La propriété et le vol.

La dialectique « liberté-aliénation » est de manière troublante comparable, voire superposable à celle de la propriété et du vol. On ne peut parler de liberté que dès lors où une forme d’aliénation nous en prive, la limite, et ce faisant la révèle de manière nostalgique et la circonscrit, comme en creux. L’aliénation, paradoxalement, rend donc pertinent le concept de liberté, la révélant comme réalité existentielle. Avant cette amputation, je veux dire en l’État de Nature – pour parler comme les Lumières – l’homme solitaire, non socialisé, n’est pas libre, faute de pouvoir concevoir sa liberté. Ce concept n’a en effet alors, tout simplement, aucune pertinence pour lui, nul sens ; ça ne lui parle pas. Dès qu’il s’aliène, ou est aliéné, il conçoit ce qu’il vient de perdre : Il n’y a de paradis que perdu, d’utopie que nostalgique, de bonheur que dans la quête. Posséder c’est très exactement la même chose. On … Lire la suite…

Publicité et communication.

J’entendais il y a déjà quelques jours à la radio un publiciste parler de son métier comme d’un art de la communication. A l’évidence, c’est un bon professionnel qui sait trouver les mots qui vendent. Puis-je lui répondre par chronique interposée que la publicité n’est qu’une technique de vente et que si ces techniciens de la réclame utilisent souvent les formes de l’art du temps, cela ne change rien au fond. Car tout est bien dans le rapport de la forme au fond. Si l’on souhaite mettre en évidence que cette forme de communication mercantile donne de l’information, j’en conviens, mais tout est porteur d’informations. Tout objet, matériel ou immatériel, du fait de son accessibilité aux sens, est porteur d’informations que notre intelligence est capable d’ordonner et de comparer pour faire sens. Mais la publicité ne peut être présentée comme simple pourvoyeuse d’informations : elle en donne si peu dans des spots … Lire la suite…

De la médiation.

Je voudrais dire ici quelques mots sur la médiation, comme Bruno, en d’autres temps, écrivit sur les liens[1] et j’en prends prétexte pour évoquer ce religieux de la renaissance, métaphysicien du XVIe siècle que l’Église immola à sa folie, à Rome, Campo de Fiori[2], à l’aube du 17 février 1600. Je suis en effet très attaché à Bruno, esprit nietzschéen (pardon pour l’anachronisme – doit-on plus justement dire que Nietzsche était nolain[3] ?) et dont l’esprit mélancolique a tout pour me plaire et m’être familier : Déclaré hérétique impénitent, entêté et obstiné, il fut condamné à la dégradation des ordres ecclésiastiques, excommunié du sein de l’Église, consumé sur le bûcher et tous ses livres publiquement brulés sur la place Saint-Pierre et mis à l’Index. Et sa proximité avec Nietzsche est forte. Giordano Bruno se présente par exemple, en titre du « Chandelier » : In tristitia hilaris, in hilaritate tristis (gai dans la tristesse, … Lire la suite…

Engagez-vous !

Le Système que nous avons construit, cette technobureaucratie[1]gonflée qui gouverne nos corps en prétendant nous tenir lieu de conscience, est aujourd’hui privé d’autorité. Le Léviathan bouffi a perdu toute mobilité. Et il se révèle totalement incapable d’assumer ce pourquoi il a été construit et de répondre ainsi aux besoins des gens, et il ne se maintient plus que grâce aux allocations et aux prébendes distribuées, et à un maillage serré des rets dans lesquels il tient les citoyens prisonniers. Et il ne faut rien en attendre ; chacun le sait. Son discrédit est immense : les inégalités n’ont jamais été aussi choquantes – car aussi peu justifiées par le talent – et la précarité progresse partout dans notre pays ; la France se voit dégradée dans tous les études, tout y coûte trop cher ; sa richesse est gaspillée, sa dette flambe ; son indépendance s’évanouit et ses valeurs ne sont plus que les … Lire la suite…

Liberté religieuse et laïcité.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme, saisie par une porteuse de niqab a débattu fin novembre de la question de l’interdiction en France du voile islamique intégral dans les lieux publics. Mais elle ne rendra sa décision qu’en 2014. Rappelons rapidement qu’une loi votée fin 2010 stipule que « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage ». La cour dira si cette disposition contrevient au droit européen, mais je m’interroge sur plusieurs points qui sont autant de sujets à chronique et à discussion. Le premier sujet est celui du droit européen. Qu’en est-il ? On pourrait penser qu’il s’agit en l’occurrence de la Constitution Européenne. Mais il n’existe pas de constitution européenne, car celle rédigée en son temps n’a pas été ratifiée, ce qui, avec du recul, est plutôt une bonne chose pour un pays singulier comme la France ; car, par exemple, cette constitution ne … Lire la suite…

Réflexions sur le trottoir.

