Chacun est dans son demi-cercle de merde et d’entrave ; chacun sa merde

C’est une expérience non seulement exaltante, mais proprement stimulante que de découvrir un beau texte dont le fond, comme la forme qui le sert admirablement, vous remue et vous ferait presque oublier la médiocrité du monde et la vôtre propre, l’indigence de la vie intellectuelle, la stérilité de la politique. De ces trop rares moments de communion intellectuelle, on sort un peu grandi, ou du moins a-t-on l’impression d’avoir été pour un moment hissé hors du fossé, tiré de l’ornière domestique. La littérature sert d’abord à cela, nous rendre un peu meilleurs, ou nous en donner l’impression ; et l’expérience est jouissive. C’est dire que cet art qui ne peut être réduit au roman est nécessaire, car proprement politique : Hugo, Zola, France.   Je viens de refermer le livre de Joseph Ponthus « À la ligne » (c’est naturellement une de ses formules que j’utilise en accroche), ponctuant ainsi une lecture sans ponctuations. … Lire la suite…

Comme une suite

Alors que l’élection pour le renouvèlement du parlement de l’UE est engagée, je lis dans la presse l’annonce d’une « polarisation : progressiste versus nationaliste ». Cette formule est évidemment un raccourci de dépêche, mais on peut quand même s’étonner de cette présentation prétendument clivante qui, jouant avec deux concepts en les opposant, laisse ainsi penser que l’un pourrait se définir en miroir de l’autre, et pervertit ces concepts politiques déjà si contestables : d’une part l’idée de progrès qui est le moteur même de la politique, car à quoi servirait-elle si ce n’est à améliorer la situation des gens, à les faire progresser vers un mieux qu’il resterait à définir ; et cette autre question, à savoir s’il faut défendre les nations européennes, ou travailler à les fondre dans autre chose. A prendre la formule au premier degré, et c’est bien ainsi que notre inconscient collectif fonctionne, on en viendrait … Lire la suite…

Philosophie en marche

J’aurais sans doute un peu de mal à inscrire mes sympathies philosophiques dans un espace intellectuel trop étroit tant les dettes contractées ici ou là sont nombreuses. Oui, je confesse ce besoin de confronter ma pensée à plus grand que moi pour la faire progresser. Mais, même si l’exercice est difficile et que mes réponses ont pu fluctuer et fluctueront probablement encore, aujourd’hui je me risquerais à citer, sans vouloir chercher nécessairement une forme de parité, Simone Weil et Hanna Arendt, Nietzsche et Camus. Je crois leur être assez fidèle, même en revendiquant une forme de singularité, et j’entends continuer à revenir régulièrement vers eux comme on revient sur les lieux familiers de son passé. On y découvre toujours avec un peu d’étonnement quelque chose de neuf, mais sans jamais y être dépaysé. À notre époque pervertie par la com, quand l’enseignement cherche moins à former des individus autonomes et … Lire la suite…

Les besoins de l’âme

Après une pause un peu déprimante chez Houellebecq, puis-je revenir à cette question environnementale qui m’inquiète – c’est peu dire – et qui est quasiment la seule qui devrait nous préoccuper. L’humanisme, cette idéologie religieuse mortifère, nous emmène à très grande vitesse dans le mur ; ou du moins, le Marché dans sa soif irrépressible et inextinguible de profits a monétisé le monde. Mais l’humanisme est l’autre face de cette médaille religieuse, et l’idéologie droit-de-l’hommiste  est de même nature. Non ! je ne mélange pas tout. L’humanisme est un mythe qui s’est fait idéologie, comme l’équidéisme, s’il existait, et que le mot mérite alors d’être inventé pour expliquer la supériorité du cheval. Et pourquoi pas le cheval, par sa grâce, ou pourquoi pas encore l’insecte qui seul nous survivra ? Ou bien l’arbre, la rose ou l’ortie ? Ce mythe est politique, mais d’origine religieuse, judéo-chrétienne, adamique ; l’idée que nous serions tous sortis de … Lire la suite…

Sérotonine

Évidemment, on peut être gêné par cette profusion de bites et de chattes, crument nommées comme telles dans un texte dont la seule axiologie semble être définie par ces deux pôles, la seule morale être celle du désir comme propédeutique et substitut à l’amour, seul vrai luxe de la condition humaine. On peut aussi, au contraire, se réjouir d’une certaine forme de crudité et parfois d’outrance chez un écrivain qui ose s’affranchir dans la forme et sur le fond d’un politiquement correct décidément si insupportable, si nauséeux. Car Houellebecq tranche sur tant d’intellectuels semi-mondains et fortement médiatisés que son héros pointe en ces termes : « les éditorialistes et les grands témoins qui défilent comme d’inutiles marionnettes européennes, les crétins succédant aux crétins, se congratulant de la pertinence et de la moralité de leurs vues ». On peut aussi être frustré d’une écriture trop sèche qui semble parfois mal tenue, … Lire la suite…

