Responsabilité Sociale et Environementale des entreprises.

La social-démocratie, autrement dénommée l’état providence, ou encore l’état social renferme une contradiction constitutive qui est aussi une forme d’escroquerie politique : la surfacture rhétorique des valeurs et le mépris de ces mêmes valeurs, soit par pragmatisme économique, soit par simple autoritarisme. Je pense évidemment aux valeurs affichées de liberté et d’égalité, mais aussi à celle de travail. Et sur ce dernier point, avant d’évoquer la R.S.E., ce qui est mon sujet d’aujourd’hui, je veux rappeler quelques évidences. Nos sociétés sont aujourd’hui fondées sur l’économie, c’est-à-dire sur la logique du besoin, le jeu de la production et de la consommation, et elles sont donc totalement structurées par le travail. Pour le dire dans les termes d’Hannah Arendt : « Elles ont transformé l’homme en employé »[1]. Celui-ci ne se définit plus comme citoyen, ou simplement comme individu singulier et irréductible à tout critère, mais comme fonctionnaire – je veux dire défini par un statut … Lire la suite…

Le dogme de l’égalité

Confondre l’homme et l’humain, c’est substituer à la singularité la norme, et prendre le risque de tuer l’humain dans l’homme. N’en déplaise aux bien-pensants de la social-démocratie, l’égalité n’est pas une valeur : c’est un dogme ; et sur ce dogme s’est construit une religion politique, au sens métaphysique du terme, une spiritualité qui se prétend, mais faussement, laïque, et qui a substitué à Dieu, l’humain, comme valeur morale suprême, et première. Stirner, commentant Feuerbach, le monte assez justement dans son livre (le seul qu’il écrivit), L’unique et sa propriété : « Quand la morale a vaincu, le changement de maître est consommé. [ …] Qu’est-ce que le divin ? L’humain ! Ainsi le prédicat n’a fait que se transformer en sujet ; au lieu de la proposition « Dieu est amour », on dit « l’amour est divin ». Au lieu de « Dieu s’est fait homme », on dit « l’homme s’est fait Dieu », etc. Il n’y a qu’une nouvelle religion ». L’égalité, … Lire la suite…

Au moins trois raisons de ne pas voter aux Européennes

C’est décidé, je n’irai pas, et le temps qu’il fait – plutôt beau en Bretagne –, ce que j’ai à faire par ailleurs – plutôt dense – n’y sont pour rien. Je ne consentirai pas à ce rituel, car je n’en vois aucune raison qui tienne à l’analyse plus longtemps qu’un passage dans l’isoloir. Tout d’abord, mon vote ne servirait à rien, car que vaut une voix sur quelques centaines de millions ? Autant jouer à l’euromillion ! Ce qui me laisse à penser qu’une élection, dans un corps électoral si vaste, n’a aucun sens, et ne peut que dissoudre le processus démocratique ; le dissoudre, donc le ruiner. Mais si, sur le registre de l’efficacité, mon vote ne servait à rien, peut-être aurait-il quelques vertus en me permettant, par exemple, de communier, dans cet acte objectivement gratuit, avec la communauté à laquelle j’appartiens. Mais non seulement, je ne vois pas cette communauté, … Lire la suite…

Naturalisme, matérialisme et rationalisme.

Je découvre tardivement un magazine bimestriel qui m’arrive dont je ne sais où, comme tombé du ciel. Il affiche en gros caractères blancs sur fond rouge le titre de « CLES » et l’exemplaire que je feuillette semble être le quatre-vingt-sixième numéro. C’est une composition surprenante, riche et glacée, plutôt féminine, entre mode et philo/psycho. Le titre de cette parution m’étonne un peu : « Par quoi remplacer Dieu ? ». Il me semblait que Nietzsche, annonçant la mort de Dieu, avait répondu à cette question : par rien… Ou du moins, surtout rien du même ordre. Je lis l’édito qui me déçoit quelque peu, et un autre article, lui aussi de Jean-Louis Servan-Schreiber, qu’il titre : « Après Dieu, la tentation religieuse demeure ». J’aurais pu, pareillement, et comme pour faire pendant à cet article par un autre composé sur le ton prophétique, proposé un texte que j’aurais intitulé : « Après la fin des religions, la tentation de Dieu demeure ». Et … Lire la suite…

Parlez-moi d’amour.

Aujourd’hui, temps gris. Il fait moche, et je me suis levé avec une bronchite. Je suis fatigué, et ne saurais dire si c’est mon âme ou mon corps qui est le plus rompu. Chienne de vie… Ça ira probablement mieux demain, mais en attendant … Je me traine un peu d’un fauteuil à l’autre, prends un livre, l’abandonne sur le canapé. J’ouvre « les Echos » qui traine là, et mon esprit vide, las, sans doute plus masochiste que mélancolique, tombe sur un petit article titré « Vote de la loi sur le don de jours de repos pour enfant malade ». Je lis : « Le parlement a voté la loi, … Les sénateurs du groupe communiste, républicain et citoyen ont voté contre, déclarant « préférer une solidarité universelle » ». Chienne de vie… Les communistes ne changent pas, leurs réflexes totalitaires restent entiers. « Une solidarité universelle » : Qu’est-ce que ça veut dire ? Je réfléchis, je cherche, je comprends … Lire la suite…

