Compte rendu du pire et du meilleur

Manuel Valls nous montre cette semaine le meilleur et le pire d’un ministre, par ailleurs efficace en son poste. Et si j’évoque ainsi, par cette accroche un peu facile, et la fermeté de sa gestion des réactions islamistes à Trappes et une proposition de réduire encore la vitesse des automobilistes, c’est  que ces deux informations, sans aucun lien, font politiquement sens. Et je m’empresse donc de faire mon miel – le miel amère de la critique – de la concomitance de faits, au centre desquels s’agite l’un des ministres les plus populaires et les plus jacobins de notre gouvernement ; et par ailleurs primo-ministrable. Car selon que l’on approuve ou non ses positions, et j’avoue soutenir ici la fermeté dans les banlieues et condamner une nouvelle limitation de vitesse, on prend de toutes façon des positions fondamentales qui clivent, bien plus et bien loin du faux clivage entre des partis de … Lire la suite…

Les homosexuels sont-ils les meilleurs promoteurs de la théorie du genre ?

Une lecture anecdotique de l’actualité m’amène à m’interroger à nouveau sur ce que certains nomment « théorie du genre », et si j’y reviens ici, c’est déjà pour rappeler qu’une théorie n’est ni une profession de foi, ni l’expression pétitionnaire d’un choix doctrinaire, mais un schéma conceptuel explicatif et cohérent. Une théorie est donc bien spéculative, mais ne se borne pas à une liste d’assertions conjecturales. Elle doit proposer des concepts validables et formés pour rendre compte et analyser une réalité phénoménale ou psychologique en identifiant des relations causales, analysant des processus logiques, formalisant des lois ; justifiant ainsi une démarche « scientifique » – même si l’on parle en l’espèce de sociologie. Et cette théorie explicative clarifie en l’espèce un point essentiel : les vocables appariés d’homme et de femme rendent chacun compte de deux types d’identités, une première, naturelle, sexuelle, et une seconde, culturelle, générique. Il faut donc bien distinguer le sexe, mâle ou … Lire la suite…

Foi et raison

M’en tenant au simple sens des mots, je me définis plus facilement comme philosophant que comme philosophe – prudence ou coquetterie ? – et toujours comme mescréant, admettant trop souvent mescroire. Et de ce point de vue, je me sens proche de Montaigne que certains (qui ne le sont pas du tout) ne daignent pas appeler philosophe, et dont la philosophie est un libre syncrétisme des écoles créées par Épicure,  Zénon et Pyrrhon. Mais ne pourrait-on pas dire la même chose de Nietzsche (vrai ou faux philosophe ?) qui fut un grand et bon lecteur des Essais. Et je pourrais tout aussi justement me dire méfiant, puisque l’étymologie latine, par fidere (la confiance), nous ramène à l’idée de foi. Enfin, sur un autre registre que j’explorerai peut-être un jour moins ensoleillé, j’aurais pu choisir d’utiliser la formule de philosophe empêché. Je n’ai donc pas la foi au sens où Paul de Tarse, … Lire la suite…

Mais que font les écologistes ?

Ce n’est pas seulement l’information dramatique, prise au vol ce matin sur les ondes, mais les commentaires associés qui m’ont interpellé. Mais rappelons déjà cette consternante nouvelle. Une jeune adolescente en vacances à La Réunion a été tuée par un requin bouledogue, alors qu’elle se baignait à quelques mètres de la plage. Que dire de plus sur les faits ? Pourquoi commenter l’horreur, l’effroi que cette information peut susciter ? Comment imaginer la douleur des parents, ou s’y associer ? De ce dernier point de vue, la chose est pour moi impensable et tout ce que je pourrais écrire serait en-deçà ou à côté, donc déplacé. Je m’abstiendrai donc : incapacité à dire ou pudeur, c’est selon ce que l’on voudra bien en penser. Mais laissons cela aux journalistes qui doivent bien faire leur métier, et aux politiques qui ne peuvent laisser passer l’information, ni la relation d’un problème, sans donner l’impression qu’ils s’en … Lire la suite…

Et si le temps n’existait pas ?

Je ferme un petit livre d’un chercheur italien nommé Carlo Rovelli et titré de manière énigmatique « Et si le temps n’existait pas ? ». Ce livre, petit par la taille mais par ailleurs passionnant, avalé en quelques heures et avec gourmandise, présente sommairement et de manière très vulgarisée la théorie des boucles dont ce théoricien de la physique (avec le concours de son ami Lee Smolin) est l’inventeur. Et je ne résiste pas au désir d’écrire ces quelques lignes pour pousser ma réflexion sur cette question si complexe de la nature de l’espace, quitte à prendre l’énorme risque, en commentant ce texte, de faire quelques erreurs ; mais sur des sujets aussi pointus, chacun étant naturellement candide est pardonnable de ne pas tout comprendre et de vouloir donc rester à la surface des choses. On sait, depuis que la théorie de la relativité générale est assimilée, que l’espace-temps est un champ, assez comparable au champ électromagnétique … Lire la suite…

