujours consterné, et si j’aime la communication, je déteste la « com » et ses prêtres sans âme, sans cerveau, sans autre éthique que de nous vendre ce dont nous n’avons nul besoin, quitte à mentir sur tout. Nos parents appelaient cela de la réclame. C’est devenu une simple escroquerie. Aujourd’hui, elle est partout, formellement puérile et débilitante, et fondamentalement mensongère : dans ma boite aux lettres, dans mon poste, sur les murs de ma ville, dans les discours politiques, dans celui de mon banquier. Elle est devenue pour beaucoup un mode de vie, une culture, celle du mensonge : croire et faire croire que des vessies sont des lanternes, qu’un regrès est un progrès, une politique liberticide du libéralisme, un ajustement une réforme, un conformisme bourgeois un progressisme, des vieilles lunes des idées neuves. Macron, ce nouveau Giscard, est de ce point de vue l’image la plus moderne dont on pouvait rêver : tout est vieux chez lui, sauf l‘usage toujours plus abouti de la com.

J’aime lire, car lire c’est converser. Et je puise beaucoup dans cette conversation solitaire, ininterrompue ; par exemple pour penser la vie, ou la politique. Non pas que j’ai besoin que l’on m’apporte mes idées, mais j’ai besoin de confronter ces idées, ces opinions, ces sentiments qui m’habitent, à plus intelligent que moi. Si elles tiennent le choc, c’est sans doute qu’elles ont quelque épaisseur.

Et je vois bien que deux choses me passionnent, les questions morales et la politique ; et tout ce que j’écris tiendrait dans trois sommes titrées simplement par ces formules : Tome 1 : Des corps ; Tome 2 : De la morale ; Tome 3 : De la politique ; une façon de poursuivre un dialogue avec Spinoza, Nietzsche et Machiavel, et de parler toujours de la même chose : la liberté. Car je suis un libéral, c’est-à-dire que je m’inscris en faux contre ce que l’on appelle, au plan économique, libéralisme. Et qui n’est pas plus du libéralisme que la com est de la communication, puisqu’il s’agit en l’occurrence de donner toute liberté au Marché d’asservir les gens, alors que je défends, moi, la liberté des gens, pas celle du Marché qui les broie.

Parlons donc un peu politique, même si c’est pour redire toujours un peu la même chose. Le peuple (et j’en suis) n’est ni prêt à accepter une véritable monarchie ni prêt à assumer la démocratie. En fait, je crois qu’il est écartelé entre deux aspirations contraires, entre son affect et sa raison. Côté affectif, il reste très marqué par son enfance, et ne peut faire son deuil d’une époque de sa vie quand il vivait sous la tutelle bienveillante de ses parents. Il reste nostalgique de cet état puéril, déresponsabilisé, mais très agréable aussi. Et il peut s’attacher à un monarque, un empereur ou un président de la république, poussé par ce sentiment inconscient : comme les enfants s’attachent à leurs parents, les chiens à leur maître, les moutons au berger qui les vendra, ou en fera son ordinaire. Et je fais l’hypothèse que, si les continentaux restent attachés à un père, un roi ; dans les iles, on serait plus enclin à cultiver un attachement à la mère (sans aller sur le terrain de Lacan) et donc à préférer une reine.

Et puis la raison qui, venant au secours du besoin de liberté, nous pousse vers la démocratie. Raisonnablement qui peut défendre la monarchie et douter que la démocratie soit le meilleur des systèmes ? Et qui peut accepter sans fortes réticences l’aristocratie quand on voit comment elle contient tous les ferments qui la feront tourner en oligarchie, voire en ploutocratie, voire, comme c’est le cas en occident, en médiocratie bureaucratique.

