De la valeur des choses.

Le philosophe trouve sa justification dans sa capacité à rappeler quelques truismes. Il peut donc, plus encore en période estivale, évoquer quelques lieux communs sur la valeur des choses.

Une chose acquière une valeur dès lors que quelqu’un, dans un cadre donné, lui en accorde une ; ou qu’il peut concevoir qu’un autre puisse lui en accorder une autre. Le problème de la valeur des choses ne peut donc s’appréhender que subjectivement et relativement.

Ainsi, l’utilité – qu’on en juge sur le registre du besoin ou du désir, c’est-à-dire sur celui de l’autorité de la nature ou bien morale – et la rareté confèrent de la valeur : « Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! »[1] . Et si la chose considérée, sa propriété ou sa jouissance, est transférable, aliénable, alors elle acquière une valeur de commercialisation, monnayable, fiduciaire, la valeur d’usage induisant une valeur d’échange : de la nourriture, une voiture, une œuvre d’art, un droit à polluer, l’âme du Docteur Faust. On peut sans doute considérer que la vie a aussi une valeur ; non pas la vie en soi, celle écrite en majuscule, mais celle de M. Dupont ou de M. Durand, du quidam clochardisé qui squatte mon hall d’immeuble ou du président des États-Unis d’Amérique, car après tout cette vie peut être volée, à défaut d’être donnée ou échangée. Mais, pour ce qu’il en est de la Vie, les points de vue des sectes chrétienne et stoïcienne divergent, rendant vaine tout volonté de lui en reconnaitre une objective. Les chrétiens justifient leur lutte contre l’avortement par la sacralité de la vie, ce qui n’a jamais empêché l’église du christ de passer par le bûcher les hérétiques et les sorcières ; les stoïciens enseignent qu’il faut savoir quitter ce monde lorsque la vie ne nous apporte plus de satisfaction suffisante : « Rien n’est difficile dans la vie. Quand tu le veux, tu sors et tu n’es plus gêné par la fumée. Pourquoi donc te tourmenter ? »[2].

La santé a pareillement une valeur, sans doute un peu différente pour un adolescent et un octogénaire, comme pour une bouteille plus ou moins vide.  Mais par contre, elle n’a pas de prix, faute de pouvoir être monnayée, même si les soins qui la maintiennent, ayant un coût, ont bien, eux, un prix.

Pour ce qui est des valeurs, c’est évidemment autre chose, car parler des valeurs c’est tenter d’objectiver la valeur morale d’une idée, d’un concept, d’un principe. Et j’en resterai aujourd’hui sur ce distinguo d’évidence : la valeur des choses, subjective et relative, et les valeurs objectivables et absolues. C’est un peu comme de distinguer la matière et l’idée, le monde selon Epicure et celui selon Platon.



[1]. Richard III (Shakespeare)

[2].  Epictète – Entretiens : Livre IV-X-27,28