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Racisme, racialisation, racisés : quand la gauche préfère les cases aux visages

Dans une chronique récente, La politique ou l’art d’euthanasier la democratie, je tentais, par un exercice dialectique, de mettre en regard philosophie et politique en montrant comment l’une et l’autre sont sensibles à l’usage des mots. Et si je devais résumer ce développement sans y revenir, je dirais que la philosophie joue sur les mots, alors que la politique se joue des mots – quitte à en inventer de nouveaux, par nature mal définis, ou à tordre le sens des anciens. On ne répétera jamais assez la formule que l’on prête au philosophe Camus – mais que je n’ai jamais retrouvée dans son œuvre –, « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ».

Dans cette même chronique précédente, j’évoquais mon agacement devant la façon dont une certaine gauche mésuse d’un concept de racisme qu’elle banalise par un usage inconsidéré. Le racisme est ainsi devenu le couteau suisse de la gauche morale : un outil polyvalent, mais qui ne tranche plus ni franchement ni droit. Prenons un exemple de cette arnaque lexicale. Jean-Michel Apathie, figure éminente de cette gauche et expert en manipulation, déclare ainsi, « C’est l’Occident qui a inventé le racisme ». C’est évidemment tordre la vérité. Même si c’est bien en Occident qu’a été développée, au XVIIIe siècle, la notion de race. Et plus encore la théorie racialiste. De même que le mot « racisme » y apparait au tout début du siècle dernier, d’abord en France et en Angleterre. Et on peut donc dire que l’Occident a su nommer les choses. Mais le racisme est vieux comme le monde. Dire que « l’Occident a inventé le racisme », c’est comme dire que les Grecs ont inventé la pédophilie. La nouveauté c’était peut-être de l’avoir justifié et banalisé.

Autre exemple, autre contexte, autre média. Un prétendu journalise télévisuel déclare que « Les scientifiques ont démontré que les races n’existaient pas ». Encore faux ! Mais cela procède d’une méthode de communication politique, propre aux totalitarismes et que Hanna Arendt, dans les pas d’Orwell, a bien étudiée dans Du mensonge à la violence : dire un mensonge et le répéter suffisamment pour qu’il pénètre les cerveaux au point de devenir une vérité admise. Pourtant, cela reste un mensonge. Les scientifiques n’ont pas nié les races : ils ont démontré que le racialisme (la croyance en une hiérarchie biologique) était une escroquerie. Si par exemple, on retrouve de l’ADN sur la scène d’un crime, son analyse ne permettra pas d’identifier racialement le suspect. Mais dire que « la race n’existe pas » est aussi stupide que de nier les couleurs – ou les privilèges qui y sont parfois attachés.

Le racialisme n’est donc qu’une escroquerie intellectuelle. Reste que les caractères physiques existent et que l’on peut toujours classer les individus par leur taille, la couleur de leurs cheveux ou de leur peau, leur type ethnique ou racial — et que les classer, c’est déjà racialiser. Ce qui pose un problème : que faire de ceux qui échappent aux cases ? Les roux ? Les métis ? Raillant un autre exemple, Coluche déclarait d’une célèbre pop star qu’il n’était ni noir ni blanc, mais gris.

J’ai donc écrit « racialisé ». Aurais-je dû dire « racisé » ? Ce sont des termes récents, le premier, inventé dans les années soixante-dix par des chercheurs en sciences sociales – je lis, sans pouvoir le vérifier, que la sociologue Colette Guillaumin l’aurait une première fois utilisé en 72. Le wokisme en a fait un totem et un fonds de commerce juteux. Après tout, rien ne rapporte autant que la culpabilité, surtout quand on la vend en kit clé en main (formations, audits, manuels de repentance…). Mais, comme le note Jean-François Braunstein, le wokisme est une religion, avec ses tabous, ses rituels (les « formations à la diversité ») et ses inquisiteurs, grands et petits. Sauf qu’elle se prétend laïque. Et on ne peut que constater un parallèle entre le genre et la race qui sont deux constructions sociales, renvoyant à une réalité identitaire, et qui s’appuient toutes deux sur des réalités physiques : le sexe, la couleur des yeux, des cheveux, de la peau. Reprise aussi par une certaine gauche qui en a fait un terme à charge, à ranger dans le carquois militant, avec toutes ces flèches trempées dans le poison du sophisme : racisme, colonialisme, sexisme, intersectionnalité, etc. Tous ces termes étant fabriqués par des sociologues, avec une relative rigueur, et pour un usage spécifique et pédagogique. Mais la sociologie est une science molle qui accouche de concepts élastiques — des mots-valises qui s’étirent à l’infini, comme « racisé » ou « intersectionnel », pratiques pour justifier n’importe quoi. Ils peuvent donc être repris et manipulés à d’autres fins. Et on pourrait – autre débat, autre chronique restant à écrire – regretter qu’un des naufrages de notre époque soit l’abandon de la philosophie au profit de la sociologue comme cadre de la réflexion politique. Affaire de paresse intellectuelle ? Reste qu’il y a un flou sémantique créé par tous ces néologismes, qui peuvent devenir des concepts piégés. Et à trop vouloir désigner, c’est-à-dire généraliser et vulgariser des réalités complexes, on en vient à s’y perdre et à perdre chacun à dessein.

