Narco-État et communication : quand la France joue à la guerre sans en assumer les règles

Je n’avais ni l’intention d’en parler, ni celle de réagir aussi vite à ce nouvel incident. Pourtant, l’agacement est tel que j’ai dû noircir quelques lignes pour évacuer ma colère. Et ce n’est pas l’incident en lui-même qui m’a révolté, mais le commentaire qui l’accompagnait.

Des narcotrafiquants auraient donc franchi les grilles d’une cour d’école à Nanterre. Voici le fait divers. Et la réaction des autorités ? On découvre que la Préfecture, incapable de poster un escadron de police devant l’établissement, aurait demandé l’installation de caméras de vidéosurveillance. Sauf que c’est à la mairie d’agir… et celle-ci ne bouge pas. Alors, on est en guerre contre le narcotrafic, ou pas ?

On nous serine que la France, déjà à la traîne derrière son voisin belge, glisse chaque jour un peu plus vers le statut de narco-État. On nous martèle aussi que nous sommes « en guerre », sur notre propre sol, contre les trafiquants et contre l’islamisme radical. Sauf que c’est faux. Archifaux.

Car une entrée en guerre, ça se fait dans les règles. Conformément à l’article 16 de la Constitution, elle doit être discutée avec les présidents des assemblées parlementaires et validée par le Conseil constitutionnel. Elle doit être déclarée, solennellement, par le Président de la République, devant la nation. Elle doit déboucher sur un état d’urgence, octroyant à l’État des pouvoirs exceptionnels – comme celui d’imposer, sans tergiverser, l’installation de caméras là où la sécurité l’exige. Rapidement. Sans attendre les lenteurs administratives, les querelles de compétence ou les atermoiements politiques.

Imagine-t-on, ne serait-ce qu’une seconde, que face à une invasion russe franchissant le Rhin, le préfet se mettrait à négocier avec les mairies, les départements, les régions, et quelques associations locales pour tracer une ligne de front ? Échange de courriers, réunions interminables, déjeuners de travail… « On se voit, on en parle, on verra bien » ? Non. Parce qu’en temps de guerre, on agit. On ne discute pas.

Or, aujourd’hui, force est de constater que nous ne sommes ni en état de guerre, ni en état d’urgence. Utiliser ce vocabulaire relève donc d’une pure opération de communication. La situation est grave, critique, et exige une réaction immédiate. Comment nos dirigeants y répondent-ils ? Par de la com. Toujours de la com. Et certains osent encore prétendre qu’il ne faut pas nommer les choses, pointer les responsabilités, de peur de « stigmatiser ». « Paroles, paroles… »

La réalité, c’est que face à l’urgence, on préfère les effets d’annonce aux actes. Face à la menace, on temporise. Face à l’ennemi, on tergiverse. La guerre ? Une métaphore. L’urgence ? Un mot creux. Et pendant ce temps, les trafiquants, eux, ne perdent pas de temps en réunions.

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