Pouvons-nous être tenu politiquement responsables d’être ce que nous sommes ?

Feuilletant, comme on effeuille une marguerite, un essai de Schopenhauer sur le libre arbitre – un peu, beaucoup, … –, je repense au concept de liberté, un peu comme on ferait l’inventaire d’une pièce encombrée, découverte derrière une porte dérobée. Ce faisant, je retrouve aussi dans le texte que je parcours rapidement, quelques a priori très autobiographiques sur la nature humaine : notre philosophe nous y explique que le caractère de l’enfant lui est transmis par son père et son intelligence par sa mère. Voilà qui devrait faire hurler – mais ce n’est pas me concernant sans un certain plaisir – les féministes et plus largement les tenants de la théorie du genre. Mais on ne peut évidemment réduire l’œuvre de l’auteur des Parerga à quelques énormités, ou aux charges ad hominem contre la pensée hégélienne : sa supposée fatuité l’indispose, sa réussite incontestable le révulse, son charabia l’insupporte ; il ne peut … Lire la suite…

Un peu de pragmatique

Qu’il me soit ici permis, sans être linguiste, de faire un peu de pragmatique ; et commençons par une question bête, bête comme un dimanche maussade en juin : faut-il être tolérant avec les intolérants ? La question est évidemment clivante, et toute réponse justifiée par l’équivocité du concept est recevable, mais montre bien la dimension rhétorique de ce jeu sur les mots. J’ai donc pris soin de rouvrir quelques dictionnaires pour assoir mes positions, car pour le mescréant philosophant, homme de peu de foi, pyrrhonien par ailleurs et adepte des théologies négatives, se méfiant aussi de l’idée que l’on se fait des choses et des mots, être tolérant, c’est être respectueux des choix qui ne sont pas les nôtres, et admettre qu’ils doivent pourtant avoir droit de cité. C’est donc ne pas surfaire notre croyance, nos choix, nos valeurs. Mais il y a une tolérance appliquée aux idées et une autre aux … Lire la suite…

Où il est question d’ordre public et de paix sociale

Pourquoi faut-il y revenir et s’y arrêter le temps d’une courte chronique ? Sans doute parce qu’à trop utiliser ou entendre utilisés des concepts basiques ou des formules rebattues, on en finit par croire faussement que chacun prend bien la mesure de ces notions et en a une juste appréhension. Peut-être aussi parce que l’ordre public constituant le cadre et la forme que prennent les libertés civiles, il est aussi la limite institutionnelle aux libertés individuelles. La Politique est ainsi une discipline, toujours dialectique, et qui procède moins de la recherche d’une forme de vérité qui serait évidemment morale, que de la simple recherche d’un équilibre, sous la forme d’une éthique possible, aux vertus consensuelles, dans un contexte donné. La politique est ainsi cette tentative de concilier le possible et le souhaitable – pour reprendre cette formule aussi éculée que le pantalon d’un député sur les bancs de l’Assemblée. Faire de … Lire la suite…

Fait divers sordide

Un jeune homme brillant, élève à Sciences Po est mort dans une rixe. Comment peut-on commenter un tel accident sans céder à la colère devant un tel gâchis ? Clément Méric était militant politique, et se déclarait anarchiste et antifasciste. Il était jeune, avait la vie devant lui. Aujourd’hui il n’est plus. Aucun mot ne semble assez fort pour porter l’émotion, le dégoût et la peur que cet événement tragique suscite. On ne sait même pas si l’on peut rappeler d’autres faits-divers du même type, sans être suspecté de chercher à relativiser la chose, ou à faire diversion. Et que veut dire ici « du même type » ? Je pense au décès, dans la rue, de personnes agressées par des marginaux violents, organisés en bande à casser. Et le fait qu’ils soient skinheads ne me parait pas si fondamental. La chose aurait-elle été moins grave si l’agresseur avait été islamiste, sioniste, proxénète, agent … Lire la suite…

Le réveil de la polis.

