L’Iran en révolution : quand l’Histoire revient hanter les illusions posthistoriques.

Je veux faire court… mais je me connais : ce n’est pas gagné. Surtout pour rendre compte d’un évènement géopolitique qui pourrait bien marquer cette décennie. En Iran, le peuple est dans la rue. Il écrit une histoire qui dépasse les frontières de son pays.

Rien n’est encore joué. La prudence s’impose, tant que plane le spectre d’une répression féroce des Gardiens de la révolution. Reste une inconnue majeure : l’armée régulière, deux fois et demie plus nombreuse que ces gardiens, héritiers d’une révolution aussi sanglante qu’usurpée. Si son état-major bascule du côté des manifestants, ce sera la guerre civile. Mais l’issue, dans ce cas, ne fait guère de doute.

Pourquoi l’évènement est-il à ce point important ? Parce qu’il sonne le glas des illusions posthistoriques. Notre époque, si bouleversante, si complexe à analyser, voit en effet – n’en déplaise à Fukuyama – le retour de l’histoire. Et de manière aussi surprenante, le retour de la politique, ce qui disqualifie d’ailleurs le projet européen. En effet, ce dernier était un projet – dont je parle au passé – posthistorique, apolitique. Apolitique, car convenant qu’à la volonté des hommes, il convenait de substituer les décisions des experts mises en norme par des fonctionnaires, et de remplacer les armés de militaires, par d’autres armées, de juristes, rompus aux subtilités des traités et plus largement au droit international. Fermons cette parenthèse.

Mais la politique est de retour et le peuple iranien l’incarne avec une force rare. À sa manière, plus crue et moins policée, Donald Trump en est un autre symbole. Et de ce point de vue, il est l’homme de l’avenir quand Emmanuel Macron est celui du passé. Deux caricatures, mais l’une agit et fait l’Histoire là où l’autre hésite et la regarde se faire, impuissant, sans bien comprendre ce qui se passe.

Ce qui se joue en Iran est majeur. Nous parlons d’un grand peuple, héritier d’une civilisation millénaire, éduqué, moderne, courageux, et assoiffé de liberté. Il s’agit de renverser une théocratie islamique criminelle, qui a spolié, enfermé, torturé, violé, pendu ses propres citoyens, tout en finançant des groupes terroristes — Hezbollah, Hamas, Jihad islamique, Houthis. Ces criminels doivent répondre de leurs actes, mais surtout être mis hors d’état de nuire.

Certaines voix s’élèvent pour inciter à la prudence et évoquer, à nouveau, le droit international. Mais ce droit n’existe pas. Où sont les procès de l’ONU contre les ayatollahs ? Où sont les mandats d’arrêt internationaux ? Où sont les saisies des avoirs de ces tyrans ? Et la France, si fière de son siège permanent au Conseil de sécurité, de son statut moral de gardien des droits de l’homme, où est-elle ? Pourquoi ne prend-elle aucune initiative ?

Quitte à choquer, je le dis : l’urgence n’est pas de juger ces criminels à la manière de Nuremberg, mais d’aider les Iraniens à se libérer. Pas de les « libérer » — ce serait une erreur et une insulte —, mais de leur donner les moyens de le faire eux-mêmes. Seul Donald Trump est aujourd’hui en mesure de le faire. Comment ? En jouant de la carotte et du bâton, ce qui est la meilleure façon de traiter des ânes butés.

Le bâton ? Menacer les dirigeants iraniens des foudres de l’Oncle Sam s’ils refusent de quitter le pouvoir ou s’ils répriment la rue dans le sang. L’exemple du Venezuela — où l’administration Trump a contribué à l’éviction de Maduro — montre que la menace crédible fonctionne. Quelques frappes ciblées sur les symboles du régime, le gel systématique de leurs avoirs à l’étranger…

La carotte ? Leur offrir une issue : des visas, un exil garanti (en Nouvelle-Calédonie, en Guyane — évitons Neauphle-le-château), une immunité limitée dans le temps. Pas pour en faire des citoyens français, mais pour leur sauver la mise. Leur promettre deux ans de tranquillité à l’autre bout du monde, et, accessoirement, la jouissance paisible du fruit de leurs crimes, le temps que leur peuple reprenne possession de son destin.

La vie des Iraniens est peut-être à ce prix. Mais surtout ne pas intervenir directement en Iran et surtout laisser ce peuple – un peuple multiculturel majoritairement Fars, mais aussi constitué d’Azéris, de Kurdes, d’Arabes, etc. – choisir son destin. Et leur tendre une main fraternelle, pour après. Ils la saisiront s’ils nous pensent sincères.

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