Propos irréligieux

Je voulais m’agacer de la présence du chef de notre gouvernement à Saint-Pierre de Rome, le 26 avril dernier, venu pour assister, et plus encore participer à la canonisation de deux défunts papes. Je ne pouvais laisser passer cela, et ne pas exprimer ma sidération : qu’un éminent représentant du seul pays prétendument laïc d’Europe puisse ainsi, non pas rendre une visite d’état à un chef d’état, aussi modeste soit l’État du Vatican, mais communier en une manifestation religieuse, par ailleurs très symbolique, c’est assez énorme. Et M. Valls, en qui j’avais eu la faiblesse de placer quelques modestes espoirs, me déçoit déjà. Il a beau nous faire savoir qu’il assume son ministère sous le saint patronage de Clemenceau, je rappelle que le Tigre ne se serait jamais compromis ainsi. Mais parlons d’autre chose, sans vraiment déserter notre sujet. Qui me suit un peu, sait que je suis un militant laïc, … Lire la suite…

Le necessaire triomphe des faibles.

La loi c’est le triomphe du faible sur le fort, car la loi c’est ce qui sépare la force de ce qu’elle peut. Les différences entre droite et gauche politiques sont à la fois moins radicales et plus essentielles qu’il n’y parait, et en fin de compte, les idées portées par la gauche sont, du fait de la nature réactive des valeurs qui les produisent, naturellement destinées à s’imposer. Et quand j’emploie les expressions « essentielles » ou « naturellement », j’inscris mon propos dans une analyse psychologique des forces en présence, et si je parle de « forces réactives », c’est en reprenant  une approche singulièrement Nietzschéenne. En effet, si l’on évalue, à sa manière, comme il le fit, en qualifiant et quantifiant ces forces en présence à l’aide du concept de « volonté de puissance » qui donne à ces forces couleur et saveur, on doit constater que la pensée de gauche est essentiellement négative, et … Lire la suite…

Parole de vieux.

J’écoutais l’autre matin sur France Culture, une estimable chroniqueuse, que j’apprécie par ailleurs, s’exprimer sur la vieillesse, et défendre quelques idées convenues qui malgré l’heure matutinale m’ont fait réagir. C’est un peu toujours la même chose, on essaye de nous convaincre que vieillir peut être la meilleure des choses, pourvu que comme le bon vin …. C’était son propos, mais ces réflexions m’énervent un peu. Comme le chantait Brel « elles me gonflent mes vieilles roubignoles ». Mettre en avant la sagesse acquise au fil des ans, en peser la valeur et s’en réjouir, c’est bien, par définition, l’éthique du philosophos. Mais surfaire cette richesse, relativement, c’est un peu comme de dire que l’argent ne fait pas le bonheur, ou encore qu’après la pluie, vient le beau temps. C’est consolant, un peu …, si peu, mais trop peu consistant pour que des gens professant sur une station radiophonique sérieuse en viennent à … Lire la suite…

La pollution est un concept moral.

La pollution est un concept moral ; c’est sans doute ce qui explique chez moi, une certaine distance d’avec l’écologie politique. Et en utilisant cette accroche, je veux simplement remarquer que les processus qualifiés de pollution ne peuvent s’appréhender sous cette forme que du point de vue de l’homme, et sur le registre du bien et du mal. Car polluer, au sens contemporain du terme – et notons cet usage récent d’un terme (première moitié du XXe) qui existait auparavant, mais utilisé différemment quoique déjà sur le registre de la morale, – c’est dégrader, salir, avilir ; non seulement transformer, altérer des qualités, mais les « tirer » vers le laid, le sale, l’impropre, l’impur. C’est donc, fondamentalement, rompre une forme d’harmonie naturelle. Cette idée est donc construite sur le présupposé rousseauiste[1] que la nature serait belle, bonne, propre à ses fins métaphysiques, qu’elle aurait atteint un état de perfection ; état stable et donc … Lire la suite…

Biodiversité et diversité sociologique.

Chroniquant récemment[1] le massacre des éléphants et la parution d’un livre de Pascal Picq « De Darwin à Lévi-Strauss », je déplorais alors, en écho à sa voix, les atteintes de plus en plus irréversibles à notre biodiversité. Et le sujet est assez grave pour que j’y revienne et élargisse mon propos en empruntant d’autres chemins, aujourd’hui plus politiques. Notre humanité va-t-elle mourir, malgré une croissance démographique qui ne serait que l’annonce de sa fin ? Va-t-elle progressivement s’éteindre par perte de sa diversité, et de sa capacité d’invention ? J’entends ici le terme de diversité, comme affirmation de l’existence d’objets, d’êtres, de choix ou de destins singuliers, d’identités particulières et par extension le principe de respect de ces identités, et d’une nécessaire contention de la norme. L’un de nos problèmes létaux peut donc s’exprimer ainsi : notre système technobureaucratique mondialisé est perverti. Le grand Léviathan produit, comme une exsudation malsaine, des hommes et des femmes … Lire la suite…