On peut regretter que le peuple ne soit jamais assez vertueux – et par ailleurs personne ne l’y aide – pour se gouverner démocratiquement, et c’est pourquoi nous continuerons longtemps à vivre dans des systèmes, ou les trois régimes (monarchie, aristocratie, démocratie) coexistent en un, c’est ce que l’on appelle le parlementarisme. Mais c’était déjà un peu le cas dans la France de l’ancien régime – sa dimension démocratique était réelle. C’est aujourd’hui encore le cas dans notre monarchie présidentielle. Tout ne serait alors qu’une question de dosage ? Peut-être ! Et de séparation des ordres, d’une part, et des pouvoirs, d’autre part. Travailler à séparer le laïc et le sacré, ce qui conduit à désacraliser la République, ses institutions et ses hommes ; mais aussi le Peuple. Travailler à mieux comprendre de quelle nature sont les pouvoirs qui se disputent le gouvernement des hommes. Et parmi les pouvoirs proprement politiques, séparer les fonctions : législative, exécutive, judiciaire. Et tout articuler en fonction d’une fin qui serait le développement des libertés individuelles. Ce qui ne pourra se faire que si on redonne du pouvoir aux gens, beaucoup de pouvoir, pour rééquilibrer un peu les choses.

Sur la séparation des ordres, je plaide pour une laïcité la plus pure possible, radicale, et c’est sans doute ce qui me distingue tant, par exemple, de Régis Debray que j’admire par ailleurs. Je milite pour une laïcité quasi religieuse, je veux dire pour une sacralisation de la laïcité, et accepte volontiers que l’on me traite d’intégriste de la laïcité.

Sur la démocratie, j’en suis venu à penser qu’il conviendrait de distinguer citoyenneté et nationalité. Car on ne peut imaginer de démocratie digne de ce nom qu’entre des hommes et des femmes vertueux, pourvus d’une conscience politique et mus par un idéal de liberté. C’est pourquoi la liberté ne peut se concevoir qu’entre égaux – idée chère à Arendt –, entre citoyens prêts à assumer leurs devoirs politiques. La démocratie suppose donc de distinguer des nationaux qui sont protégés par des droits, et des citoyens qui s’engagent activement dans le gouvernement de la nation et en assument les devoirs. Je vois donc mal, en l’état perverti de nos sociétés, l’avènement d’une démocratie populaire conforme à mes vœux et dont les gens ne veulent pas. Car, dans leur grande majorité, les gens ne veulent pas assumer de devoirs. Ils sont prêts, sans honte particulière, à se soumettre, et le font : complaisance, soumission et conformisme. Pourvu qu’ils puissent se vautrer dans une société de consommation et conserver des droits qui ne leur ont rien couté et pour lesquels ils ne se sont jamais battus. Pour la minorité qui le souhaite, on pourrait imaginer une démocratie qui n’aurait évidemment rien à voir avec une aristocratie réservant à une forme de noblesse les rênes du pouvoir, et au peuple une situation de quasi-servilité. Et ce système serait évidemment ouvert, libre, car toute personne souhaitant s’engager, assumer ses devoirs de citoyen serait accueillie fraternellement (et donc sororitalement)

D’Eusèbe de Césarée à Fukuyama

Il y a quelques semaines, j’écrivais ici : « la décadence c’est le renoncement au progrès, le conservatisme promu comme idéologie de la fin de l’histoire » ; mais je souhaite y revenir.

 

Il me semble que toute démarche politique doit pouvoir être évaluée entre progressisme et conservatisme, même si une certaine politique est surtout l’art de tordre les concepts et d’abuser des mots. Mais j’imagine que chaque personne s’engage, soit parce qu’elle juge la situation bonne, donc désirable, et se bat alors pour maintenir les choses en l’état, soit au contraire parce qu’elle s’accommode mal de la situation présente et souhaite la faire évoluer vers un mieux toujours subjectif, mais que les idéologies formatent en vue de les objectiver. Chacun peut donc être interpellé, à défaut d’être « sans opinion », comme conservateur ou progressiste ; et la question des traditions n’a pas ici sa place.

On pourrait donc considérer que le progressiste est un adepte du progrès, mais si le mouvement n’est pas le changement, tout changement n’est pas forcément un progrès ; ce peut même être un regrès. Il y a donc des prétendus progressistes qui ne sont en fait que des regressistes, et la modernité n’est parfois qu’une régression, habillée de neuf ; l’évolution technologie ou la libéralisation « toute relative » des mœurs pouvant n’amener rien de bon au plan moral : la mise au point de l’arme nucléaire, l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, pour ne prendre que ces exemples, quand bien même la bombe garantirait la paix mondiale, ou la normalisation de couples homo constituerait un droit nouveau.

