Aux briseurs d’horloge

Les déistes fondent leur foi sur l’argument de la perfection du monde. On se souvient de la formule de Voltaire : « L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger » ; mais, il ne faisait là que reprendre un très vieil argument, présent partout, y compris dans la philosophie antique : on rapporte ce propos d’Epictète : « Et comment une ville ou une maison pourrait-elle subsister, même très peu de temps, s’il n’y avait quelqu’un pour la gouverner et veiller sur elle, et une construction si vaste et si belle serait-elle administrée avec autant d’ordre si c’était par le hasard et une heureuse chance ? Il y a donc quelqu’un qui la gouverne. Il y a effectivement une forme d’intelligence de la nature, un génie ; avec ou sans géniteur, et le hasard, l’évolution, le simple jeu aveugle des lois physiques ont laissé perplexe plus d’un philosophe ou d’un scientifique. … Lire la suite…

Je ne peux suivre Nicolas Baverez

La démocratie n’est ni un système de représentation, ni un processus de décision à la majorité des votants. C’est essentiellement la reconnaissance de l’égalité des citoyens, c’est-à-dire le refus de hiérarchiser les relations, et donc un mode relationnel qui privilégie l’écoute, la participation de chacun, la délibération collective et la prise de décision consensuelle. L’écueil qu’elle rencontre le plus fréquemment, c’est l’usurpation du pouvoir par une élite qui prétend parler au nom du peuple.   Je le dis : la présente chronique répond partiellement à l’intervention télévisuelle de Nicolas Baverez, hier 4 février, dans C à vous. Ce laudateur de la « démocratie libérale » – concept dont on peut se demander si la formulation n’est pas oxymorique – la défendait en l’opposant à la « démocratie illibérale » – autre concept qui se joue de la sémantique. Et il en appelait à la défense de la première contre le risque de la seconde, comme … Lire la suite…

C’est pure méchanceté

Puis-je revenir sur ce glissement idéologique, depuis le judaïsme – qui défend l’idée d’un homme-avatar d’un Dieu qui le créa à son image et à sa ressemblance – ; au christianisme qui fit d’un homme, non seulement le second Adam, mais un être consubstantiel à son divin père, son égal en la trinité – ; jusqu’à l’humanisme que Rousseau défend au prétexte que l’homme serait seul doté d’une conscience et naturellement bon.  Car s’il ne l’était pas, la méchanceté serait en sa nature, et Dieu étant nature – naturante comme le dit Spinoza – la méchanceté serait en Dieu. L’animal n’est pas méchant, on doit pouvoir en convenir, même si le loup, le crocodile ou le requin… Comment pourrait-on mettre l’homme au-dessus de tout, c’est-à-dire des autres animaux, et c’est bien le propre de l’humaniste, sans concevoir un homme naturellement bon ?   Le divin Rousseau – comme l’appelait Robespierre – avait-il raison ? … Lire la suite…

Transvaluation

Il y a une continuité idéologique, par Paul et Rousseau, entre le judaïsme, le christianisme et l’humanisme. C’est pourquoi j’ai tant de mal avec un humanisme qui n’est en fait que la laïcisation du judéo-christianisme et qui n’est qu’un spécisme gonflé d’orgueil. Valeur ou contrevaleur ? C’est un peu comme pour le travail. Évidemment comme l’écrit Van Der Meersch dans « Invasion 14 », je vois bien, pour le vivre tous les jours, que « le travail absorbe et distrait, qu’il est la source miraculeuse d’oubli et de joie, le remède unique à toutes les misères morales » ; et que les addictions les plus problématiques sont le fruit de l’inactivité et de la vacuité de l’âme. Mais quand travail rime avec subordination et exploitation, est-ce encore une valeur ? Valeur ou contrevaleur ? On se souvient du détournement de cette formule d’Heinrich Beta que les nazis avaient inscrite au … Lire la suite…

Des résolutions qui tiendront

Si les hommes de bonne volonté se doivent d’entrer en résistance, cette résistance doit être autant passive (sur la forme) qu’à active, fondamentalement active, une discipline quotidienne. Contraint par des conditions de vie inacceptables, dans leur confort matériel, et imposées à tous par un système liberticide, paternaliste et injuste, chacun doit l’accepter ou le refuser. Si, sur un plan psychologique ou affectif, c’est toute autre chose, sur le plan politique, le choix est bien d’accepter notre condition ou de la refuser ; et il n’y a de citoyenneté que dans ce devoir de choisir, car être citoyen n’est pas un privilège ou un droit commun, c’est un engagement pour la République, pour la Démocratie. La citoyenneté, non seulement ne se réduit pas au droit de vote, mais son essence n’est pas dans l’exercice de ce droit de choisir entre quelques hauts fonctionnaires formés à l’idéologie énarquienne. Et si l’homme peut … Lire la suite…