L’humanisme, ma bête noire

Nous sommes tous un peu épicuriens – mais il faudrait évidemment s’entendre sur ce terme –, quelque part aussi stoïciens, et, comme l’écrit Bergson, nous avons tous deux philosophies, celle de Spinoza et la nôtre ; et beaucoup sont kantiens sans le savoir, comme tant d’athées que je connais sont désespérément chrétiens sans même s’en rendre compte. Et quasiment tous se prétendent humanistes, parfois la main sur le cœur, comme d’autres jurent la paume droite couchée sur la bible. Dans ce contexte, il est dur de combattre l’idéologie humaniste, mais surtout cette position antispéciste n’est pas comprise. Et j’en viens à me dire que c’est par de petits exemples que l’on peut faire la meilleure pédagogie de ce qu’est l’humanisme et faire comprendre pourquoi on peut combattre ce qui n’est qu’une idéologie comme une autre, mortifère, et pour cette raison contestable.   Je m’interrogeais, moi qui ne suis pas fumeur, sur … Lire la suite…

Lettre à Greta

L’humain me désespère, je l’ai déjà dit, écrit ici maintes fois ; et m’inquiète plus encore l’état du monde et précisément de la terre, subtil écosystème qui gravite autour d’un soleil qui se meurt en se consumant lentement. Je sais la vanité des choses, l’impermanence essentielle de l’univers et l’inconsistance d’un humain prétendument créé à l’image et à la ressemblance de dieu ; et je m’interroge toujours sur cette formule : orgueil de l’homme ou mépris pour le créateur ?  Mais restons sur terre : l’homme l’épuise et la salope avec la désinvolture d’un gamin un peu jean-foutre, un branleur, pour le dire en français compréhensible ; et chaque observateur un peu attentif à ces choses peut voir que nos jours sont comptés et que le métronome s’affole, pris d’une tachycardie heurtée. Pourtant, je ne discerne encore aucune réelle prise de conscience de l’urgence de la situation. Après une allocution vide de propositions, on nous dit … Lire la suite…

Appel à la désobéissance civile

Peu avant sa mort, Hessel écrivait dans un court texte à l’adresse des jeunes : « Indignez-vous ! » Testament salutaire qu’une jeune fille comme Greta Thunberg semble avoir entendu ; figure emblématique d’une jeunesse qui semble se réveiller et garde encore l’espoir de changer le cours des choses. Mais si cela est encourageant, c’est évidemment un peu court et ne pourra servir à quelque chose que si cela peut être prolongé. Je veux dire, politiquement… L’émotion est nécessaire, souvent salutaire, car sans émotion pas de mobilisation ; mais il faut aussi donner une forme politique à ces émotions : désir, refus, action … Dans des sociétés démocratiques, il n’y a pas lieu de réinventer la politique, le système étant le garant d’un dialogue citoyen productif d’idées nouvelles, de consensus opérants, un dialogue prometteur des changements et des ajustements nécessaires. Mais dans une société où le pouvoir n’appartient pas aux gens, mais à une élite plus … Lire la suite…

Tout réformer

La civilisation occidentale va bientôt disparaître en éteignant peut-être toute vie sur terre. Une autre façon de quitter la pièce qu’elle a inconsciemment enfumée en éteignant la lumière[i]. Mais restons optimistes, d’autres civilisations pourront encore se développer et construire un monde nouveau en recyclant des débris du passé : un restant d’humanisme judéo-chrétien, quelques bribes de philosophie gréco-latine, des références artistiques aux chefs-d’œuvre de la renaissance européenne, la prévalence de l’économie de marché, que sais-je encore… Et puis, après l’extinction de la quasi-totalité des espèces vivant sur notre planète depuis quelques millions d’années, survivront quelques végétaux, la ronce et l’ortie, et les espèces animales les plus coriaces : les insectes sans doute, peut-être l’hyène ou le rat, l’homme surement et sa prétention à avoir toujours raison. Les problèmes que nous avons inventés pour les mettre devant nous et nous condamner à terme sont non seulement globaux, mais mondiaux. C’est pourquoi un Français … Lire la suite…

En avoir ou pas ?

L’argent n’enrichit pas ; mais, dans nos sociétés, ne pas en avoir est une violence, aliène et relègue, appauvrit. Diogène était libre, car pauvre. Aujourd’hui, quel Alexandre désirerait être le philosophe de Sinope ? Le monde antique avait sa morale et cultivait la vertu. Aujourd’hui, notre morale se nomme hypocrisie et n’est trop souvent qu’une complaisance face à l’escroquerie de notre modernité. Lire la suite…