La notion de progrès, surtout quand il devient justification en soi – « c’est le progrès ! » –, est problématique, chacun pouvant considérer que l’amélioration de sa situation personnelle est toujours un progrès, même si cela se paye cher par ailleurs, par exemple sur le plan écologique, ou en creusant la dette d’un état providence. La paupérisation d’un nombre toujours plus important de gens modestes peut-il être décemment considéré comme un progrès par le pourcent de la population qui, corrélativement, s’enrichit toujours plus ? En politique, on ne peut évidemment parler de progrès que relativement à la situation de la communauté humaine considérée, et en y intégrant une dimension morale. C’est pourquoi, je considère, sans chercher à jouer sur les mots, qu’il n’y a pas de progrès technologique, et que les seuls vrais progrès se mesurent sur l’échelle des valeurs : plus de droits et de respect de la dignité humaine, plus grand respect de l’environnement et particulièrement des animaux, moins d’égoïsme, plus de démocratie, meilleure répartition des richesses et du pouvoir. La simple possibilité d’existence aux États-Unis d’un mouvement comme celui des 99% – apparu dans le cadre de ONY – étant un progrès.[1]

 

Il y aurait donc nécessité, et c’est bien la première ambition d’un philosophe, de redéfinir les concepts : progrès vs regrès ; progressiste vs conservateur ; respect vs domination ; démocratie vs parlementarisme[2] ; valeurs, liberté, décadence, etc.

 

La décadence tient plus du désenchantement que de la désintégration. C’est pourquoi, comme l’écrit René Grousset, c’est une forme de suicide[3]. Notre occident est décadent, pourtant, quand on y regarde d’un peu plus près, il représente au plan économique entre 60 et 70 % du PIB mondial, en investissement militaire plus de 75 % du total. Pourtant, malgré les coups de menton de D. Trump, l’Occident est entré en décadence, car il n’a plus foi en lui. La décadence c’est une perte de foi, un phénomène religieux, c’est-à-dire psychologique. L’Occident est dépressif. Ce n’est pas seulement un colosse aux pieds d’argiles, c’est un colosse qui n’y croit plus ; il est déprimé. Il ne croit plus en ses forces, mises en échec dans des guerres asymétriques, plus en sa culture qu’il ne défend pas. Il ne croit plus en ses valeurs, préférant pour les uns un nihilisme mortifère, pour les autres une moraline creuse, pas plus en son avenir, incapable de proposer aux occidentaux un autre futur que celui, consumériste et avilissant, que le Marché leur prépare : l’avenir totalitaire de l’animal de rente dans son troupeau, gardé par une police toujours mieux armée. L’homme ne peut vivre sans y croire ; sans croire à son avenir, sur terre comme au ciel. Il ne peut vivre sans espérer, même vaguement, retrouver le paradis perdu, sur cette terre ou au-delà. Et c’est bien la promesse et le projet profondément occidental. L’occident judéo-chrétien considéré comme projet : un projet qui fut celui de la Rome impériale, et dont le christianisme a donné une nouvelle dimension, à Constantinople, en Europe, puis en nouvelle Europe, puis à nouveau, de manière implicite ou inconsciente dans la construction européenne – qu’on se souvienne, lors de la rédaction du traité européen, du débat nullement anecdotique, sur le rappel, dans son préambule, de nos racines judéo-chrétiennes. La décadence de notre civilisation, c’est la fin, peut-être provisoire, d’un projet religieux – idéologique si l’on préfère –, et nécessairement universaliste. Ce projet, tel que l’Empire romain l’a mené, tel que le christianisme l’a reformulé en son sein, et tel qu’il apparait aussi sous une certaine forme dans la philosophie des lumières (Nietzsche parlait dédaigneusement du « romantisme de Rousseau ») – est celui d’un « retour en grâce » de l’humanité. Car il s’agissait bien d’effacer le péché original, de faire retour, avant le temps de l’érection de la tour de Babel, à l’éden où toute l’humanité vécut en harmonie – rappelons qu’« Adam » veut dire dans plusieurs langues sémitiques « humanité ». En préfiguration du retour à la Jérusalem céleste qui l’accueillera à la fin des temps, le peuple de dieu au complet devait se retrouver sous un seul régime politique, tous ses enfants unis dans une même foi – chrétienne –, gouvernés par un homme qui accepterait la charge d’être le vicaire du Christ. Et ce projet « impérialiste » est toujours présent dans les consciences, en occident, évidemment, sous la forme de l’idéologie droit-de-l’hommiste, mais aussi en islam, dans ce rêve prosélyte de convertir l’humanité et d’éradiquer la mécréance pour rassembler l’oumma dans un nouveau califat. Et si l’occident chrétien n’a pas réalisé son projet d’effacer le péché original, c’est peut-être que le ver est resté dans le fruit : je veux parler du capitalisme.