Les émeutes turques me donnent l’occasion de revenir sur mon dernier propos et de le prolonger en l’illustrant. Le peuple est dans la rue stambouliote, comme il l’est de plus en plus souvent, partout ; même s’il ne faut pas tout mélanger : ici, le printemps arabe, là, les mouvements des indignés, aujourd’hui la Turquie. Ici, on est las d’un dictateur prévaricateur, là on se bat pour préserver une place ombragée, de l’appétit des promoteurs immobiliers. Il ne faut donc pas tout assimiler. Néanmoins, je constate que chaque fois le peuple est dans la rue, et que les gouvernants s’obstinent à ne rien vouloir entendre, à se boucher les oreilles aux révoltes populaires. Le peuple a besoin de s’exprimer et l’admettre, quitte à en tirer quelques conséquences politiques, ce n’est pas du populisme : c’est simplement accepter de prendre en compte une aspiration proprement démocratique qu’on pourra, de l’Iran à la Chine, de … Lire la suite…

Pauvre démocratie.

M. Copé, commentant la primaire de son parti pour la prochaine municipale parisienne, a déclaré dimanche dernier dans une émission de télévision, et je crains qu’il ne plaisantât pas : « A l’UMP nous apprenons la démocratie, et c’est nouveau ». Ainsi, le leader désigné – mal désigné – d’une des deux principales formations politiques de notre pays déclare « apprendre la démocratie ». Dont acte. Cette déclaration, qui est moins un aveu qu’une maladresse, montre néanmoins le problème français qui est d’ailleurs le mal plus ou moins congénital de toutes les démocraties parlementaires : ces démocraties sont très faibles, et toutes les affaires récentes montrent à quel point l’état de droit y est peu consistant, et l’opinion des peuples méprisée. Les origines du mal sont évidentes, et tiennent à la nature même de l’homme ; mais les spécificités françaises en aggravent les conséquences. Et il est peut-être intéressant d’en rappeler les termes, même si tout a … Lire la suite…

Le retour des questions morales.

Je suis tout à la fois surpris et ravis de voir qu’en cette fin de premier semestre les questions morales occupent une telle place dans le débat public hexagonal. Evidemment, ce débat rampe un peu, se traine dans la poussière politicienne alors que l’on attendrait un peu plus de hauteur, en d’autres termes une approche philosophique ; mais ne boudons pas notre plaisir et accueillons ces débats comme autant d’augures d’un retour de la politique. Qu’il s’agisse de la farce cahuzacienne, ou du mariage homo – ce sacrement laïque sensé laver plus blanc en permettant aux homosexuel de s’orthonormer, car rappelons qu’un homo est d’abord un hétérodoxe, ou du moins le tenant d’une hétéropraxie sociale –, ou qu’il s’agisse encore de la liberté religieuse et de la laïcité qui semble devoir être écornée, dans la rue, à coups de cutter, ou dans l’entreprise par quelques projets déposés sur le bureau de … Lire la suite…

Identité et tradition.

Il y a encore peu d’années, Nicolas Sarkozy, président de la république, gardien de ses valeurs et comptable de sa paix sociale, mais apprenti sorcier à ses heures – sombres – engageait un débat mort-né sur l’identité nationale. La question était non seulement sensible dans un contexte conjoncturel particulier, mais elle était et reste essentielle. Il était donc légitime de la poser et lui, au sortir des urnes, pouvait prétendre avoir l’autorité pour le faire. Mais il fût, sur ce sujet comme chaque fois, incapable, au-delà d’un effet d’annonce manœuvrier, de gérer ce qu’il saisissait, et il a donc gâché une belle occasion d’entrer dans le vif d’un sujet proprement existentiel. Son successeur, produit banal d’un parti qui n’a de socialiste que le nom et qui préfère user ad nauseam de concepts éculés et vidés de leur sens dans des rhétoriques creuses plutôt que de faire des choix politiques, s’est … Lire la suite…