Retour métaphysique

La grande faiblesse de l’homme c’est son extraordinaire ductilité. L’homme, non seulement s’adapte en permanence, mais quand il a pris une forme nouvelle, et que ses petits sont nés ainsi conformés, ils s’en trouvent bien, et c’est ainsi que le Touareg aime, par-dessus tout, ses dunes infinies, et que l’Inuit, en guise de désert, est si attaché aux immensités poudreuses et gelées. Et c’est aussi pourquoi, un païen de l’aire préchrétienne jugerait abjecte la façon dont nous vivons aujourd’hui, et que nos contemporains jugent moralement détestables les cultures antiques. L’homme va donc continuer à s’avilir, à détruire son environnement, à produire une humanité de plus en plus débile, et à se trouver bien dans ces situations toujours moins humaines. Il se construit un enfer, le nomme « Progrès », moque ce qu’il était hier, méprise ses ancêtres, et continue à aller de l’avant, et à s’adapter afin de pouvoir encore et encore, … Lire la suite…

Politique de libertés

  Ceux qui pensent que la politique est l’art de gérer l’économie de la nation se trompent gravement, fatalement… La fin essentielle de la politique, c’est la préservation des libertés individuelles, le reste n’étant qu’accessoire. Mais on ne peut parler de « La liberté » de manière générique : Il faut toujours distinguer ses dimensions politique ou ontologique, et savoir d’où l’on parle. Ontologiquement, nous sommes déterminés par notre nature propre et par les nécessités de la Nature, mais aussi par notre histoire, personnelle et collective ; et notre libre arbitre, considéré comme autonomie de notre vouloir, se réduit, non seulement à vouloir sans savoir ce qui, en nous, veut, mais aussi à croire naïvement à l’existence d’un « Je » dans une autre réalité que sensible. D’un point de vue politique, notre liberté s’inscrit entre les bornes que le droit pose, et qui, ce faisant, créent cette liberté comme espace du possible ; et … Lire la suite…

Court plaidoyer pour une spiritualité immanente

Je crains que nos valeurs ne soient mortes, faute d’avoir voulu les défendre, les faire prospérer sur un terreau ingrat. Et aujourd’hui, elles gisent ; et leurs cadavres en décomposition nous encombrent et commencent à puer. Mais pour les faire vivre, encore aurait-il fallu que notre civilisation produise des hommes et des femmes capables de les porter comme un étendard flamboyant, au lieu de consommateurs jouisseurs et paresseux ; et peut-être aurait-il fallu que nos nations retrouvent une forme de virilité. Mais force est de constater que nos modèles sont autres, que l’U.E. est le ventre mou de l’Occident, et la Commission européenne sa structure la plus débile.   Le Marché a réifié le monde en réduisant tout, choses, êtres, gestes, pensées, à des valeurs monétaires négociables sur un Marché qui est devenu notre seul paradigme et notre horizon indépassable. Il a gommé toute spiritualité qui ne subsiste que comme trace évanescente. … Lire la suite…

Pour rester, un moment encore, avec Pessoa

  À Pessoa qui écrit à plusieurs reprises – ce qui me fait dire que la forme du propos est murement posée : « je gis ma vie » ; Pessoa, mon frère d’âme, pour qui j’ai tant d’affection ; je voudrais répondre à travers le néant où il vit depuis qu’il a cessé de rêver, que moi, j’aurais tenté toute ma vie, désespérément, de ne point la gésir. Péché d’orgueil, assurément, et vaine vanité. Lire la suite…

Et l’amour dans tout ça ?

Pessoa, qui nous rappelle que « l’amour romantique est le produit ultime […] de l’influence chrétienne », écrit en juillet 1930 – je l’imagine à Lisbonne par une chaude soirée d’été, dans le petit meublé qu’il loue au quatrième étage de la rue des Douradores, sa fenêtre grande ouverte aux parfums qui montent du Tage jusqu’à la table de pin sur laquelle il est courbé et « pense ses impressions » : « Nous n’aimons jamais vraiment quelqu’un. Nous aimons uniquement l’idée que nous nous faisons de ce quelqu’un. Ce que nous aimons, c’est un concept forgé par nous – en fin de compte, c’est nous-mêmes. » Je veux bien le croire. Mais reste le désir bien réel, parfois impérieux comme un dégout qui déséquilibrerait notre être et violenterait notre sensibilité : ruse de la nature selon Schopenhauer, conatus de l’espèce si l’on préfère user d’un mot de Spinoza. Et puis, ce plaisir, ou parfois cette épreuve quotidienne, domestique, … Lire la suite…