Prolongeant cette exploration, un peu ludique – mais la période estivale se prête aux jeux de l’esprit – qui me permet de dénouer un peu la pelote et d’y montrer les fils politiques et religieux, il me parait édifiant de revenir sur cette question de la fin des temps, qui correspond à l’achèvement d’un processus de construction et de réconciliation, Dieu jugeant les siens et les accueillant dans la cité céleste. Car Fukuyama comme Eusèbe de Césarée ont développé cette idée eschatologique.

 

A partir de 1989, date de la chute du mur, dans des articles et un livre paru en 1992, Fukuyama a défendu l’idée de l’existence d’un « sens de l’histoire », une axiologie, mais surtout que nous serions arrivés à la « fin de l’histoire » et à l’ère du « dernier homme » – un nouvel Adam, si je puis rajouter ce commentaire. Il reprenait une idée d’Hegel qui avait prédit l’avènement inéluctable d’un état moderne garant des libertés ; idée reprise d’ailleurs par Marx, même si ce dernier conteste que cette fin soit l’État libéral, donc bourgeois, mais plutôt la société communiste, prolétaire, ayant préalablement aboli l’État. Hegel avait décrété la fin de l’histoire plutôt vers 1806 – Napoléon achevant l’Histoire, toujours dans le cadre d’un projet impérial, ou impérialiste. L’idée, pour faire simple au terme d’une chronique déjà trop longue, est qu’existerait un cadre politico-idéologique « naturel » qui gagnerait à la fin des temps-politiques contre toutes les erreurs doctrinaires, et viendrait enfin et pour toujours résoudre les contradictions dialectiques et assurer le bonheur de l’homme, dans le meilleur des mondes possibles, préfiguration de la cité céleste. Pour Fukuyama, le combat ultime avait été celui contre le communisme, et le système naturel vainqueur de toutes les hérésies la « démocratie représentative » – dont il dit très clairement que ce n’est pas une vraie démocratie –, et l’économie de marché.

Eusèbe de Césarée, au quatrième siècle de notre ère dit à peu près la même chose, et ce parallèle est édifiant. En 335, Eusèbe, évêque très influent à la cour de l’empereur romain – il fait partie du premier cercle –  est désigné pour rédigé l’éloge de Constantin[4], à l’occasion des « Tricennalia » – une sorte du jubilé qui se déroule 30 ans après son intronisation[5] et qui correspond en cette occurrence à l’apogée du règne de l’empereur. L’évêque de Césarée présente l’Empire romain – réunifié par Constantin sous le symbole du Chrisme (après la victoire du pont Milvius contre Maxence, en 312) – comme cette préfiguration de la cité céleste que j’évoquais. Et il décrit cette réunification par Constantin, l’adoption du christianisme comme religion de l’empire, et la victoire contre le paganisme comme un achèvement de l’histoire à dimension eschatologique. Et me paraphrasant moi-même, je pourrais dire pareillement que Fukuyama, évoquant la réunification de l’Allemagne, l’adoption de l’économie de marché comme religion de l’occident, et la victoire contre le paganisme, pardon, le communisme, décrète l’achèvement d’une histoire des hommes arrivée là où, de toute éternité, elle devait aller. Pour l’un comme pour l’autre, le « jugement de Dieu », établissant la supériorité d’un système idéel idéal, ou idéologique, peut-être sous la forme d’une nécessité, s’est imposé à tous.