Revendication de la liberté de pisser debout (où il sera question de la théorie du genre)

Je me défie d’autant plus des dogmes politiques qu’ils prennent appuis sur quelques évidences difficilement contestables. C’est d’ailleurs un artifice de bonimenteur de foire, que de débiter des évidences pour extorquer l’accord du chaland, et pour ensuite, prenant appuis sur ce premier assentiment, lui vendre ce dont il n’a nul besoin, ou lui faire avaler une pilule amère ou une couillonnade habile. C’est par exemple tout l’art rhétorique d’un Besancenot. La vérité, elle, n’a  jamais besoin de fondements, se contentant d’être, et souvent évanescente ; par contre méfions-nous des architectures branlantes posées sur un socle solide. Mais venons-en plutôt à mon propos et abordons le sujet par ce qui ne devrait pas prêter à discussion. Dans les  sociétés humaines, les statuts et les places relatives des hommes et des femmes procèdent de l’histoire et prennent la forme de la tradition. Et cet habitus a pour origine déterminante le processus biologique de … Lire la suite…

J’ai regardé le soleil en face et j’y ai vu la mort

Bien qu’un usage linguistique courant mais malheureux, qui confond la mort et le néant du non-être, nous laisse penser le contraire, la mort n’est pas un état et n’a donc pas d’autre réalité que phénoménale ; car ce qui fût et qui est mort n’est plus. Et ce processus que nous connaîtrons tous sans le vivre pleinement, qui ponctue une histoire tragi-comique comme une chute dérisoire, échappe à notre conscience qui se dissout alors dans ce moment ultime de la désincarnation du moi. Nous tomberons tous un jour, et nos survivants en parleront au passé : il a chu ; et s’il fût avant de choir, il n’est plus aujourd’hui. Cette chute qui est aussi un échec de la vie, ou du moins le mat de la partie que la fortune nous propose – ce terme de mat vient d’ailleurs de l’arabe mata pour : il est mort – n’est donc, pour chacun d’entre … Lire la suite…

Le bonheur est une éthique

Si l’aptitude à être heureux procède évidemment beaucoup d’une conformation psychologique particulière – et à ce titre, on doit plutôt plaindre les mélancoliques –, le bonheur est aussi, et sans doute plus fondamentalement, une construction philosophique qui résulte d’une discipline quotidienne. Et personnellement, je crois plus à un eudémonisme dynamique stoïcien, conquérant, celui de Marc Aurèle, ou d’un Nietzche qui fait le choix de l’amor fati, qu’à l’hédonisme d’un Aristippe de Cyrène que Diogène Laërce nous décrit comme jouisseur, mais prétendant « dominer ses passions sans les éteindre tout à fait », ou qu’à la quête épicurienne d’une ataraxie fondée sur le renoncement à tous les plaisirs qui ne seraient ni naturels, ni nécessaires. Encore faut-il échapper au vrai malheur, celui du handicap physique ou de la maladie grave, de la violence politique, oppressive ou répressive, du dénuement matériel dans une société d’abondance, de la perte irréparable dont on ne peut faire … Lire la suite…

Droit de vote dès la naissance

Je viens de lire avec au moins autant d’intérêt que d’étonnement que le quotidien japonais « Nihon Keizai Shinbun » – ce quotidien économique qui publie l’indice Nikkei – proposait d’abaisser l’âge de la citoyenneté au Japon à « zéro an ». L’article, qui débute par cette accroche : « Faisons voter les bébés », suggère plus précisément, pour contrebalancer le poids trop lourd des seniors dans la vie politique d’une société japonaise très vieillissante, de donner le droit de vote dès la naissance ; à charge des parents des mineurs de moins de quinze ans de voter à leur place. On aurait pu, bien évidemment, attendre d’un média plutôt conservateur, des propositions moins radicales : abaisser simplement l’âge légal du droit de vote à dix-huit, seize ou quinze ans ; pourquoi pas quatorze ? Mais cette idée reste intéressante, car elle nous oblige, pour la considérer sérieusement, à remettre en cause quelques a priori. Remarquons incidemment que, dans nos démocraties … Lire la suite…

Qu’est-ce qu’un pacifiste ?

Prolongeant une rubrique précédente et rebondissant sur cette belle formule « Je t’aimerai si je le peux, je te tuerai si je le dois », je m’interroge, dans un contexte particulier, sur la nature du pacifisme et je veux bien tenter cette définition : un pacifiste, c’est de mon point de vue un partisan radical de la paix, capable de la défendre les armes à la main. Ce n’est donc pas tout à fait un non-violent, à moins que l’on puisse le définir comme un « non-violent, sauf en dernier ressort ». Mais qu’appelle-t-on violence ? L’insulte est-elle violence ? Et le mépris ? Présenter l’autre joue n’est-elle pas déjà violence ? Mais précisons le contexte de ce propos. L’Europe vient de décider à une majorité relative de ses états constituants, de lever l’embargo sur les armes à destination des rebelles syriens. Après la conférence de juin, des armes seront donc livrées, ce qui permettra aux djihadistes de renverser … Lire la suite…