L’ère des comptables

Le primat du marché, c’est l’assujettissement de toute relation humaine aux canons de la pub : démagogie et promesses non tenues.

 

S’il me faut la définir au plus court, alors je dis que notre époque est démagogique. Prenez le Président Manu qui nous la joue sur le thème du progressisme : Nouveau versus Ancien monde, c’est-à-dire qui tient pour acquis que toute modernité serait un mieux – vieille lune et escroquerie intellectuelle puérile – et qui, par cet artifice de communication dont la grossièreté ne peut que me heurter, veut ringardiser ceux qui restent attachés aux anciennes valeurs, tous ceux qui refusent d’abandonner leurs vieux habits confortables et chauds, pour de nouveaux, branchés et colorés, mais taillés dans une toile de pauvre qualité. Et de quoi parle-t-il ?

Effectivement, chacun peut constater que le monde a changé, et je l’admets moi-même comme je pourrais dire que le temps change et que le vent se lève avec la marée qui flux ; ou encore qu’une aube naissante dans ses draps roses est la promesse d’un nouveau jour. L’Europe a déjà vécu de tels bouleversements, sans que les contemporains de ces mutations n’en aient d’ailleurs pris la juste mesure. Ainsi, aux premiers siècles de notre ère, nous sommes passés, ni pour le meilleur ni pour le pire, d’une ère païenne à une ère religieuse, en fait chrétienne ; et Nicée n’est, de ce point de vue, qu’un repère qui fait sens, car beaucoup d’évolutions religieuses, techniques, sociétales, ont concouru à cette émergence d’un nouveau monde idéel, et à la création de nouveaux paradigmes. Et dans le même ordre idéel, nous sommes progressivement passés, avec la Réforme – et là encore la fin de l’Ancien régime, bousculé par le Révolution, n’est qu’un repère chronologique –, de l’ère religieuse à l’ère politique. Et chaque fois, on pouvait légitimement mettre en regard et opposer dialectiquement nouveau et ancien monde, optimistes et pessimistes – autre façon de nommer les progressistes qui croient que l’avenir sera meilleur, et les réactionnaires qui, croyant qu’on va dans le mur, freinent des deux talons.

Aujourd’hui, nous sommes déjà engagés dans une nouvelle mutation, et le monde nouveau sera économique. Et si l’on veut, toujours de manière symbolique, rendre compte de cette histoire humaine, on pourrait au regard des périodes païenne, religieuse, politique, économique, proposer les images d’autorité du héros, du prêtre, du philosophe, et du comptable. Le monde est désormais gouverné par des comptables, et ce n’est pas un hasard si Manu est un économiste passé par la Banque Rothschild & Cie, puis par Bercy, et si son successeur sera probablement un produit de l’ENA dont l’univers sera limité aux chiffres et l’horizon à celui de la technostructure. Le champ politique est aujourd’hui déserté, ou réduit à l’économique si l’on préfère, laissant cette jachère aux populistes ; la nature ayant horreur du vide.

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