Et l’on sait que l’Empire romain allait connaître sa chute, un siècle plus tard, sous les coups de boutoir de plus en plus violents des barbares ; un effondrement progressif qui marquera la remise en marche de l’histoire, s’orientant à d’autres vents comme une vulgaire girouette. Quant à notre occident contemporain… L’histoire s’est chargée de contredire Fukuyama, le 11 septembre 2001.

[1]. 1% de la population détient collectivement plus que les autres 99 %. https://fr.wikipedia.org/wiki/Nous_sommes_les_99_%25

[2]. Selon la formule de Lincoln, « la démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple », et le parlementarisme, c’est le gouvernement du peuple par une classe dirigeante, de nature aristocratique – de fait – voire oligarchique.

[3]. « Aucune civilisation n’est détruite du dehors sans s’être tout d’abord ruinée elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, qu’il ne se soit préalablement suicidé ». René Grousset – « Bilan de l’Histoire ».

 

 

[4]. Voir « Louanges de Constantin » par Eusèbe de Césarée.

[5]. Il est proclamé empereur en 306 par les légions de Bretagne (la grande).

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Du respect, et de la liberté…

L’État, ce mal nécessaire, ne peut prétendre respecter la dignité des citoyens ; à moins que l’État, ce qui n’est jamais vraiment le cas, ne soit assujetti au Politique et le Politique au Citoyen. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal, je veux dire dans une démocratie digne de ce nom. Si c’était le cas, notre société favoriserait le sentiment de responsabilité et promouvrait la liberté ; et force est de constater que notre système occidental, totalisant[1], défend des valeurs inverses qui sont des contre-valeurs : obéissance à la norme, déresponsabilité, nivèlement pas le bas, abrutissement consumériste, paneme et circenses…

Exiger de l’État, en matière de respect, celui de nos libertés individuelles, c’est donc trop demander, et elles passent à la trappe au nom d’un prétendu « intérêt général » – autre formule ambigüe. Et dans cette formule se joue – contre nous – quelque chose d’essentiel. L’intérêt général est bien celui du groupe, pas des individus qui le composent, et c’est pourquoi je m’en défie. Trop souvent l’intérêt de la société, du pays, de la patrie s’oppose totalement aux intérêts des gens ; de ces gens que l’État qui, par nature, méconnait les individus pour s’intéresser aux catégories, ne peut évidemment connaître dans leur singularité. C’est pourquoi, nous ne pouvons demander à l’État de respecter notre dignité, mais seulement qu’il préserve nos libertés individuelles, ce qui serait la meilleure façon de respecter notre dignité.

Mais prenons une image simple, au risque d’être accuser de céder à la facilité rhétorique. Les prétendus citoyens occidentaux sont des animaux de rente ; et ils sont domestiqués, exploités par une oligarchie et gardés par sa police qui a donc pour missions : en premier lieu de garder le troupeau et de dresser ses individus, en second lieu de protéger le système, enfin de participer très directement à l’exploitation de ce troupeau – par exemple, par la perception des taxes et amendes. Qu’en est-il alors de l’intérêt du troupeau et de celui de chaque animal qui le compose ? Le troupeau peut être en bonne santé, prospère et docile, correctement nourri. Il n’empêche que toutes les bêtes sont destinées à finir à l’étal du boucher.

 

La question des libertés est pour moi la seule qui vaille, avec, évidemment, la question d’une  répartition équitable du pouvoir et de la richesse ; et, tirant ma réflexion sur le concept de « dignité humaine », sur la valeur « respect », sur le rôle de cette bête noire que je qualifie de « mal nécessaire », je veux prolonger ce court propos estival par une incise sur la notion de liberté.