Si le sens du terme de racisme ne fait pas débat (un mépris de l’autre pour des raisons liées à son altérité raciale), si je crois avoir clarifié celui de racialiste (une théorie contredite par la biologie), reste encore les termes de racialisé et de racisé.

Être racialisé, c’est être considéré du fait de sa race ; sans qu’il y ait nécessairement de racisme au sens qui vient d’être rappelé. La discrimination positive résulte ainsi d’une démarche non pas raciste, mais s’inscrivant dans une vision racialisée de la société : La discrimination positive, c’est du racialisme en costume de charité : on essentialise les races pour « aider » les unes… en supposant qu’elles en sont incapables sans coup de pouce. Une charité qui humilie, en somme. Ce que l’on peut comprendre pour un pays comme les États-Unis où l’histoire a creusé des fossés raciaux. J’y puise un exemple concret : Un Noir américain est racialisé dès qu’il met le pied aux États-Unis (son identité est réduite à la couleur de son épiderme). Il devient racisé quand on lui refuse un logement à cause d’elle. En France, la gauche médiatique racialise tout le monde – y compris les Blancs, qu’elle transforme en « oppresseurs » par défaut.

Si les nations ont l’histoire de leur géographie, elles ont les valeurs de leur histoire. Racialiser est donc une approche sociale ou politique qui essentialise la race. Et cette racialisation est contraire à nos valeurs françaises. Et ne confondons pasle racialisme qui est une erreur dénoncée par la science et la racialisation qui est une stratégie politique – bien plus dangereuse, car elle se pare de vertus.

Être racisé, c’est donc autre chose. C’est être susceptible d’être discriminé (négativement) du fait de sa race. Mais, à bien les écouter, ce que personne ne fait en politique, pour certains, être racisé, c’est être discriminé, pour les autres seulement être susceptible de l’être.

Ce qui pourrait alors laisser entendre qu’étant tous « susceptible de », nous serions tous « de fait » racisés. Et de fait, le débat actuel, notamment porté par la gauche médiatisée, nous racialise tous, bourreaux supposés comme victimes déclarées. Et prétendre « qu’une partie de la société est racisée » racialise, de fait, cette société. Rajouter à cela l’extension du concept hors du champ du racisme, à tous les néoracismes de type « anti », on en vient à cliver la société, à la fragmenter, l’émietter, l’éclater façon puzzle. Et toujours la communautariser. Une tendance socialement mortifère – l’enterrement de la politique et du vivre ensemble – qui est le fonds de commerce des réseaux sociaux, où chaque communauté trouve son influenceur.

Jouer du concept de race (comme du concept de genre), l’instrumentaliser à des fins politiques en le sortant du champ de la sociologie, ou avec les meilleures intentions du monde (discrimination positive), conduit à racialiser notre vision de la société et le débat politique. Ce qui est un reniement de l’universalisme français — celui qui, de 1789 à 1905, a tenté de dissoudre les identités dans la citoyenneté. Un héritage encombrant, visiblement. Cet universalisme qui doit tant au christianisme, dont le liquide amniotique qui l’a nourri dans sa période prénatale était impérial et romain. Donc contraire à tout le patrimoine intellectuel français et à toutes nos valeurs. Et cet « abandon » à la sociologie est une première faute politique majeure sur laquelle on doit insister. La sociologie est devenue la théologie des temps modernes : elle produit des dogmes (l’intersectionnalité), des hérétiques (les individus insuffisamment repentants) et des excommunications (le « canceling »). Le pire ? Elle se prend pour une science.

Et on ne peut racialiser la société et les rapports humains, sans les raciser, et donner alors des justifications rationnelles au racisme. Comment les uns pourraient-ils être racisés si n’existaient pas des racistes pour le faire. Il n’y a pas de victimes sans bourreaux, d’esclaves sans maîtres, d’inférieurs sans supérieurs. Et c’est de ce point de vue qu’on peut considérer que toute politique s’engageant dans cette voie fait fausse route en attisant les haines – seconde faute.

Et puis, en manipulant le concept de racisme, surtout avec des mains sales, on fait perdre au racisme sa clarté, sa force (de destruction). On finirait par en faire une chose comme une autre, un fait avec lequel il faudrait faire. Comment peut-on parler d’antisémitisme d’atmosphère quand on garde à l’esprit et au ventre le souvenir de la Shoah ? Et c’est encore une faute.

