La pollution est un concept moral.

La pollution est un concept moral ; c’est sans doute ce qui explique chez moi, une certaine distance d’avec l’écologie politique. Et en utilisant cette accroche, je veux simplement remarquer que les processus qualifiés de pollution ne peuvent s’appréhender sous cette forme que du point de vue de l’homme, et sur le registre du bien et du mal. Car polluer, au sens contemporain du terme – et notons cet usage récent d’un terme (première moitié du XXe) qui existait auparavant, mais utilisé différemment quoique déjà sur le registre de la morale, – c’est dégrader, salir, avilir ; non seulement transformer, altérer des qualités, mais les « tirer » vers le laid, le sale, l’impropre, l’impur. C’est donc, fondamentalement, rompre une forme d’harmonie naturelle. Cette idée est donc construite sur le présupposé rousseauiste[1] que la nature serait belle, bonne, propre à ses fins métaphysiques, qu’elle aurait atteint un état de perfection ; état stable et donc … Lire la suite…

Biodiversité et diversité sociologique.

Chroniquant récemment[1] le massacre des éléphants et la parution d’un livre de Pascal Picq « De Darwin à Lévi-Strauss », je déplorais alors, en écho à sa voix, les atteintes de plus en plus irréversibles à notre biodiversité. Et le sujet est assez grave pour que j’y revienne et élargisse mon propos en empruntant d’autres chemins, aujourd’hui plus politiques. Notre humanité va-t-elle mourir, malgré une croissance démographique qui ne serait que l’annonce de sa fin ? Va-t-elle progressivement s’éteindre par perte de sa diversité, et de sa capacité d’invention ? J’entends ici le terme de diversité, comme affirmation de l’existence d’objets, d’êtres, de choix ou de destins singuliers, d’identités particulières et par extension le principe de respect de ces identités, et d’une nécessaire contention de la norme. L’un de nos problèmes létaux peut donc s’exprimer ainsi : notre système technobureaucratique mondialisé est perverti. Le grand Léviathan produit, comme une exsudation malsaine, des hommes et des femmes … Lire la suite…

De la responsabilité.

Être responsable, ce n’est pas, comme je l’entends trop souvent, être « cause de ». La responsabilité est une assignation, parfois injonctive, à assumer, c’est-à-dire à porter et à rendre compte – qu’importe que l’on ait enfanté, si l’on reconnait ou si l’on adopte. On doit rendre compte de ses actes, mais aussi, en droit, de ceux de ses enfants, animaux domestiques ou de rente, de ses employés, de ce que l’on possède, garde, ou fabrique. La responsabilité est donc l’attendu du jugement, voire le présupposé de la justice (dans un cadre légale). Mais si la responsabilité n’est pas corrélative de l’acte, du phénomène, qu’elle en est donc le fondement ? Je réponds que son fondement est moral ou légal, c’est-à-dire que c’est un a priori, et que cet a priori existe dès qu’il est accepté comme tel. Là aussi, l’existence précède l’essence. Ce n’est pas le jugement, ou l’évaluation d’une causalité qui décrète … Lire la suite…

Etiquetage politique.

C’est à l’heure matutinale où je trempe mon pain beurré-salé dans un café noir, que j’ai découvert dans mon quotidien papier une information qui m’a sidérée, et qui m’a gâché cet instant auroral ou l’activité de la journée ne nous a pas déjà entrainé dans son flux erratique, et où l’on rêve encore un instant de pouvoir échapper au stress de la vie qu’on nous fait – et qui n’est qu’une survie laborieuse et dérisoire. J’aurais pu m’étrangler ; et ce qui m’étonne encore, c’est que cette information n’a pas suscité de réactions à la mesure de la saloperie qu’elle rapporte.  Pourtant, une recherche sur le net permet d’y accéder avec toute l’immédiateté qui caractérise ce média : le Ministère de l’Intérieur oblige les listes de candidats constituées pour les élections municipales dans les communes de plus de mille habitants à choisir une étiquette partisane dans une liste proposée de seize partis, … Lire la suite…

En l’an 130 après Zarathoustra.

Si tout point de vue sur l’antiquité est par nature anachronique, rendant toute analyse de cette période et tout parallèle périlleux, c’est que l’avènement du christianisme aux second et troisième siècles de notre ère a définitivement bouleversé notre univers intellectuel et psychologique, changeant l’épistémè de notre monde mental[1]. La religion de Paul a définitivement cousu le suaire d’un empire gréco-romain[2]païen et suscité l’avènement d’un monde totalement nouveau – l’agneau a dévoré la louve[3] – même si la dimension syncrétique de la nouvelle religion est incontestable. Mais, nos paradigmes en ont été si radicalement transformés qu’il est légitime de mesurer l’histoire des hommes, avant et après la date décrétée comme étant celle de la naissance d’un personnage symbolique, prétendument fils de Dieu. Sans doute peut-on déclarer comme Nietzsche, que « le christianisme est un platonisme pour le peuple »[4] ; ou reconnaitre ce qu’il doit à la doctrine d’Epicure – Valla, par exemple, le … Lire la suite…

Abbatage des éléphants d’Afrique.