Je m’en tiens ici comme ailleurs, et « modestement » à la liberté « négative », plutôt que « positive » ; en reprenant cette distinction que l’on doit à Isaiah Berlin, qui définissait – je simplifie énormément – la liberté négative, comme « de ne pas avoir de maître » et la positive comme « être maître de soi, contrôler ses désirs ».

Sans vouloir trop diverger, et attentif à ne pas quitter cette réflexion sur l’insupportable caractère moralisateur de l’État, il est important de clarifier et de distinguer, lorsque l’on parle de liberté, au moins quatre registres : ontologique, politique, physique et psychologique – c’est du moins mon approche. Car je tiens à cette distinction des champs dans lesquels ce concept-valeur peut recouvrir une réalité et une consistance méthodologique particulière. D’un point de vue ontologique, et ce n’est pas ici la question, la liberté est notre capacité à jouir pleinement de nos capacités physiques, de nos facultés naturelles – d’autres rajouteront : des dons que Dieu nous a donnés. Et je n’oublie pas nos capacités intellectuelles qui ne sont que des capacités physiques particulières, car seul le corps existe. Au plan politique, la liberté est un espace limité par la loi, à l’intérieur duquel il n’y a ni obligation ni interdiction. Et si, suivant la formule de Condorcet, « le mot « révolutionnaire » ne peut s’appliquer qu’aux révolutions dont la liberté est le but », le progrès ne peut être que progrès de la liberté, donc agrandissement de cet espace « hors la loi », bien que défini et protégé par la loi. Mais force est de constater que cet espace diminue comme peau de chagrin – autre preuve, s’il en faut, de notre décadence.

Reste la liberté physique qui consiste à ne pas être empêché d’agir. Tant que le corps de l’oiseau lui permet de voler, il est libre ontologiquement ; si l’oiseleur le met en cage, il cesse de l’être physiquement.

Et une liberté psychologique, sur laquelle je reviendrais, et qui n’est sans doute pas si loin de cette liberté positive que Berlin défendait.

[1]. J’emprunte ce qualificatif à Edgar Morin.

Du respect, déjà…

Si je déteste tant le « politiquement correct », c’est que j’y entends trop d’hypocrisie : cette façon de ne pas dire les choses, ce choix de couvrir ces choses-qu’on-ne-saurait-dire par des masques euphémiques… Et pas seulement parce que cet escamotage de la réalité sous un voile policé revient à la draper de honte ; pas seulement parce que je préfère les crudités à certains plats en sauce recuits. Parce qu’elle se prétend morale et que cette moraline pue.

De toute façon, de celle-ci et de bien d’autres, le système nous ment, toujours. Et quand je parle de système, sans toujours suffisamment le définir, je pointe tout à la fois l’État, seule structure organisée et disposant d’une telle bureaucratie ; et plus largement une connivence dont l’âme est le marché, les médias la voix, l’État le bras armé. Et cette connivence se présente sous la forme d’une prétendue morale, mais une morale qui aurait oublié l’essentiel : le respect dû à chacun. Refuser d’appeler un instituteur « instituteur », une femme de ménage « femme de ménage », c’est leur faire honte au prétexte de leur métier, leur manquer de respect.

 

Dans le même temps, les discours sur les valeurs n’ont jamais été aussi présents, assénés par les uns et les autres, ad nauseam – je le dis en latin pour faire chic, mais j’aurais pu pareillement dire « à gerber » –, chacun y allant de son couplet sur leurs dimensions universelles – entendons occidentales –, françaises ou républicaines ; et sans que personne ne cherche d’ailleurs, ni à les nommer précisément ni à les promouvoir ou les défendre. Mais il semble bien que la mode du moment soit au « respect de la dignité humaine », formule aussi belle qu’inconsistante et quelque peu tautologique. À quand le respect de la dignité animale ? On nous parle d’une nouvelle extinction massive des espèces. La question ne se posera bientôt plus.

