L’insoluble question du libre arbitre

Cioran, avec le l’humour qui caractérise sa prose moraliste, écrit dans « Ébauches de vertige » que « s’il y avait une solution au libre arbitre, la philosophie n’aurait aucune raison d’exister ». Cette question controversée traverse en effet et la philosophie et la théologie comme une trainée de poudre. On se souvient de la violence des échanges entre les théologiens Érasme de Rotterdam (du libre arbitre) et Martin Luther (du serf arbitre). Ce dernier, retrouvant la pensée d’Augustin, nous livre une doctrine, en quelque sorte duale. Tout d’abord, il considère que l’homme n’est pas libre, car prédisposé au mal ; un penchant-péché, originel-congénital. Et, seconde dimension, cette prédisposition ne peut être surmontée-effacée que par la foi, donc par une grâce dont l’homme ne dispose pas. L’homme, marqué dans sa chair par le mal propre à son espèce depuis les temps adamiques, ne peut donc se sauver par ses œuvres : seule la foi sauve. L’homme … Lire la suite…

Il n’y a de progrès que moral

Sans doute me faut-il m’expliquer sur cet aphorisme : « Il n’y a de progrès que moral ». Je crois que « l’homme est un projet » (autre aphorisme). C’est aussi le sens de cette ancienne formule, « Deviens qui tu es quand tu l’auras appris », une exhortation que l’on doit à Pindare, un poète lyrique du Ve siècle avant le Christ (dans cette ode, il interpelle ainsi Hiéron, tyran de Syracuse). Devoir « devenir ce que l’on est », une intuition que les philosophes comme les religions ont reprise à leur compte, et qui, pour un esprit aussi peu religieux que le mien, peut constituer toute une Mystique. Il me semble que cette invite s’adresse à l’homme en tant qu’homme, de fait, à l’humanité en tant que telle. L’homme est, ce que la tradition aristotélicienne nomme une entéléchie, non pas un être parfait, mais un être ayant en soi sa … Lire la suite…

Droit et sources des droits

Les Français qui défilent chaque samedi, qu’ils soient antivax ou bien vaccinés refusant le pass sanitaire, le font aux cris de « liberté, résistance ». La question de la liberté, bien qu’elle soit centrale, n’est pourtant pas présente dans les débats autorisés, je veux dire orchestrés par la médiacratie. Mais c’est sur la question corollaire des droits que je voulais porter un regard particulier, quitte à revenir plus tard sur ce qui se joue vraiment avec le pass sanitaire. Notre déclaration de 1789 consacre les droits de l’homme naturels et imprescriptibles. C’est une approche, non seulement intéressante, mais qui me convient bien. Je défends cette idée qu’il y aurait grand danger à jouer les apprentis sorciers et à vouloir nier ou dépasser les lois de la nature. Et ce pourrait déjà constituer un clivage politique essentiel, notamment entre deux formes d’écologie, entre les progressistes qui veulent à tout crin se confronter à … Lire la suite…

Rendons justice à Emmanuel Macron

Hier après-midi, en revenant comme d’autres samedis de la manif vannetaise, j’ai souhaité rendre hommage à Emanuel Macron et, d’une certaine manière, lui rendre justice pour son action salutaire au service de notre pays. Car enfin, ce que notre président est en train de réussir est important, et nul autre que lui n’aurait pu l’obtenir ; et il s’est engagé dans cette voie difficile en sachant que, lui pourtant jeune allait y sacrifier sa réélection et peut-être gâcher sa carrière politique.  Et il savait, en choisissant cette voie si dangereuse pour son image, qu’il ne serait pas compris et que cet énorme malentendu qu’il allait créer le recouvrirait durablement comme un linceul. Car l’homme de la rue, si prompte à céder à ses humeurs, à s’enflammer sans chercher à comprendre la subtilité du coup d’échec, un coup de maître en vérité, ne pouvait comprendre et lui rendre justice. Aussi m’appartient-il de … Lire la suite…

Écologie coercitive vs écologie libertaire

Si je reste fidèle à la philosophie, par beau et mauvais temps, c’est que c’est d’abord une éthique de la pensée et qu’étant peu rigoureux et un peu paresseux, sans doute trop faible de caractère, j’ai besoin de discipliner ma vie, donc mes pensées. Car la pensée, une fois formulée dans l’intimité de l’être, s’exprime par le dire et par le faire et façonne nos vies. L’optique est donc ici essentielle : voir, évaluer, penser. La pensée n’est d’ailleurs réellement « pensée » qu’une fois dite ou mise en action, verbalisée et incarnée. De ce fait, la philosophie, qui n’est ni l’histoire scientifique des idées, ni une forgerie de concepts considérée comme fin en soi, ni une glose sans fin sur la philosophie des autres, est une pensée morale en acte ; et de ce fait, doit appréhender le tout, et souvent par son infinité de petits bouts : les questions techniques, … Lire la suite…