Le temps des bonnes résolutions

Il n’y a de vertu qu’ignorante de sa nature. Sinon, ce n’est qu’orgueil ou calcul. Car, quand on considère l‘amour comme un investissement dont on attend Les fruits ici ou dans l’au-delà, on est encore bien loin de l’amour.   Je me souviens des propos de Sartre, philosophe que je n’ai jamais beaucoup aimé, faute peut-être de l’avoir suffisamment compris, et de sa façon de nommer certains en parlant de « salauds ». Comte-Sponville en donne une définition plus précise et plus accessible quand il dit que « Le salaud, c’est l’égoïste sans frein, sans scrupule, sans compassion ». Les choses ont changé depuis l’écriture de La Nausée ; la dernière grande tuerie mondiale est lointaine et passablement oubliée malgré les rites mémoriels. Mais le monde, plus que de changer de nature, s’est raffiné, précisé, caricaturé. Car il en est des sociétés comme des gens : avec le temps long … Lire la suite…

Le luxe ! ou rien…

On oppose trop souvent et à tort, conservateurs et réformateurs, alors que les réformateurs sont le plus souvent les pires des conservateurs. Quand on veut vraiment changer les choses, on ne procède pas par réforme, laissant cela à ceux qui veulent « tout changer pour que rien ne change ». Car réformer, c’est corriger, donc conserver. On prétend ainsi réformer les retraites pour ne pas changer de système ; on réforme le système politique en changeant le nom des choses, les têtes ici ou là, mais sans rien remettre en cause ; après chaque crise financière, on réforme le système financier ; aujourd’hui nous sommes confrontés à un problème de développement économique, une impasse, et on en reste à imaginer mettre des cautères sur une jambe de bois. Il faut cesser de réformer, cesser de réparer, de colmater, d’arranger, de faire perdurer ce qui ne marche pas. Laissons ces idées aux conservateurs macronistes et aux … Lire la suite…

Subversion des commissaires de la république

Si je n’aime pas les religions, ce n’est pas seulement parce qu’elles nous proposent de vivre dans un monde symbolique, disons-le poétique, un monde irréel et fumeux. Non ! Après tout, pourquoi pas si cette construction idéelle, fantasmagorique, en nous éloignant de la vraie vie, ne nous la gâchait pas ? C’est surtout que je suis trop attaché à la liberté, et notamment à celle de penser, pour céder totalement aux idéologies, même religieuses, et pour vendre mon âme à un parti, fût-il religieux. Je reste un esprit libertaire, fidèle à cette simple définition : être libertaire, c’est refuser la soumission sans refuser l’engagement, et c’est autant refuser le nihilisme que la moraline. Et je suis malheureux de voir que nos sociétés restent si religieuses et que le progrès qu’on nous vend comme tel nous prépare gentiment à un monde de moins en moins démocratique, de plus en plus totalitaire, de plus … Lire la suite…

Celui qui doute

Vieillir c’est aller vers l’essentiel, c’est-à-dire vers le Néant, se désincarner jusqu’à l’os, jusqu’à la partie la plus minérale de notre être.   Bien que doté d’un tempérament mystique – faut-il d’ailleurs écrire ici « doté », ou peut-être plus justement « encombré » ? –, je reste un esprit areligieux ; et si, tout gamin, j’ai souhaité être « enfant de chœur » – confondant sans doute enfant de chœur et enfant de cœur – et servir le curé de ma paroisse à l’office, c’était déjà avec ce tempérament revêche, ce besoin de croire empêché par un sens trop critique et un esprit libertaire. Oui, je n’aime pas les religions, car, non seulement elles nous distraient de l’essentiel, qui reste de se battre tous les jours, pieds à pieds, jusqu’à notre dernier souffle, pour rendre à l’homme sa dignité et à nos sociétés leur humanité, mais elles nous mentent … Lire la suite…

Restons sur la politique

Restons sur le plan politique pour redire, déjà, que toute la perversité de notre époque tient dans cette formule : « Obéissez et nous vous garantirons vos droits individuels fondamentaux » ; une formule qui fait pendant à cette autre, qui n’est plus celle de la Bureaucratie, mais celle du Marché : « Profitez de nos services et laissez-nous nous occuper de tout ». Mais c’est bien ce marché de dupe que je refuse absolument, car je ne veux pas n’être qu’un animal de rente, un mouton dans le pré. Et que ce pré soit maigre ou gras m’importe peu. Je veux un peu de vraie liberté, quitte à la payer par la faim et le froid.   La volonté du peuple, ça n’existe pas, car le peuple n’est qu’un concept ; et si les concepts ont du pouvoir, ils n’ont pas de volonté. Ce que nous appelons « intérêt général », c’est-à-dire « le bien public », ou « le bien commun », se … Lire la suite…