S’il y a sujet de nature philosophique, c’est bien celui débattu cette fin de semaine à l’Assemblée Nationale : je veux parler de la prostitution. Mais ne peut-on considérer que tout sujet est saisissable, avec quelque intérêt, par la philosophie. Nos députés vont donc devoir s’exprimer sur une proposition de loi « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » et qui prévoit notamment d’en pénaliser les clients. Il s’agirait donc, si l’on comprend bien la démarche du gouvernement, de combattre indirectement le proxénétisme et de protéger les prostituées ; et comment ne pas souscrire à l’objectif : combattre le crime, en protéger les victimes. Mais pénaliser le client est-il efficace ? Personnellement, j’en doute. Faut-il interdire la prostitution ? Je défends la position inverse. Et comment comprendre la logique de tout cela ? Je la cherche et ne la trouve pas. Je ne me retrouve donc en rien dans les gesticulations d’un gouvernement aux abois. Mais avant … Lire la suite…

Bonnets rouges et képis bleus

Comment, prétendant à la « philosophique-attitude », ne pas réagir à l’actualité quand elle devient si présente et si prégnante, et quand le peuple en colère, ou du moins une partie de ce peuple coiffée d’un bonnet rouge, est dans la rue, brise des symboles de l’Etat-percepteur, chahute le Président, conteste la loi, défit le « monopole de la violence légalisée », et installe dans le pays un climat que certains qualifient trop vite d’insurrectionnel. Quand l’impôt est contesté, et avec une telle force, même localement, c’est l’Etat qui est contesté. Et face à cette situation explosive, on n’entrevoit que trois réponses politiques possibles : la violence institutionnelle, la discussion, et le pourrissement. Et l’Etat va donc jouer de tous ces leviers, en jouer comme on fait la cuisine gouvernementale, une cuisine sans grands talents : un peu de violence, mais pas trop pour ne pas envenimer la situation et ne pas obérer définitivement les chances … Lire la suite…

Méfions nous des idées.

Méfions-nous des idées ; et précisément lorsqu’elles prennent la forme d’idéaux. Et soyons vigilant sur notre propension à croire à ces idéaux et à vivre à travers eux. Car, comme le thématise justement Stirner dans L’Unique et sa propriété, cette disposition psychologique naturelle est celle d’un esprit religieux. Et, défendant personnellement une approche radicale de la laïcité dans l’espace public, je suis sensible à sa démonstration. En effet, La laïcité n’est pas pour moi le simple refus de considérer l’objet des religions, c’est-à-dire Dieu dans la polis, mais de manière plus ambitieuse le projet de construire une politique qui installe une relation différente à l’idée, une approche non religieuse des concepts. On peut par exemple interroger, avec Stirner, cette substitution républicaine du droit humain au droit divin, et sa sacralisation sous la forme des Droits de l’Homme. Car c’est bien remplacer une religion, celle de Moïse, par une autre, celle de … Lire la suite…

Arts plastiques et poésie.

L’actualité de l’art contemporain, à l’heure où la FIAC vient de fermer ses portes et où Sotheby’s et Christie’s préparent une grande manifestation à New York mi-novembre, me ramène à ces questions bateau que la philosophie a largement traitées sans néanmoins les épuiser : Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? A quoi cela sert-il ? Qui peut se prétendre artiste ? Comment distinguer le travail de l’artiste de celui de l’artisan ? Pour ma modeste part, continuant à penser que c’est l’œuvre qui fait l’artiste – même si certains pensent, au contraire, qu’une œuvre d’art n’est « qu’une » œuvre d’artiste – je crois que la question déterminante est bien celle de la production artistique comme objet et non comme processus. Qu’est-ce donc qu’une œuvre d’art ? – et aussi parce que le processus est un Mystère, au sens religieux du terme. Il me semble que c’est déjà une œuvre, c’est-à-dire une création, originale par nature, et en second … Lire la suite…

Profession d’optimisme politique.

Même si bloguer peut s’apparenter à un prêche dans le désert, je persiste avec conscience et constance à défendre des convictions qui induisent une posture politique singulière mais sincère que j’essaie, au fil de mes propos hebdomadaires, d’expliquer ; car ces convictions qui tiennent à mon histoire personnelle, mais aussi à mes intuitions métaphysiques et à ma conformation psychologique, me marquent aussi loin de la sociale démocratie – partout au pouvoir en Europe de l’Ouest, et représentée en France par le PSUMP – que des fronts totalitaires qui occupent l’espace contestataire médiatisé. Car ici, droite et gauche ne sont que deux faces de deux médailles, celle de la sociale démocratie et celle du national populisme. Et pourtant, je revendique une vision sociale et humaniste, défends la démocratie de manière radicale, le populisme s’il est assimilable au choix du peuple contre les élites, et l’idée de nation qui semble toujours d’actualité. Et … Lire la suite…