Bonnes fêtes à tous

C’est vrai, je néglige trop ce blog, mais c’est bien que l’écriture me prend beaucoup de temps et autant d’énergie. À tel point que je ne vous ai pas souhaité un joyeux Noël, j’espère qu’il l’a été, un bon réveillon de la Saint-Sylvestre – il est encore temps d’emmerder les esprits woke qui nous interdisent les références religieuses – et une bonne année 2022, espérons que la séquence COVID dure moins que le dernier conflit mondial. Je ne sais si, transmettant leurs voeux en décembre 41, les gens se souhaitaient la fin de la guerre pour 42.

J’ai enfin achevé ce nouvel ouvrage, un essai politique indéfinissable, qui portera le titre de l’Hydre de Lerne, ayant renoncé au premier titre de « Manuel de civilité puérile ». Oui, la référence à Érasme est claire, et je le dis avec d’autant moins de forfanterie, que la lecture de son Manuel de civilité puérile m’avait déçu. Mai je pense que c’était un texte sans beaucoup d’ambitions. Je vais donc envoyer le mien aux éditeurs ; nous verrons. Mais je sais qu’ils sont tellement sollicités, que les gens ne lisent pas, et qu’en matière de politique, un leader politique trouvera plus facilement son public, quelle que soit la qualité de son texte et aura été assez malin pour sortir son livre dans le bon timing, idéalement à l’automne dernier.

Je voulais en donner ici quelques pages, mais extraire un chapitre ou seulement quelques pages est aussi scabreux que de donner une citation hors de son contexte. Je vais néanmoins tenter l’exercice, en donnant à lire le chapitre 8 du livre 3 (croire en l’homme, malgré tout) – oui, il y a trois livres dans un, soit 22 chapitres pour un essai trop long, mais il est difficile après la naissance d’un enfant de lui couper les jambes ou lui raboter les oreilles.

Je vais donc tenter de feuilletonner ce chapitre, en 3 ou 4 parties. Voici le début :

 

Il y a toujours eu des lanceurs d’alerte. Dans un récent petit livre, Marek Halter parle de prophètes, et j’y lis en quatrième de couverture : « Le prophète, c’est l’homme qui crie : un lanceur d’alerte avant la lettre » ; et il questionne ainsi notre présent : « Vivons-nous aujourd’hui dans un monde sans prophètes ? » Je ne saurais dire si un prophète est un lanceur d’alerte, ou un lanceur d’alerte un prophète de mauvais augure. Marek Halter en sait plus que moi sur les prophètes bibliques. Mais je retiens et cette idée et sa formulation : le lanceur d’alerte c’est l’homme qui crie, mais qui crie dans le désert. Ce qui me permet de m’attarder sur le registre testamentaire en évoquant Jean le baptiste, le dernier prophète avant Christ qu’il baptisa, et dont les évangiles rapportent « Jean est celui que le prophète Esaïe avait annoncé lorsqu’il a dit : C’est la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez ses sentiers droits ». On nous l’a appris enfant, Jean prophétisait bien dans le désert et baptisait dans les eaux du Jourdain. Mais comment ne pas jouer sur les mots, en donnant à la formule un sens qu’elle n’a pas dans les évangiles ? Car en langage courant, parler dans le désert, c’est bien parler dans le vide, ou face à un mur.  C’est vrai que j’aime assez ces jeux de mots qui n’ont ici d’autre sens que d’en venir à cela : un lanceur d’alerte, c’est un homme qui crie au feu, sonne l’alarme dans le désert de notre indifférence. Et de ce point de vue, Jésus en est bien le symbole. Il a prophétisé, mais sans pouvoir changer le cours des choses ou la tragique trajectoire de l’histoire, même si d’autres que lui, d’autres après lui, ont su exploiter son souvenir pour construire une religion qu’il n’aurait pu approuver, qui a bouleversé le monde, mais qui n’a pas racheté l’humanité. Et si je reste attaché à cette histoire, mythifiée au point de nous tenir encore au ventre, c’est parce que Jésus, selon la doctrine, serait venu s’offrir en sacrifice pour nous sauver. S’il avait réussi, j’imagine qu’on aurait vu un changement profond et radical d’une humanité régénérée par le sang versé. Qu’a-t-on vu ?