Compte tenu de son histoire, notamment coloniale, et de ses valeurs universalistes, la France va accélérer son évolution, sans qu’il y ait de grand remplacement ethnique. Qui peut prétendre que la France de Montaigne soit la même que celle de Louis XIV ou que celle d’un Français, né en Algérie, nommé Camus. Mais la France reste la France, et tous les Français d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, gardent en partage cette histoire et ces racines : des racines celtes, la colonisation franque, l’intégration dans un empire romain très marqué par la culture grecque, le christianisme, la Réforme, la Révolution, l’Empire, etc. Autant de ruptures surpassées.

Et je vous ferai un aveu, moi qui suis amoureux de la beauté. Je trouve que ces jeunes gens, ni blancs ni noirs que notre histoire récente produit, sont souvent extrêmement beaux. La race est un leurre et j’espère que la France, malgré ses crises, et gardant ses valeurs, restera un laboratoire de l’universel, et surtout une singularité précieuse et laïque.

Regardons les choses en face : la racialisation est-elle le remède au racisme… ou son meilleur allié ?

Urnes funéraires : Comment la politique a tué la citoyenneté

Je ne vote plus. Et cela depuis de nombreuses années. Pas par paresse, mais parce que la politique est devenue un spectacle où les électeurs ne sont plus que des figurants. Voyez le drame des paysans : un suicide toutes les 36 heures. Je ne parle pas des agro-industriels qui n’ont que rarement des problèmes de fin de mois, mais des petits exploitants, étouffés par des traités comme le Mercosur, imposés malgré les promesses et les mobilisations. Rien n’y fait. Malgré tous les engagements pris par les politiques, ils vont devoir se laisser enfoncer ce traité dans la gorge, bien profond. Et tant pis s’ils en meurent, étouffés.

Je n’aime pas la politique. Pourtant je reste passionné par la philosophie politique, ouvert aux débats d’idées, très intéressé par la géopolitique. Et si je continue à suivre les campagnes électorales, c’est comme d’autres suivent la Coupe des Nations, ou l’élection de Miss France. Mais je n’aime pas la façon dont elle se pratique aujourd’hui, un mélange de The Voice et de Télé-achat, où les candidats vendent des rêves à des électeurs qui zappent entre les discours bonimenteurs. Les médias transformant chaque élection en compétition people télévisuelle : la Roue de la Fortune, version pouvoir. La fortune, bien sûr, n’est pas pour les infortunés électeurs, mais pour une minorité qui gagne toujours – tandis que la majorité paie, encore et toujours. Car c’est une loi économique simple : dans un processus qui ne produit aucune richesse, il faut que les beaucoup perdent pour que peu gagent. Les affiches et les tracts électoraux finiront donc invariablement comme les promesses imprimées dessus, à la poubelle.

Mais la raison profonde de cette désaffection des urnes, c’est l’éducation. Ou plutôt, son détournement. Nous sommes tous et depuis toujours formatés par notre éducation.

Dans l’antiquité, l’éducation était le fait des familles et de la cité. Elle était sensée produire, ici, de bons Grecs, là de bons Romains, ailleurs des Perses, des Hindous, des Gaulois, etc. Puis, avec la prise du pouvoir par le christianisme, c’est l’Église de Rome qui, en Europe, a fait l’école à nos enfants, avec ce nouvel objectif d’en faire de bons Chrétiens. Après la révolution, avec la séparation de l’Église et de l’État, le Concordat, puis le développement de la laïcité, l’éducation a été transférée à l’État. Et le magistère des maîtres a consisté, non pas à fabriquer des Chrétiens, mais des Citoyens de la République. Autre époque, où l’école républicaine prétendait fabriquer des Citoyens. Elle est close. Dorénavant, c’est le Marché qui forme les gens dans l’idée d’en faire non plus des Citoyens mais des consommateurs, si possible, addicts. Les médias privatisés, l’intelligence artificielle en soutien, et une technocratie méprisante ont remplacé la Marseillaise par des jingles publicitaires. Et, au fronton de nos écoles, notre devise nationale n’est plus qu’une réclame désuète et inopérante. Les « droits » ne sont plus des conquêtes collectives, mais des produits marketing à consommer : un droit à l’avortement constitutionnalisé, un mariage pour tous… Des acquis vendus comme des promotions, à grand renfort de pub, pour masquer l’incapacité du politique à améliorer la vie des gens.

Résultat ? Le grand remplacement : celui des citoyens par des consommateurs : de biens, de services, de droits, d’allocations, de modestes privilèges – laisser passer, j’ai une carte « handicapé » ! Une inflation de biens, souvent inutiles, toujours rapidement obsolescents, et dont la fabrication pollue l’environnement, épuise la planète, aliène nos libertés. Tout cela dans un monde réifié ; réifié, car marchand. Avec une seule idéologie « business is business ».

