Bonnets rouges et képis bleus

Comment, prétendant à la « philosophique-attitude », ne pas réagir à l’actualité quand elle devient si présente et si prégnante, et quand le peuple en colère, ou du moins une partie de ce peuple coiffée d’un bonnet rouge, est dans la rue, brise des symboles de l’Etat-percepteur, chahute le Président, conteste la loi, défit le « monopole de la violence légalisée », et installe dans le pays un climat que certains qualifient trop vite d’insurrectionnel. Quand l’impôt est contesté, et avec une telle force, même localement, c’est l’Etat qui est contesté. Et face à cette situation explosive, on n’entrevoit que trois réponses politiques possibles : la violence institutionnelle, la discussion, et le pourrissement. Et l’Etat va donc jouer de tous ces leviers, en jouer comme on fait la cuisine gouvernementale, une cuisine sans grands talents : un peu de violence, mais pas trop pour ne pas envenimer la situation et ne pas obérer définitivement les chances … Lire la suite…

Méfions nous des idées.

Méfions-nous des idées ; et précisément lorsqu’elles prennent la forme d’idéaux. Et soyons vigilant sur notre propension à croire à ces idéaux et à vivre à travers eux. Car, comme le thématise justement Stirner dans L’Unique et sa propriété, cette disposition psychologique naturelle est celle d’un esprit religieux. Et, défendant personnellement une approche radicale de la laïcité dans l’espace public, je suis sensible à sa démonstration. En effet, La laïcité n’est pas pour moi le simple refus de considérer l’objet des religions, c’est-à-dire Dieu dans la polis, mais de manière plus ambitieuse le projet de construire une politique qui installe une relation différente à l’idée, une approche non religieuse des concepts. On peut par exemple interroger, avec Stirner, cette substitution républicaine du droit humain au droit divin, et sa sacralisation sous la forme des Droits de l’Homme. Car c’est bien remplacer une religion, celle de Moïse, par une autre, celle de … Lire la suite…

Arts plastiques et poésie.

L’actualité de l’art contemporain, à l’heure où la FIAC vient de fermer ses portes et où Sotheby’s et Christie’s préparent une grande manifestation à New York mi-novembre, me ramène à ces questions bateau que la philosophie a largement traitées sans néanmoins les épuiser : Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? A quoi cela sert-il ? Qui peut se prétendre artiste ? Comment distinguer le travail de l’artiste de celui de l’artisan ? Pour ma modeste part, continuant à penser que c’est l’œuvre qui fait l’artiste – même si certains pensent, au contraire, qu’une œuvre d’art n’est « qu’une » œuvre d’artiste – je crois que la question déterminante est bien celle de la production artistique comme objet et non comme processus. Qu’est-ce donc qu’une œuvre d’art ? – et aussi parce que le processus est un Mystère, au sens religieux du terme. Il me semble que c’est déjà une œuvre, c’est-à-dire une création, originale par nature, et en second … Lire la suite…

Profession d’optimisme politique.

Même si bloguer peut s’apparenter à un prêche dans le désert, je persiste avec conscience et constance à défendre des convictions qui induisent une posture politique singulière mais sincère que j’essaie, au fil de mes propos hebdomadaires, d’expliquer ; car ces convictions qui tiennent à mon histoire personnelle, mais aussi à mes intuitions métaphysiques et à ma conformation psychologique, me marquent aussi loin de la sociale démocratie – partout au pouvoir en Europe de l’Ouest, et représentée en France par le PSUMP – que des fronts totalitaires qui occupent l’espace contestataire médiatisé. Car ici, droite et gauche ne sont que deux faces de deux médailles, celle de la sociale démocratie et celle du national populisme. Et pourtant, je revendique une vision sociale et humaniste, défends la démocratie de manière radicale, le populisme s’il est assimilable au choix du peuple contre les élites, et l’idée de nation qui semble toujours d’actualité. Et … Lire la suite…

Petits poucets et l’économie contributive.

Je ferme un petit livre de Michel Serres que je viens d’avaler comme on croque une confiserie ; avec délice, et un plaisir sans doute un peu puéril. Cet opuscule, publié en 2012 aux Editions Le Pommier, reprend, complète et prolonge le discours éponyme « Petite Poucette », prononcé par l’auteur le 1er mars de l’année précédente à l’Académie Française, sur le thème « Les nouveaux défis de l’éducation ». Et bien que découvert avec un peu de retard grâce à un amical signal, – mais s’il vaut toujours mieux « tard que jamais », c’est particulièrement vrai pour le plaisir – j’ai souhaité faire partager le plaisir pris à la lecture de ce petit texte sur les mutations profondes que connaissent nos sociétés ; mutations suffisamment profondes pour être qualifiées par l’auteur d’hominescentes[1] – « Ce n’est pas une crise, c’est un changement de monde … » –, et qui ringardisent à la fois les hommes et les femmes … Lire la suite…

