Appel à la désobéissance civile

Peu avant sa mort, Hessel écrivait dans un court texte à l’adresse des jeunes : « Indignez-vous ! » Testament salutaire qu’une jeune fille comme Greta Thunberg semble avoir entendu ; figure emblématique d’une jeunesse qui semble se réveiller et garde encore l’espoir de changer le cours des choses. Mais si cela est encourageant, c’est évidemment un peu court et ne pourra servir à quelque chose que si cela peut être prolongé. Je veux dire, politiquement… L’émotion est nécessaire, souvent salutaire, car sans émotion pas de mobilisation ; mais il faut aussi donner une forme politique à ces émotions : désir, refus, action … Dans des sociétés démocratiques, il n’y a pas lieu de réinventer la politique, le système étant le garant d’un dialogue citoyen productif d’idées nouvelles, de consensus opérants, un dialogue prometteur des changements et des ajustements nécessaires. Mais dans une société où le pouvoir n’appartient pas aux gens, mais à une élite plus … Lire la suite…

Tout réformer

La civilisation occidentale va bientôt disparaître en éteignant peut-être toute vie sur terre. Une autre façon de quitter la pièce qu’elle a inconsciemment enfumée en éteignant la lumière[i]. Mais restons optimistes, d’autres civilisations pourront encore se développer et construire un monde nouveau en recyclant des débris du passé : un restant d’humanisme judéo-chrétien, quelques bribes de philosophie gréco-latine, des références artistiques aux chefs-d’œuvre de la renaissance européenne, la prévalence de l’économie de marché, que sais-je encore… Et puis, après l’extinction de la quasi-totalité des espèces vivant sur notre planète depuis quelques millions d’années, survivront quelques végétaux, la ronce et l’ortie, et les espèces animales les plus coriaces : les insectes sans doute, peut-être l’hyène ou le rat, l’homme surement et sa prétention à avoir toujours raison. Les problèmes que nous avons inventés pour les mettre devant nous et nous condamner à terme sont non seulement globaux, mais mondiaux. C’est pourquoi un Français … Lire la suite…

En avoir ou pas ?

L’argent n’enrichit pas ; mais, dans nos sociétés, ne pas en avoir est une violence, aliène et relègue, appauvrit. Diogène était libre, car pauvre. Aujourd’hui, quel Alexandre désirerait être le philosophe de Sinope ? Le monde antique avait sa morale et cultivait la vertu. Aujourd’hui, notre morale se nomme hypocrisie et n’est trop souvent qu’une complaisance face à l’escroquerie de notre modernité. Lire la suite…

On ne peut parler que de politique.

La beauté n’a pas grand-chose à voir avec un esthétisme culturel ou plus largement anthropologique. C’est plutôt la manifestation sensible ou idéelle d’une vérité indicible et inaccessible, mais qui témoigne ainsi de sa présence. C’est donc une épiphanie, l’épiphanie d’un logos impensable, car comment le fini pourrait-il penser l’infini, le périssable l’éternel, le singulier le tout ? La seule vertu consiste donc à consentir à cette vérité ; pour le dire dans les termes de Malebranche, à s’humilier – c’est-à-dire à se faire humble – devant elle.  Et je ne crois ni aux capacités cognitives humaines à comprendre la vérité ni à l’autorité médiatrice des clercs ou de l’Écriture. Et je désespère chaque jour de ne pas avoir cette grâce dont la foi témoigne. Reste à s’ouvrir à cette beauté, en regardant, de tous nos sens, la nature, ou par l’art qui tente vainement de créer un autre monde sensible, … Lire la suite…

A Alger et Paris

Peut-on opérer des rapprochements entre Alger et Paris, comparer des situations que d’aucuns qualifient de prérévolutionnaires de part et d’autre de la méditerranée ? Encore faudrait-il s’interroger sur ce qu’est une révolution, ce qui en fait l’essence ; et qui permettrait de dire qu’ici ou là, ici ou là-bas les choses en gestation sont de cet ordre. Qu’est-ce qu’une révolution, si ce n’est une redistribution radicale du pouvoir ? Oui ! si les mots ont un sens, et s’ils les ont perdus en politique, ils les gardent encore en philosophie politique – et c’est bien ce qui distingue certaines de mes chroniques de simples discours politiciens –, alors, la révolution se caractérise par sa radicalité et sa violence, une façon de tourner la page ou de claquer la porte, brutalement. Et c’est pourquoi, signe des temps nouveaux, le fait pour le candidat Macron de titrer son ouvrage programmatique « Révolution » est … Lire la suite…