Qu’est-ce que la dignité humaine ? À mon âge, moi qui suis de culture chrétienne – ancien enfant de chœur, aujourd’hui apostat –, philosophe de comptoir assumé, je ne suis pas sûr de le savoir, mais je ne demande qu’à être affranchi. Sentiment et valeur morale, valeur donnée à ce sentiment si particulier : le respect de l’autre, de l’homme en lui.

Est-ce alors la valeur constituante de l’humanisme, l’humanisme qui est, je le rappelle à nouveau, l’autre nom du christianisme ? Ou peut-être la troisième valeur, si ce n’est la première des vertus théologales de l’église de Rome : foi, espérance et charité ? [1]

Mais s’agit-il bien là d’agapè que l’on traduit parfois par amour, parfois par charité, et, dans un registre plus séculier, de respect ? Dans la bouche de Paul, de respect de l’autre, un respect dû au créateur et qui s’exprime, en religion, par, dans, et au travers sa créature. Mais l’humanisme chrétien, tel que le pape qui pourtant a choisi d’assumer son magistère sous le nom de François[2] l’explique assez clairement dans sa seconde encyclique « Laudato si », est cette idéologie de la prétendue supériorité « morale » de l’homme sur la bête. Et je ne peux y adhérer.

Ou est-ce le sentiment d’un devoir de l’homme vis-à-vis des autres, sans doute, mais aussi vis-à-vis d’une nature dont il est une des composantes ?

En fait de valeurs, il n’y en a qu’une que je reconnaisse comme telle et sans réserve : le respect ; et la seule religion en laquelle je pourrais confesser est celle qui affirmerait « Rien n’est sacré, mais tout est a priori respectable ». Et à défaut d’humaniste, je me préfère naturaliste, même si, en philosophie, ce terme désigne une doctrine à laquelle je ne fais pas ici précisément référence. L’amour évangélique peut constituer un horizon ; je me contenterais bien du respect, ici et maintenant… du respect, déjà…

 

La dignité humaine, c’est l’homme reconnu et assumé dans l’homme, l’idée du devoir de respect. L’homme n’est homme que s’il assume ses devoirs : ce qu’il estime être ses devoirs. Et c’est bien tout le contraire de l’humanisme « chrétien » qui est construit sur l’idée de droits, sur l’enseignement testamentaire : « Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre ». Et j’ai toujours été plus proche des philosophies des devoirs que des philosophies des droits. Et je veux défendre une forme de naturalisme versus humanisme chrétien ; opposer devoirs et droits, et une forme d’humilité à une certaine arrogance. L’idée de dominer sur les poissons de la mer, ou les oiseaux du ciel est mortifère, c’est un spécisme problématique. Je préfère le François d’Assise qui, traduit en justice pour avoir donné ses biens et ceux de son père aux pauvres, se dévêt devant ses juges et quitte nu le tribunal, au François de Buenos Aires vécu d’or et de soie et pavoisant dans sa papamobile.

 

En guise de philosophie morale, je m’en tiens donc au respect, et quant à la dignité humaine, c’est bien ainsi que je la conçois : le sentiment d’être un homme, et cette idée simple que l’essence de l’homme, c’est ce sentiment du devoir de respect, en quelque sorte le double sentiment assez paradoxal, et d’humilité et d’extrême responsabilité. Et je ne pense pas être très loin de l’idée d’Alain quand il écrivait dans une lettre à l’écrivain Sergio Solmi : « Il n’y a rien d’autre dans la morale que le sentiment de la dignité ». Et respecter la dignité humaine, c’est bien respecter l’homme dans l’autre, respecter son sentiment de responsabilité, son autonomie. Le respect de la dignité d’autrui ne peut donc s’exprimer que comme non-domination d’autrui, et sur le plan politique cette valeur première nous renvoie à une exigence de promotion d’une autre valeur, la liberté.

À suivre…

[1]. Paul – Première épître aux Corinthiens « Maintenant donc, ces trois-là demeurent, la foi (pistis), l’espérance (helpis) et l’amour (ou : charité, agapè) mais l’amour est le plus grand. »

[2]. François d’Assise, l’auteur du « Cantique du frère soleil », amis des animaux et écolo avant l’heure.