La dance du balancier

Camus écrivait (Carnets III, 1951-1959) que « la démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Était-il « woke » avant l’heure (éveillé – wake si l’on s’en tient à l’origine anglo-saxonne du terme) ? J’entends que l’on commence à s’interroger sur ce mouvement Woke qui nous vient des milieux d’avant-garde politique états-uniens et qui précède, mais accompagne et prolonge aussi le mouvement Black Lives Matter. Essayant de m’informer sur ce qu’il est convenu d’appeler l’idéologie « woke », j’ai un peu de mal à en appréhender les limites. Car si le « mouvement » consiste à défendre les minorités opprimées, en premiers lieux les noirs en proie au racisme, les femmes inférieurement traitées et les minorités sexuelles, il me semble aussi voir émerger une « idéologie » qui viserait à défendre, mais plus encore à sacraliser et promouvoir les minorités, du seul fait de leur nature minoritaire ; et il me … Lire la suite…

Dieu et lui

Réponse à un philosophe qui, pour avoir rencontré Dieu, a souhaité faire un livre pour en parler ; et qui n‘a pas sollicité cette réponse qu’il ne lira d’ailleurs pas. Je veux bien croire que cette rencontre a dû bouleverser sa vie, mais nullement d’une autre. Et sa vie n’est rien, ni à l’échelle d’un temps cosmique, ni à celle de l’humanité. Que pèse un homme face à l’humanité ? Rien. Je concède que cette rencontre est le tout de sa vie, l’alpha de sa renaissance au monde et l’oméga de sa vie d’avant, vie d’ignorance et de doutes. Mais ce tout est un rien, rien pour ses frères et sœurs en humanité, un non évènement qui ne changera la vie de personne et ne fera dévier l’horrible trajectoire de l’histoire humaine d’aucune fraction de degré. Et le raconter n’apporte rien de plus, car si raconter peut être utile ou salutaire à … Lire la suite…

Un livre programmatique de Juan Branco

Je lis beaucoup, probablement trop, ou trop vite. Et si la fiction ou la poésie me servent de récréation, mon goût me ramène toujours à l’histoire et aux essais, notamment philosophiques, et la politique y tient sa juste place. Se forger un point de vue, dévoiler certaines illusions, démasquer les faux semblants et les a priori, ne sont-ce pas les premiers enjeux de la philosophie ? défendre des idées, non des candidatures, l’essence de la politique ? J’ai pu ici chroniquer quelques ouvrages, rarement. Je veux défendre le denier livre de Juan Branco, « Abattre l’ennemi », un livre formellement surprenant, mais aussi par le ton, sans doute du fait de la personnalité de son auteur, controversée : jeune homme brillant, si on le croit, promis à un avenir macronien, mais en rupture de ban. Je ne connaissais pas ce jeune avocat franco-espagnol de 32 ans, issu d’une famille d’intellectuels – famille bourgeoise intégrée des deux … Lire la suite…

Chronique de la sottise ordinaire

La philosophie est une optique, et comme c’est aussi une pratique, une éthique, c’est déjà une attention : attention portée aux gens et aux choses du quotidien et notamment les petites choses qui sont les innombrables grains de sable de la vie ; une vie comme une plage ou un désert. J’avais envie de vous parler du grand cerisier à fleurs qui, une fois par an, en cet avril prometteur qui nous ferait accroire à un bonheur possible, transforme la perspective de mon jardin, depuis les fenêtres de mon bureau, en estampe japonaise. Et si je ne connaissais pas le chat assis sous l’arbre dont le vent disperse les larmes roses, je pourrais vous dire qu’il médite dans l’immobilité du zazen. Ce qu’il fait probablement, en attendant gentiment qu’un oisillon tombe du nid, pour lui arracher la tête d’un coup de dent. Mais non ! je vous parlerai d’autre chose, de dignité, quand … Lire la suite…