À terme donc, il faudra ranger les urnes de vote, quitte à les recycler pour en faire des urnes funéraires pour recueillir les cendres de la démocratie étouffée par le Marché.

En attendant, on peut toujours regarder ce cirque de loin – non par indifférence, mais par respect pour ce que la politique aurait pu être et pour les engagements militants de nos aînés.

La politique, ou l’art d’euthanasier la démocratie.

À croire que tout est fait pour éloigner les gens de la politique, comme si la démocratie était un horizon détesté par des élites qui y guettent, non pas la naissance matutinale d’un nouveau soleil émergeant d’un ciel rose comme un bébé, mais la promesse fatale d’un orage poussé par une méchante brise populiste. Qu’on me pardonne ce lyrisme un peu grandiloquent, mais qu’on retienne bien que la démocratie, comme la liberté d’ailleurs – et ça va toujours de pair –, n’est ni une conquête achevée ni une réalité figée. C’est toujours un horizon vers lequel on chemine ou auquel on tourne le dos. Les Vénézuéliens en rêvent encore. Les Iraniens, eux, l’ont choisi, au prix fort. Quant à l’Union européenne, elle a aussi fait son choix : technocratie et humanisme de papier, un concept désincarné, celui d’un monde où les économistes ont réifié les peuples et où les fonctionnaires remplacent les citoyens.

Je crois en effet que tout est fait pour valider cette idée prétendument populiste que la politique n’a plus rien à voir avec la sagesse ou la vérité. Sous l’influence de la com, et dans un monde hyper médiatisé où l’argent est roi, elle est devenue un métier de carrière, une chasse aux rentes, une pantouflade dans des institutions creuses — Hautes Autorités, Observatoires, Agences étatiques et autres coquilles vides, mais coûteuses. Et surtout, un art bonimenteur, celui de mésuser des mots pour travestir la réalité. Jamais l’opposition avec la philosophie ne m’est apparue aussi flagrante.

Héraclite pensait l’unité des contraires. Pour ce philosophe existait une loi cosmique, dialectique, dans laquelle se résolvait l’univers, une loi qui liait les contraires dans une unité logique. Et ce que j’en ai compris, c’est que lui le jour et la nuit, la vie et la mort, le bien et le mal, la liberté ou l’oppression, n’étaient qu’un seul concept, les deux versants – contraires – d’une même réalité, liés par une loi cosmique. Pas comme les côtés d’une pièce de monnaie — chaque face existant par elle-même —, mais comme les séquences d’un cycle : lumière-obscurité, naissance-mort, ou deux façons de voir une réalité. Je ne tirerai pas plus loin les conséquences de ces réflexions qui peuvent laisser penser que j’ai perdu le fil de mon discours, et je renvoie le lecteur à l’exploration des fragments qui nous restent de cette métaphysique dialectique. Mais, à cette liste, j’ajouterais une autre opposition, moins harmonieuse : sagesse-folie, vérité-mensonge. Et enfin, philosophie-politique. Et c’est là où je voulais en venir, à cette opposition dialectique.

La philosophie occidentale, qui, traditionnellement, marchait sur trois pieds – la physique/métaphysique, la logique/dialectique, la morale/l’éthique –, est, si l’on s’en tient à l’étymologie, l’amour de la sagesse. Et un philosophe, celui que Platon souhaitait voir devenir roi, est non pas un agrégé de philosophie ou un spécialiste de l’histoire des idées, mais un amant de la vérité, un praticien de la vertu. Quant aux rhéteurs, qu’ils soient philosophes ou politiques, ce ne sont que des avocats.

La politique s’est muée en un art consommé du mensonge. Tandis que la philosophie s’enlisait dans la sociologie – les fondateurs du wokisme –  ou se laissait corrompre par l’idéologie — relire tous ces philosophes ayant refusé longtemps le témoignage de Soljenitsyne —, la politique, elle, a perfectionné l’art sophistique de faire passer des vessies pour des lanternes, et celui du mésusage des mots. On le voit par exemple aujourd’hui dans cette façon qu’ont les détracteurs du projet de loi sur la fin de vie, d’assimiler l’euthanasie — « donner la mort à des malades incurables, souffrants et consentants » — au suicide.  Et j’entendais, dans un appel aux sénateurs, Philippe de Villiers accuser de « non-assistance à personne en danger », les défenseurs de l’euthanasie. Mais laisser souffrir inutilement une personne dont la douleur est telle qu’elle préfère mourir, n’est-ce pas cela la non-assistance à personne en danger ?