LANCEURS D’ALERTES. Rassurons Marek Halter ! il y a toujours eu des lanceurs d’alerte, il y en aura toujours ; et peut-être aussi des gens pour crier au loup comme dans la fable d’Ésope, ou pour des raisons plus insidieuses. Et en Occident, civilisation dont l’axe est constitué par le livre premier et ultime, celui qui étymologiquement invente les bibliothèques, ces lanceurs d’alerte ont été des intellectuels engagés, beaucoup plus rarement des religieux – même si Érasme…. Et qu’ils soient essayistes, romanciers, philosophes, la liste serait trop longue et le risque d’oublier les plus importants trop grand, pour que je m’attache à en proposer une ébauche. Mais on ne doit surtout pas oublier les auteurs de fictions et de dystopies – j’en ai cité plusieurs dans le présent texte. Aujourd’hui, je vois ces lanceurs d’alerte scénariser, mettre en scène ou produire de très nombreux films, je les vois proposer des essais, écrire dans les journaux, très rarement intervenir dans les médias appartenant à l’État ou aux oligarques. Je les vois aussi produire des travaux scientifiques qui nous alertent sur le désastre écologique que nous avons provoqué et que nous entretenons. On les a découvert aussi, parfois simples cadres dans des multinationales, risquer leur vie pour dénoncer des scandales ou organiser des fuites d’informations qu’il convient absolument de porter à la connaissance du plus grand nombre. Ils sont donc nombreux, visibles et souvent audibles, même si leur message est brouillé par les faux prophètes du Système. Nous ne manquons donc pas, nous n’avons jamais manqué de lanceurs d’alerte. Ils continueront longtemps à crier dans le désert, se prétendant parfois Christ ou Antéchrist, mais l’immense majorité des gens restera indifférente ; pour l’essentiel d’entre eux, les gens s’en moquent. Le Système le sait et sait qu’il peut dormir tranquille, sauf qu’il ne dort jamais. Je ne sais si c’est désespérant, mais c’est effectivement sans espoir. Nous marchons gentiment vers la fin, andante, mais nous sommes déjà cuits, al dente. Oui, je sais, c’est un peu facile de plaisanter ainsi, mais on a beau être aussi stoïcien, il faut parfois quelques ressources quand l’angoisse vous prend : j’utilise alors l’outrance, ou l’humour, l’un comme l’autre sans éviter toujours la facilité.

Flatus vocis

C’est vrai, je néglige ce blog et ceux qui y passent, souvent rapidement ; la vie est ainsi faite. Mais on aurait tort de me croire las de crier dans le désert, de donner des points de vue à tout propos, de réfléchir encore et toujours à « la nature des choses et à la difficulté d’être » dans ce monde que le progrès réduit et détruit progressivement. Et la politique m’interpelle toujours. C’est pourquoi je me suis mis à composer un nouveau livre ; depuis le printemps. Il est aujourd’hui terminé dans sa première version. Il me reste à le travailler, laborieusement, en faire une nouvelle version, corrigée – j’avance bien et ce devrait être terminé avant la Noël –, puis ce livre « abouti et corrigé » sera à nouveau passé à la machine – nouvelle lecture attentive et nouvelles corrections –, puis, à peine imprimé, l’encre à peine séchée sur son papier blanc, il sera repassé à la machine, une dernière fois, je l’espère. C’est un travail d’artisan, d’affinage et de polissage. Je vous en communiquerai quelques feuilles. Dans le même temps, je pense à mon prochain roman, déjà largement engagé, et à un recueil d’aphorismes. Je vous livre les trois d’hier, dans le désordre de mes pensées :

Incapable de le comprendre, on dit souvent d’un homme qu’il est contradictoire ; mais n’est-ce pas qu’une autre façon de le rendre responsable et fautif de l’insuffisance de notre intelligence ou de notre sensibilité à le percer ?

Cette idée que la connaissance (de la nature) serait un facteur de progrès est assez liée, quand on y réfléchit, à cette autre idée que l’homme serait le but de la nature, de son existence et de son évolution.

Pour consoler un enfant qui vient de se cogner le front contre un meuble, sa mère réprimande parfois la « vilaine table ». La morale nait ainsi dans le cerveau de l’enfant quand meurt l’innocence causale et que les effets lui sont présentés comme des récompenses ou des punitions.