A l’heure du grand enfumage

J’évoquais dans ces termes deux principes malheureusement absents de nos pratiques politiques, « d’une part la recherche permanente du consensus et surtout une certaine idée de l’horizontalité ». J’y reviens. L’un me parle de démocratie participative, l’autre de démocratie délibérative ; d’autres encore déclarent s’en tenir à la démocratie représentative. Bullshits et crottes de nez ! Pour ma part, je m’en tiendrai à mon désir de liberté et à une exigence de respect, c’est-à-dire à cette idée, probablement trop simpliste, que les gens puissent collectivement décider de ce qui leur convient, être des citoyens acteurs politiques, excuser le pléonasme ! N’en déplaise aux fossoyeurs de la démocratie et autres esprits macroniens, la démocratie est non seulement participative, délibérative, représentative par nécessité malheureuse – et rappelons avec Robespierre que « « Partout où le peuple n’exerce pas son autorité et ne manifeste pas sa volonté par lui-même, mais par des représentants, si le  corps représentatif n’est pas pur … Lire la suite…

Quant à l’économique, c’est bien le même sujet

Liberté, égalité, démocratie. Je n’ai de cesse de répéter que nos démocraties parlementaires méprisent, pour les méconnaître, les principes démocratiques les plus élémentaires. Et chaque fois que j’en reviens à ce constat désespérant, je vois les yeux de mes interlocuteurs s’arrondir sous des sourcils qui se haussent et une moue se former sur des lèvres qui semblent dire, comme si j’avais perdu la tête, « le pauvre, il recommence, le voilà reparti dans ses délires ! Pourtant, si je devais mettre deux principes en avant pour fonder l’idée de démocratie, deux principes malheureusement absents de nos pratiques, je retiendrais, d’une part la recherche permanente du consensus, mais surtout une certaine idée de l’horizontalité que j’évoquais tantôt et du partage du pouvoir, ces deux partis pris bien incarnés par le premier Robespierre[i], celui d’avant 1794.   Non seulement les gens n’ont aucune part aux décisions qui les concernent, mais les évolutions sociétales les … Lire la suite…

Retour aux sources

Je crois beaucoup à la Réforme, non pas aux réformes qui ne sont que des rustines sur une chambre pourrie et qui n’ont pas d’autre but que de « tout changer pour que rien ne change », mais à ce que je qualifie de « Réforme au sens religieux du terme » ; cette idée de revenir aux sources pour retrouver la vérité virginale d’un projet qui s’est enlisé depuis trop longtemps dans des compromis qui l’ont dénaturé, et dont on ne comprend plus le véritable sens. Il en va ainsi de notre divise nationale : liberté, égalité, fraternité ; elle mériterait d’être expliquée, commentée, débattue, et pourquoi pas dans nos lycées afin de l’on retrouve derrière les mots, l’idée, l’ambition dans sa force et sa cohérence. Mais qui souhaite ouvrir la boite de Pandore de la réflexion politique critique, surtout entre les mains des plus jeunes ? Car la formule, pour le dire trivialement, est plutôt habile, … Lire la suite…

Un texte qui dort

Rangeant mon bureau en triant les papiers qui dormaient dans leurs chemises colorées comme une belle au bois, je retrouve un essai de théologie naturelle écrit il y a plus de dix ans. Il n’avait pas alors trouvé d’éditeur et, depuis, aucun prince tenté de le sortir de son sommeil. Je le feuillette, en relis quelques pages. C’est mauvais, mal écrit, plein de fautes, et si lourd, si lourd… Que n’ai-je eu, à l’époque, un ou une ami pour me le dire et m’encourager à laisser dormir ce texte avant de le reprendre et de le réécrire complètement ! Car sur le fond, les idées présentées, les thèses défendues, sont, non seulement intéressantes, mais pertinentes. J’y évoque notamment – c’est le chapitre que j’ai sous les yeux – les principes cosmogoniques que ma sensibilité, mon expérience, m’ont permis de comprendre ou d’inventer ; une sensibilité qui doit beaucoup à l’intuition, ce … Lire la suite…

Parole de vérité

Il n’y a de vérité que dans les faits. Le reste n’est que commentaire ou opinion. Car il faut bien distinguer le fait, son énoncé, les commentaires qui de manière quasi systématique l’accompagnent et les opinions que ces faits ou ces commentaires suscitent ; tout cela mélangé dans nos incessants débats d’idées, cohabitant dans les médias ou les réseaux sociaux, vérités comme mensonges, intox, propagande et autres produits de communication.   La vérité d’un fait se réduit à son existence : un fait « est », c’est-à-dire qu’il se produit ou s’est produit pour autant qu’on le sache, ou bien n’est qu’un mythe et, en ce sens, n’est pas un fait. Une hypothèse n’étant qu’un énoncé plus ou moins prudent d’un fait qui « est » ou « fut », possiblement. Et la question de l’existence d’un fait, qui ne peut être établi que par la conjonction des sens (le constat selon Saint-Thomas) et la preuve déductive (la … Lire la suite…