L’ère des comptables

Le primat du marché, c’est l’assujettissement de toute relation humaine aux canons de la pub : démagogie et promesses non tenues.   S’il me faut la définir au plus court, alors je dis que notre époque est démagogique. Prenez le Président Manu qui nous la joue sur le thème du progressisme : Nouveau versus Ancien monde, c’est-à-dire qui tient pour acquis que toute modernité serait un mieux – vieille lune et escroquerie intellectuelle puérile – et qui, par cet artifice de communication dont la grossièreté ne peut que me heurter, veut ringardiser ceux qui restent attachés aux anciennes valeurs, tous ceux qui refusent d’abandonner leurs vieux habits confortables et chauds, pour de nouveaux, branchés et colorés, mais taillés dans une toile de pauvre qualité. Et de quoi parle-t-il ? Effectivement, chacun peut constater que le monde a changé, et je l’admets moi-même comme je pourrais dire que le temps change et que le … Lire la suite…

Le monde comme il est

Je ne suis pas le seul à avoir défendu cette idée : la philosophie est une optique, et cette optique est spirituelle. Dans « Totalité et infini », Levinas le dit d’ailleurs en ces termes – qui sont donc les siens. Et si j’ai de longue date adopté la formule, c’est que je crois à cette dimension essentielle de la philosophie : philosopher, c’est poser un certain regard sur les choses, comme au travers de la lunette d’un géomètre, avec quelques exigences : lucidité, mesure et droiture. Pas facile, et quelque peu présomptueux ! Pas facile de trouver les justes mots pour tenir un langage de vérité ; et c’est pourquoi je m’en prends si souvent à la démagogie de notre époque, car le propos du philosophe n’est pas de vendre, mais de redresser. En effet, Il n’a ou ne devrait avoir rien à vendre, ni idées ni concepts, ni la moindre idéologie ; mais il se doit … Lire la suite…

Géopolitique sur le zinc

Il y a un côté ludique aux prévisions et, soyons clairs, toute prévision n’est que la projection d’un fantasme ; et toute prévision économique, même proférée de manière sentencieuse et prétendument neutre, n’est que l’expression d’une idéologie. C’est bien ce qui explique que nos experts les plus reconnus se trompent si régulièrement dans cette tentative d’autoréaliser leurs désirs. Et force est de constater que, pour l’essentiel, tous se plantent, car l’avenir n’a que faire de nos vœux, et la parole d’expert, loin d’être prophétique n’est même pas performative. Jouons donc à ce jeu, puisque nous sommes entre amis. Je ne crois pas, à moyen terme, au déclin des États-Unis. Ils ont pris trop d’avance et la conserveront grâce à cette capacité de matricer l’avenir de la planète ; et la Chine, qui truque ses données économiques, ne les rattrapera pas. Les GAFAs sont toutes américaines et Hollywood est en Californie ; et regardons le … Lire la suite…

Chronique urbaine

Comme le temps en cette fin août est beau et chaud et invite à la flânerie, je me suis interrogé sur ce que pourrait être, ici, en Europe, la vie bonne. Vieille rengaine philosophique… Mais quand on a du temps à perdre … Ce serait déjà de vivre dans un environnement dont la nature n’aurait pas été éradiquée, stérilisée, et qui, par ailleurs, serait pour nous suffisamment confortable. Car nous avons pris des habitudes, probablement mauvaises ; et habiter un chez-soi douillet comme un nid est légitime. Il conviendrait donc à ceux qui chercheraient cette vie bonne – vie douce serait peut-être moins ambitieux –, désintoxiqués des produits du Marché, guéris de leurs addictions modernistes, d’habiter des villes à tailles humaines. C’est du moins mon point de vue, car je trouve, dans tous les domaines, ce concept de taille ou de mesure humaine, pertinent. Un bouddhiste parlerait de juste mesure, pour … Lire la suite…

Humain, trop humain

Il y a peu, j’entendais sur les ondes que les conventions internationales humanitaires – on y débattait des conventions dites « de Genève » sur la protection des civils en cas de guerre, notamment celles d’août 1949 – avaient rendu la guerre plus humaine (sic). Quelle curieuse façon de s’exprimer ! comme s’il y avait quelque chose de plus humain que la guerre ? Comme si l’on pouvait être plus humain qu’humain en faisant une guerre propre, en quelque sorte en lavant plus blanc que blanc ? Les animaux ne font pas la guerre, et moins la guerre est mesurée, plus elle est moche, et plus elle est humaine, tristement humaine. L’animal ne commet ni crimes de guerre ni génocides ; il n’extermine pas les mécréants, les opposants politiques et les hétérodoxes. Peut-être un manque d’imagination ?  Il n’invente pas de tortures raffinées : la roue, le bûcher, la chambre à gaz, le bain forcé, pierre au cou, … Lire la suite…