Même confusion sémantique quand on parle d’« euthanasier » des bovins sains, mais exposés à une épidémie de dermatose nodulaire contagieuse. Alors que la juste qualification serait celle de crime. Imaginons un instant que cette maladie soit humaine. Tuerait-on toute la famille, les voisins, les habitants du quartier ? Les humanistes, qui ne sont que des spécistes, entendant ce propos crieront à l’outrance. Pourquoi ne pas confiner ces animaux ? Investir dans un vaccin, « quoiqu’il en coûte » ? Non : la Commission européenne préfère les abattre. Parce que ces animaux ne sont pas pour elle des êtres sensibles, doués d’intelligence et d’affects. Il s’agit de données de gestion sur des tableaux, des kilogrammes de chair au prix indexé sur un marché mondial de la viande, des données comptables. Mais ces gens ne sont pas des philosophes, et pas plus des politiques, ce sont des fonctionnaires. 

Autre exemple, tout aussi édifiant : le racisme. Aujourd’hui, traiter quelqu’un d’« islamophobe » ou de raciste parce qu’il s’agace de voir des abayas ou des hijabs dans sa rue relève d’une manipulation grossière. Car ce faisant, on mélange volontairement ce qui est de l’ordre du racisme – discrimination du fait de la race, de la couleur de peau –, du religieux ou du culturel. Mais chaque personne attachée au sens des mots ne peut pas tout assimiler au racisme, sauf à ruiner ce concept en le banalisant, en le vidant de son sens, en en faisant une insulte fourre-tout, comme fasciste. Anti-Noirs, anti-Blancs, anti-Maghrébins, anti-Chinois, anti-Américains… Bientôt, on accusera de racisme ceux qui n’aiment pas les fonctionnaires. Partant de cette manipulation, le simple fait d’éprouver de l’antipathie pour un groupe de personnes, quel que soit le caractère identitaire de ce groupe, serait un racisme. On ne distingue donc plus l’indifférence critique, l’antipathie plus ou moins visible, les phobies qui, de peur (agoraphobie) sont devenues rejet puis hostilité (islamophobie). Et le racisme, qui n’est que cette idée incongrue que l’évolution aurait créé des races d’hommes plus ou moins humaines, perd de sa spécificité criminelle. S’agissant des noirs, Montesquieu met le christianisme devant ses contradictions en déclarant dans L’esprit des lois, « Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-même chrétiens ». En effet, comment considérer comme « chrétiens » des hommes traitant d’autres hommes comme des animaux ? Mais Jean-Michel Apathie, face à Florence Portelli, fait mieux sur LCI. Il déclare que, si l’expression « sale noir est du racisme », « sale blanc n’est pas du racisme, ce n’est qu’une insulte » ; et par ailleurs que « c’est l’occident qui a inventé le racisme ». Comment peut-on, à ce point, dire n’importe quoi et, ce faisant, discréditer toute la gauche ?

Quant à la différence entre religion et culture, tout est mélangé. Noël, pour moi, n’est pas une fête chrétienne, mais un héritage culturel. Je décore mon sapin, j’installe ma crèche, comme dans mon enfance, et cela ne préjuge en rien de mes convictions religieuses. Ce qui dérange dans l’abaya, ce n’est pas la foi musulmane — la laïcité française permet toutes les confessions, et c’est une richesse rare —, mais ce choix de porter ici une tenue de Bédouins, donc ce refus d’adhérer, non pas aux valeurs du christianisme, mais à la culture française. Un refus d’assimilation.

Alors, comment redonner aux Français le goût de la politique ? Tant qu’elle restera l’art du mensonge, de l’escamotage et de la manipulation sémantique, tant qu’elle tournera le dos à la philosophie, la réponse est simple : on ne les intéressera pas. En fait, tant qu’un certain type d’hommes et de femmes, formés ainsi, auront ce monopole de la représentation nationale, on ne sortira pas de l‘ornière.

L’Iran en révolution : quand l’Histoire revient hanter les illusions posthistoriques.

Je veux faire court… mais je me connais : ce n’est pas gagné. Surtout pour rendre compte d’un évènement géopolitique qui pourrait bien marquer cette décennie. En Iran, le peuple est dans la rue. Il écrit une histoire qui dépasse les frontières de son pays.

Rien n’est encore joué. La prudence s’impose, tant que plane le spectre d’une répression féroce des Gardiens de la révolution. Reste une inconnue majeure : l’armée régulière, deux fois et demie plus nombreuse que ces gardiens, héritiers d’une révolution aussi sanglante qu’usurpée. Si son état-major bascule du côté des manifestants, ce sera la guerre civile. Mais l’issue, dans ce cas, ne fait guère de doute.