Religion et culture

De même qu’il ne faut pas réduire Dieu à l’idée que les religieux s’en font, c’est-à-dire très concrètement confondre créance et religion – et c’est bien le reproche que je peux faire au traité d’athéologie de Michel Onfray –, on ne saurait, sans offenser l’honnêteté, assimiler par un raccourcis conceptuel coupable, l’homme de culture chrétienne à celui de religion chrétienne. Personnellement, je suis sans religion, mais cette affirmation ne dit rien de mes convictions métaphysiques, pas plus que de ma foi, même si je pourrais dire, comme Protagoras, « Des dieux je ne peux dire s’ils sont ou s’ils ne sont pas »[1]. Et partant, ma relation avec l’église de Paul et la parole évangélique est claire. Je ne suis pas de religion chrétienne, mais de culture chrétienne, même si cet ancrage culturel est mâtiné de philosophie gréco-latine. Mais l’église chrétienne n’a-t-elle pas été beaucoup nourrie de ses racines judaïques, et de … Lire la suite…

Tropisme moralisateur et liberticide.

Les organisations humaines (entreprises, collectivités, états), subissent des pressions règlementaires de plus en plus fortes, irrésistibles, qui ont pour objet, non seulement de réguler les échanges et les relations, mais aussi de les moraliser, et cette tendance moralisatrice, dont on aurait pu croire qu’elle n’était qu’un marqueur des social-démocraties occidentales, gagne partout du terrain. A tel point que, tournant le dos à une forme de pragmatisme ou de realpolitik, le primat semble devoir être donné à la moralité, même si les peuples n’en tirent aucun profit effectif, ou si la vertu affichée recouvre de vieilles hypocrisies drapées pour la circonstance dans des principes sacralisés. Ainsi, on préfèrera punir, voire humilier un homme qui gagne « trop » d’argent, quitte à le faire fuir sous des cieux fiscalement plus cléments, plutôt que de valoriser son talent, même s’il crée de la richesse et contribue ainsi, positivement, à l’économie de la nation. Le principe … Lire la suite…

Propos sur la laïcité.

Philosophiquement, je reste très sensible à la problématique de la morale, et politiquement au concept démocratique que je ne distingue pas de celui de laïcité. Mais ces deux points particuliers de sensibilité tiennent à ma conformation psychologique, à ma façon trop singulière de concevoir l’autorité, à ma nature rétive et à mon besoin maladif de cultiver ma singularité. Je suis donc amené à ressasser indéfiniment les mêmes idées (deux ou trois), mais chaque philosophe n’est-il pas dans ce cas ? Montaigne n’aura écrit qu’un livre, même si plusieurs livres sont dans celui-ci, mais le philosophe le plus prolixe – Épicure aurait écrit 300 ouvrages[1], et Chrysippe, qui plagiait beaucoup, 705 (ouvrages ou traités) – n’écrit-il pas toujours le même livre pour développer, murir et présenter, une seule pensée, celle qui le fait être ce qu’il est ? Écrire est ainsi la meilleure façon de « devenir ce que l’on est ». [2] Et si je … Lire la suite…

Abus de droit et objection de conscience.

Il n’est pas dans mes intentions de dispenser ici un cours de droit ou de résumer en quelques lignes une doctrine de notre droit national ; doctrine qui existe d’ailleurs aussi en droit international. Je n’en ai pas les compétences et cela m’intéresse peu. Rappelons simplement, pour introduire mon propos, que l’abus de droit définit en France des pratiques condamnables, comme, par exemple, l’utilisation d’un droit à la seule fin de nuire à autrui, ou afin d’atteindre un objectif inverse à celui que ce droit visait, ou encore dans le seul but de se soustraire à certaines obligations légales – par exemple d’échapper à l’impôt. C’est donc un principe juridique à but moral et à dimension jurisprudentielle. Permettant aux juges de faire évoluer le droit en interprétant la volonté du législateur, et souvent en se référant à des principes supérieurs qu’ils font prévaloir sur la lettre de la loi, il leur … Lire la suite…

Prénotions sensibles et critères de vérité

Au-delà d’un jeu de mots un peu facile qui ne voudrait pourtant pas trop concéder à l’air du temps, me définir et me prétendre philosophant mescréant est suffisamment essentiel à ma démarche pour que j’y revienne à nouveau. Tout d’abord, il n’y a de philosophie qu’existentialiste – Nietzsche disait que toute philosophie est la confession d’un corps, et c’est souvent la confession d’un corps qui souffre, et l’exprimant ainsi, je considère que l’âme est une production du corps, ou du moins lui est trop intimement liée, pour que l’on puisse distinguer (délier) les deux choses ; et j’aime la philosophie, même si je conviens que l’exercice est un peu vain, et  que toute prétention à une forme de sagesse est proprement ridicule. Mais, et c’est  peut-être le plus grand de ses mérites, ou du moins la plus utile de ses leçons, elle enseigne une dialectique capable de répondre aux rhétoriques … Lire la suite…