La concomitance de deux informations, l’une sur l’abattage des éléphants en Afrique et l’autre sur la parution du livre du paléontologue Pascal Picq[1] me conduit à m’exprimer à nouveau sur ce que d’aucuns appellent la crise, et qui n’est ni une crise économique, ni une crise nationale ou occidentale, mais une crise humanitaire au sens premier du terme[2]. L’humanité est en crise existentielle, et si sa nature est ici soumise à la question, c’est surtout la question de son devenir ou de sa fin qui est aujourd’hui posée. J’apprends que la population d’éléphants sur le continent africain est passée en quelques décennies de 1,2 M d’individus à 500 000 environ et l’on continue à tuer une centaine d’animaux tous les jours. On peut donc imaginer que dans quelques années, il n’y aura plus d’éléphants africains, si ce n’est dans quelques parcs d’attraction. Car aux braconniers traditionnels se joignent, pour participer à … Lire la suite…

Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

La religion serait l’opium du peuple : n’est-ce pas plus justement la foi ? Rappelons aussi qu’en livrant cette sentence dans les manuscrits de 1843[1], Marx reconnait que l’état de l’homme prisonnier de sa « vallée de larmes » rend l’illusion religieuse nécessaire – bien que perverse – et que, partant, l’abandon de cette illusion présuppose un changement d’état et l’avènement de « l’homme total ». Remarquons aussi que la citation sur laquelle j’articule mon propos est extraite d’un texte rédigé deux ans après la publication de « L’Essence du christianisme » par Ludwig Feuerbach. La condition humaine n’est donc supportable au peuple que grâce à cette double illusion que sa douleur puisse faire sens et qu’il puisse émouvoir des forces compatissantes qui nous dépassent. Marx parle de l’«universel motif de consolation et de justification » de la religion, et rajoute : « Elle est la réalisation chimérique de l’essence humaine, parce que l’essence humaine ne possède pas de réalité véritable »[2]. … Lire la suite…

Du miracle pour ce qu’il est.

La notion de miracle reste très marquée par la tradition chrétienne, car le concept suppose une possible intervention divine d’exception ayant un but déterminé – une fin qui justifierait, dans un contexte particulier, des moyens hors de mesure. Dieu sortirait de son silence énigmatique ou de sa réserve hautaine pour s’exprimer, ou pour répondre à une prière pressante. Tout miracle serait donc une théophanie. Traditionnellement – et je m’en réfère ici surtout aux Lumières ou à ce que j’appelle les Clartés (celles du XVIIe siècle), le miracle était défini comme la suspension des lois de la nature. C’est par exemple la position du philosophe sceptique écossais David Hume, exposée dans son « Enquête sur l’entendement humain ». Il y distingue des « conjonctions coutumières », en prenant comme exemple le levé quotidien du soleil, et définit le miracle en « opposition de ces conjonctions coutumières » : la nuit qui tombe à midi pour laisser place au soleil … Lire la suite…

Du droit des animaux.

Il y a maintenant quelques jours que j’ai signé une pétition électronique demandant la modification de notre Code Civil afin d’y corriger le statut juridique des animaux. Pourtant, si je devais plus clairement préciser ma position, je serais tenté d’affirmer comme Raoul Vaneigem[1] : « Nous avons moins besoin des droits de l’homme, de la femme, de l’enfant, de l’animal, de l’environnement que d’une conscience du vivant, capable d’assurer partout sa souveraineté. Le mépris de l’homme pour la bête et pour l’arbre qu’il abat par goût du pouvoir et du profit est de la même essence inhumaine que le mépris de l’homme pour l’homme, en quoi réside la cruauté de toute exploitation. » En droit français, l’animal est considéré comme une chose, et appréhendé comme un objet, et non spécifiquement comme un être vivant. Rappelons la structure d’un Code Civil qui doit sa forme, à la fois à son objet et à son … Lire la suite…

L’esprit de révolte.

Au fil de ses chroniques hebdomadaires, le mescréant philosophant crie, pleure, invective, vitupère, et si ses épanchements sont si abondants, c’est qu’ils sont faits de pleurs, de sang et de morve mêlés. Mais il assume cet état pathologique tout comme il reconnait ses antipathies qui sont autant de peurs névrotiques de ceux que Nietzsche appelait « Les prédicateurs de la mort », c’est-à-dire les religieux de tous bords ; et de l’état que le philosophe allemand dénonçait avec autant de force : « L’État c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « moi, l’État, je suis le peuple »[1]. Oui, le mescréant est un révolté au sens ou Stirner l’entendait, opposant cette figure conceptuelle à celle du révolutionnaire. Et la position du penseur de « l’Unique et sa Propriété » préfigure celle de Camus qui défend la même idée, et qui, dans « l’homme … Lire la suite…