Pourquoi l’évènement est-il à ce point important ? Parce qu’il sonne le glas des illusions posthistoriques. Notre époque, si bouleversante, si complexe à analyser, voit en effet – n’en déplaise à Fukuyama – le retour de l’histoire. Et de manière aussi surprenante, le retour de la politique, ce qui disqualifie d’ailleurs le projet européen. En effet, ce dernier était un projet – dont je parle au passé – posthistorique, apolitique. Apolitique, car convenant qu’à la volonté des hommes, il convenait de substituer les décisions des experts mises en norme par des fonctionnaires, et de remplacer les armés de militaires, par d’autres armées, de juristes, rompus aux subtilités des traités et plus largement au droit international. Fermons cette parenthèse.

Mais la politique est de retour et le peuple iranien l’incarne avec une force rare. À sa manière, plus crue et moins policée, Donald Trump en est un autre symbole. Et de ce point de vue, il est l’homme de l’avenir quand Emmanuel Macron est celui du passé. Deux caricatures, mais l’une agit et fait l’Histoire là où l’autre hésite et la regarde se faire, impuissant, sans bien comprendre ce qui se passe.

Ce qui se joue en Iran est majeur. Nous parlons d’un grand peuple, héritier d’une civilisation millénaire, éduqué, moderne, courageux, et assoiffé de liberté. Il s’agit de renverser une théocratie islamique criminelle, qui a spolié, enfermé, torturé, violé, pendu ses propres citoyens, tout en finançant des groupes terroristes — Hezbollah, Hamas, Jihad islamique, Houthis. Ces criminels doivent répondre de leurs actes, mais surtout être mis hors d’état de nuire.

Certaines voix s’élèvent pour inciter à la prudence et évoquer, à nouveau, le droit international. Mais ce droit n’existe pas. Où sont les procès de l’ONU contre les ayatollahs ? Où sont les mandats d’arrêt internationaux ? Où sont les saisies des avoirs de ces tyrans ? Et la France, si fière de son siège permanent au Conseil de sécurité, de son statut moral de gardien des droits de l’homme, où est-elle ? Pourquoi ne prend-elle aucune initiative ?

Quitte à choquer, je le dis : l’urgence n’est pas de juger ces criminels à la manière de Nuremberg, mais d’aider les Iraniens à se libérer. Pas de les « libérer » — ce serait une erreur et une insulte —, mais de leur donner les moyens de le faire eux-mêmes. Seul Donald Trump est aujourd’hui en mesure de le faire. Comment ? En jouant de la carotte et du bâton, ce qui est la meilleure façon de traiter des ânes butés.

Le bâton ? Menacer les dirigeants iraniens des foudres de l’Oncle Sam s’ils refusent de quitter le pouvoir ou s’ils répriment la rue dans le sang. L’exemple du Venezuela — où l’administration Trump a contribué à l’éviction de Maduro — montre que la menace crédible fonctionne. Quelques frappes ciblées sur les symboles du régime, le gel systématique de leurs avoirs à l’étranger…

La carotte ? Leur offrir une issue : des visas, un exil garanti (en Nouvelle-Calédonie, en Guyane — évitons Neauphle-le-château), une immunité limitée dans le temps. Pas pour en faire des citoyens français, mais pour leur sauver la mise. Leur promettre deux ans de tranquillité à l’autre bout du monde, et, accessoirement, la jouissance paisible du fruit de leurs crimes, le temps que leur peuple reprenne possession de son destin.

La vie des Iraniens est peut-être à ce prix. Mais surtout ne pas intervenir directement en Iran et surtout laisser ce peuple – un peuple multiculturel majoritairement Fars, mais aussi constitué d’Azéris, de Kurdes, d’Arabes, etc. – choisir son destin. Et leur tendre une main fraternelle, pour après. Ils la saisiront s’ils nous pensent sincères.

La mort n’est pas un droit, mais une nécessité humaine : pour une loi sur le suicide assisté

Pas plus que la vie, la mort n’est un droit.

Ces choses relèvent d’autre chose, d’un ordre qui nous dépasse. Je dirais, pour le plaisir de jouer sur les mots, « de l’ordre naturel des choses », d’un ordre, encore immuable et insondable, qui justifie et la philosophie et la foi religieuse – Le christianisme, d’ailleurs, reste la seule religion dont le prophète soit né de manière miraculeuse, mort d’une mort vulgaire et ignominieuse, puis ressuscité pour témoigner de l’inconcevable. Et parler d’ordre n’est qu’une autre façon de parler d’une loi universelle. Marc Aurèle, dans ses Pensées pour moi-même, le formule avec une clarté consolante : « La mort n’est rien que la dissolution des éléments dont tout être vivant se compose ; mais s’il n’y a rien de redoutable pour les éléments à se transformer continuellement, pourquoi craindrait-on le changement et la dissolution totale ? ». La mort, une décomposition qui obéit à une nécessité qui nous dépasse ; la vie, une recomposition naturelle, elle aussi nécessaire – au moins à la survie de l’espèce. « Il est dans la nature de toute chose de changer, de se modifier, de se corrompre, pour que d’autres naissent ensuite ». L’empereur-philosophe, nous offre par ailleurs une vision très « romantique » de ce qui préside à la vie « un frottement de ventre et l’éjaculation d’un liquide gluant accompagné d’un spasme ». Peut-on être plus matérialiste ?