LGBT, sujet léger, sujet estival

La question de la sexualité ne devrait pas faire débat, sauf à ce que nos contemporains, non contents de passer leur temps à se regarder le nombril, en soient arrivés, à force de rabaisser leurs centres d’intérêt et de toujours plus courber la tête, à ne regarder que plus bas, au niveau de leur entrecuisse. Car, ce ne devrait pas être un « problème » social dans une société de liberté et de respect des individus et de leur intimité. Chacun peut être hétérosexuel, homo, ou comme Jules César, un homme pour toutes les femmes et une femme pour tous les hommes. On peut aussi préférer son chien, sa chienne, son poisson rouge, débattre des qualités de la carotte et du concombre, être sensible au prosélytisme du missionnaire ou préférer l’exotisme tantrique. On peut être fidèle ou adepte de la diversité, être prude ou montrer son intimité sur le net ou à … Lire la suite…

Confessio philosophi

Oui, le titre est un peu pédant, mais si je pensais d’abord à Nietzche qui voyait toute philosophie comme confession d’un corps – et souvent d’un corps qui souffre –, le clin d’œil à Leibniz, la mise en mots de mon pessimisme consubstantiel et désespérant, en réponse à l’optimisme de l’auteur d’une théodicée qui m’a presque convaincu, m’a convaincu de titrer ainsi cette confession. Je viens de publier deux livres – un essai politique « Étiologie d’une décadence » et une « biographie historique de Jean Mousnier de la Montagne »–, et je pensais faire une pause ; car à quoi tout cela sert-il ? Mais, malgré ce baby blues, ou à cause de lui, je vais en entreprendre ou en reprendre deux nouveaux, un « Manuel de citoyenneté puérile » et un roman. Il me faut en effet ancrer mon âme dans une forme de réalité, faute de quoi, je ne le sais que trop … Lire la suite…

Pourquoi j’écris

Dans un texte de 1946 qu’il intitule « Pourquoi j’écris », Orwell tente de répondre à cette question en convoquant quatre raisons : l’égoïsme, c’est-à-dire la recherche d’une forme de reconnaissance, l’enthousiasme esthétique, on pourrait dire ici « l’art pour l’art », l’inspiration historienne, puis la visée politique. Et si cette présentation me trouble tant, c’est que je m’y retrouve beaucoup. Et, plus fascinant encore, il conclut ce court texte sur deux points de lucidité que je prends aussi pour moi : « Tous les écrivains sont imbus d’eux-mêmes, égoïstes et paresseux, et au plus profond de leurs motivations se cache un mystère ». Oui, pour ce qui me concerne, j’avoue volontiers être ainsi. Et il rajoute : « Lorsque je considère mon travail, je constate que c’est toujours là où je n’avais pas de visée politique que j’ai écrit des livres sans vie, que je me suis laissé prendre … Lire la suite…

La blague des valeurs

L’usage perfide et immodéré de la com et la réification du monde sont les deux causes principales de notre décadence. On parlait hier de réclame et de propagande, aujourd’hui de com ou de discours politiquement correct. Mais c’est un peu la même chose, une nouvelle forme de l’enfumage politico-médiatique, de nivellement par le bas et d’adaptation des masses au monde orwellien. C’est d’ailleurs l’objet de mon dernier livre – qu’on me laisse me faire un peu de pub : « Etiologie d’une décadence » Etiologie d’une décadence; l’acheter, c’est me soutenir. Mais là, je voulais faire écho au document bancaire que je reçois et qui évoque les valeurs de ma banque : « l’humain, la confiance et la responsabilité ». Du grand n’importe quoi, comme disent les jeunes… L’humain ? On s’étonne. Ce n’est déjà pas une valeur en tant que telle, et qui peut croire qu’une banque s’y intéresse quand l’essentiel de ses forces est tendu vers … Lire la suite…

La dance du balancier

Camus écrivait (Carnets III, 1951-1959) que « la démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Était-il « woke » avant l’heure (éveillé – wake si l’on s’en tient à l’origine anglo-saxonne du terme) ? J’entends que l’on commence à s’interroger sur ce mouvement Woke qui nous vient des milieux d’avant-garde politique états-uniens et qui précède, mais accompagne et prolonge aussi le mouvement Black Lives Matter. Essayant de m’informer sur ce qu’il est convenu d’appeler l’idéologie « woke », j’ai un peu de mal à en appréhender les limites. Car si le « mouvement » consiste à défendre les minorités opprimées, en premiers lieux les noirs en proie au racisme, les femmes inférieurement traitées et les minorités sexuelles, il me semble aussi voir émerger une « idéologie » qui viserait à défendre, mais plus encore à sacraliser et promouvoir les minorités, du seul fait de leur nature minoritaire ; et il me … Lire la suite…