On ne naît pas pour exprimer sa liberté, son droit ou sa « volonté d’être », afin d’en faire l’expérience jouissive. On naît parfois par hasard, comme peut germer un fruit tombé de l’arbre ; ou par la volonté d’autrui – ainsi ces poulets ou ses veaux produits industriellement. Ou encore par des naissances in vitro qui deviendront un jour la norme dans une dystopie construite par nos hauts fonctionnaires, main dans la main avec les industriels de la vie et les promoteurs du transhumanisme. Ces derniers, grisés par l’IA – une intelligence sans émotions ni conscience –, oubliant que la vie, aussi triviale soit sa production, ne se réduit pas à un processus technico-biologique. Et aucun plaisir de l’IA à concevoir ni éjaculation ni spasme.

On meurt parfois de mort accidentelle, fauché dans son élan ; ou plus naturellement, au terme d’un processus douloureux de décomposition – Cioran, dans De l’inconvénient d’être né, en parlait comme d’une « démission des organes ». Et comme je ne trouve pas de meilleure formule et de témoignage plus touchant, je le cite plus largement : « Quand mon corps me fausse compagnie, je me demande comment, avec une charogne pareille, lutter contre la démission des organes… ».

Reste alors le suicide, qui n’est qu’une option éthique pour celui qui voulait « la Vie » (avec un grand V), et qui ne se satisfait plus d’une existence réduite à la « survie », à la présence au malheur d’un corps en simple état de fonctionner. Comment, dans nos statistiques sur la durée de vie, peut-on considérer que les personnes en EHPAD sont encore en vie ?   

Les stoïciens sont les plus clairs sur cette option morale d’abréger ses souffrances. On se souvient, dans ses Entretiens, de la formule d’Épictète, un des maîtres de Marc Aurèle : « Quitter la pièce enfumée… La porte est toujours ouverte. ». Bien sûr, il faut pondérer le propos, car le stoïcisme est une doctrine nuancée qui ne se réduit pas à quelques images destinées à marquer les esprits des disciples, et Sénèque, dans ses Lettres à Lucilius, nuance longuement la question du suicide. Mais l’idée reste : le choix ultime, c’est celui de sa sortie – et c’est moins une affaire de liberté que de responsabilité.

Mais pourquoi donc parler de la mort, précisément à l’heure où chacun se souhaite, avec plus ou moins de convictions, une bonne année ? Comme si chaque premier janvier, le dieu Fatum brassait et redistribuait les cartes, nous donnant un bref instant, et entre deux verres de Champagne, l’illusion d’avoir une nouvelle main, avec quelques gros atouts. Parce que notre président, s’acquittant une fois de plus de l’exercice obligé des vœux, n’a su nous parler que de la proposition de loi n°1100/661[1] sur la fin de vie. Un sujet discuté notamment lors de la Convention citoyenne de 2022-2023, et ayant donné lieu à un texte législatif déposé à l’Assemblée, puis au Sénat. Il vise à permettre, sous conditions strictes, l’accès à une aide à mourir pour les personnes majeures, atteintes d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale, et exprimant une volonté libre et éclairée.

Et la question est trop philosophique pour que je m’abstienne d’en parler ici. D’autant plus que j’entends certains parler d’une loi sur le suicide assisté. Alors qu’il ne s’agit pas de cela. Bien malheureusement, car je continuerai à espérer une loi en ce sens, et qui permettrait à des gens en fin de vie (mais pas seulement), peut-être bien portants, de quitter dignement et proprement un monde où ils savent n’avoir plus rien à faire.

Tout est en fait dans une définition de « fin de vie » que le législateur crée à son usage, instrumentalise, afin de décréter qu’on est en fin de vie, non seulement quand on se trouve en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, mais aussi, lorsque notre pronostic vital est engagé à court terme et que notre souffrance est réfractaire aux traitements. Cette définition, sur le plan du bon sens, est très contestable.

On ne peut donc pas parler de suicide assisté, mais bien d’euthanasie. Je suis par exemple désespéré de constater qu’un agriculteur se suicide en France tous les jours (ou les deux jours), que tout le monde s’en fiche. Et qu’ils n’ont même pas droit à un suicide assisté. On préfère les laisser mourir dans l’indignité et la solitude. La vraie solution serait évidemment qu’ils ne se suicident pas, ayant trouvé des oreilles étatiques attentives à leur détresse et des intelligences étatiques efficaces et déterminées à régler leurs problèmes existentiels.  

Quant à l’euthanasie (du grec ancien euthanasía : eû, pour « bonne » et thánatos, pour « mort » –, une mort douce), il faut donc en redonner la définition : Il s’agit bien d’un acte (actif ou passif) d’un médecin qui provoque la mort d’un malade incurable et souffrant. Et je ne vois pas bien le problème si le malade est de plus conscient, éclairé et consentant. Je pense même que le refus du médecin pourrait être considéré comme une « non-assistance à personne en grande souffrance ». Les mêmes refuseraient-ils l’injection à leur chien mourant et souffrant. Reste la « clause de conscience » du médecin. Et cette seule question justifie aussi cette réflexion.

Car, en droit français, un fonctionnaire ne peut justifier, pour refuser d’appliquer la loi, d’un cas de conscience politique, donc idéologique ou religieux. La jurisprudence et les textes ne reconnaissent comme facteurs de désobéissance légitime que lorsque l’ordre est manifestement illégal ou que son exécution compromet gravement un intérêt public. C’est ce qu’on appelle la désobéissance légale. Et je ne traiterais pas là de savoir si certains juges qui n’appliquent pas la loi pour des raisons idéologiques en ont bien le droit. Mais j’ai compris que les médecins, eux, bénéficieraient d’une clause de conscience partielle leur permettant de ne pas pratiquer l’euthanasie à condition d’orienter leur patient vers un autre praticien plus respectueux du patient, de sa volonté, et acceptant de faire passer le patient écrasé par sa douleur, avant son confort moral de médecin. Mais les médecins sont souvent moins au service de leur malade, qu’à l’idée académique et catégorielle qu’ils se font de leur métier. L’euthanasie ne pose donc aucun problème moral, sauf à ce que la mort du patient soit décidée par un tiers. Mais il ne s’agirait plus alors d’euthanasie. Et j’en prendrais un exemple volontairement outrancier et assumé comme tel. L’outrance, comme l’humour moins corrosif, pouvant avoir des vertus pédagogiques.

Prenons un exemple volontairement outrancier : un patient en EHPAD, réduit à l’état de légume, mais techniquement « en vie ». Est-ce de l’euthanasie que de mettre fin à son calvaire ? Ou simplement de l’humanité ? À l’inverse, nos sociétés occidentales préfèrent entasser leurs anciens dans des « mouroirs » — pardon, des EHPAD —, où ils dépérissent dans l’indifférence. Ce n’est pas de l’euthanasie. Est-ce un crime ? À l’évidence, ce n’est pas un geste d’humanité.

En conclusion de quoi, on peut considérer que cette loi ne sera qu’une très modeste avancée de notre législation, qui, si elle passe, nous laissera pour longtemps très en retard par rapport à d’autres pays. Car la France traîne les pieds, alors que d’autres pays occidentaux ont osé franchir le pas ; et il est révélateur qu’un Président jeune, qui se prétend moderne, voire disruptif, soit à à ce point conservateur :

  • Pays-Bas : Premier pays à légaliser l’euthanasie en 2001, sous contrôle médical rigoureux.
  • Belgique : Depuis 2002, l’euthanasie est légale pour les adultes en souffrance insupportable, et depuis 2014, elle est étendue aux mineurs sous conditions strictes.
  • Canada : Depuis 2016, l’Aide médicale à mourir (AMM) est accessible aux adultes atteints de maladies graves et incurables, et depuis 2021, aux personnes dont la mort n’est pas « raisonnablement prévisible ».
  • Suisse : Le suicide assisté est toléré depuis les années 1940, via des associations comme Exit ou Dignitas, qui accompagnent les personnes en fin de vie ou souffrant de maladies incurables.

Ces pays montrent qu’une législation encadrée est possible, sans dérive. Pourtant, en France, on tergiverse. Le législateur joue sur les mots : on parle de « fin de vie » pour désigner une phase avancée ou terminale d’une maladie, ou une souffrance réfractaire aux traitements. Mais qui décide du seuil de souffrance acceptable ? Un médecin ? Un comité éthique ? L’État ?   

Ce qui se joue ici, c’est moins la question de la liberté que notre capacité à faire prévaloir des valeurs d’humanité : accepter qu’un individu qui souffre trop quitte cette « vallée de larmes » ; porter assistance à celui qui souffre ; refuser que le christianisme — ou toute autre doctrine — dicte notre droit à mettre fin à nos souffrances.

La mort n’est pas un droit. Elle est une nécessité. Et parfois, la seule issue digne.


[1]. N° 1110, projet déposé à l’Assemblée nationale ; 661, celui transmis au Sénat