La solitude qui menace les derniers hommes libres

Je lis dans une récente encyclique « épiscopapale » Fratelli Tutti (tous frères), un nouvel appel à « tourner le dos à l’individualisme moderne ». Mais rien de neuf sous la mitre, le christianisme a toujours condamné l’individualisme occidental. Ayant précédemment et longuement critiqué une précédente encyclique (laudato si’), c’était en 2016, je suis à nouveau interpellé par les propos papaux, cette « brillante rhétorique des entrepreneurs de mensonges ». Mais pourquoi faudrait-il que moi qui ne suis ni croyant ni chrétien, j’attende quelque chose du représentant d’une église qui fut criminelle et ne se repentit jamais ? Mais je souhaite au moins rassurer mon frère François sur ce point : mis à part quelques résistants à l’air irrespirable des temps, et quelques artistes, si l’homme moderne est égoïste et se moque du sort de son prochain, il n’est nullement individualiste. La grande masse humaine a effectivement de longue date, en fait depuis l’avènement du monde … Lire la suite…

Lettre au Président de la République française

Monsieur le Président,   Je vous écris une lettre, que vous lirez peut-être, mais sur un autre sujet… La presse s’est fait l’écho du projet de construction d’une Très Grande Mosquée dite Eyyub Sultan à Strasbourg et du soutien de la majorité du conseil municipal qui semble prête à participer à son financement. Et, citoyen ordinaire et inquiet de la France profonde, j’aimerais savoir si vous comptez vous saisir vraiment de ce dossier.   Je n’imagine pas que vous me répondiez que ce dossier est local, que vous n’avez pas les moyens d’intervenir, que les choses se font sans violer notre droit. Non, vous ne me répondrez pas cela, car ce dossier si sensible touche à nos valeurs, et vous avez plusieurs fois fait état de votre sensibilité aux valeurs de notre république dont vous êtes aujourd’hui le premier des magistrats et une autorité morale. Et puis, ce dossier qui … Lire la suite…

Au plan économique et politique, notre système est basé sur la consommation et sur l’uniformisation des produits et des pratiques, l’humain et son environnement étant considérés comme des produits dans un monde réifié par le Marché et l’Administration. À la globalisation du Marché fait pendant la bureaucratisation du monde, l’un et l’autre conduisant à l’uniformisation, la normalisation, la standardisation du monde. Il s’agit donc bien des deux faces de la même médaille. Et chacun devrait voir les limites de ce choix. À préférer la consommation comme système, à un système qui se contenterait de répondre aux besoins de la vie et de créer des richesses, on épuise et détruit la planète et, à moyen terme, l’homme. À tout uniformiser, on détruit le singulier, donc l’individu, au profit d’un concept d’humanité. Qu’on comprenne bien l’erreur de l’écologie politique à laquelle je ne peux adhérer : A la globalisation du Marché fait donc … Lire la suite…

Toujours la vie comme elle va

De longue date, je fais des listes, et notamment des « problèmes » à régler. Pas précisément les gros, mais ceux, suffisamment réels pour devoir être réglés avant que ma distraction, ma négligence, les rendent très « problématiques ». Je l’ai beaucoup fait dans ma vie professionnelle à tel point que j’ai pu déclarer aux cadres que j’encadrais et qui trop souvent se plaignaient d’être toujours confrontés à des problèmes, que, s’il n’y avait pas de problèmes à résoudre, il n’y aurait pas besoin de cadres pour les résoudre. Et dans ma vie personnelle, je fais de même. Aujourd’hui, je ne vous cache rien : prendre rendez-vous pour le contrôle technique de la voiture, déjà deux ans ; répondre à l’administration des impôts qui conteste une déclaration de surface habitable sur un CERFA produit après des travaux d’extension de la maison, mais sans apporter la preuve que mon calcul est faux ; renvoyer à la mutuelle une … Lire la suite…

La vie comme elle va

Je m’arrête acheter mon pain au coin de la rue, fais la queue, paye en faisant l’appoint. La gamine qui encaisse, une teenager comme disent les anglais, me jette un regard noir au-dessus du masque, et repousse avec dégout une de mes pièces jaunes. D’une voix pincée, haut perchée, vulgaire, entre violence et mépris : « Celle-là n‘est pas française ! ». Je vérifie. Je m’étais fait refiler une pièce de 5 cts de Francs. Je m’excuse par réflexe et sans avoir l’aplomb de lui répondre qu’en fait, c’est la seule française et que les autres sont européennes. En sortant, maugréant dans ma barbichette, je m’étonne qu’elle n’ait pas reconnu la piécette et je prends conscience qu’alors que j’ai presque toujours vécu avec cette monnaie, elle n’a probablement jamais vu de pièces françaises. Je n’avais pas encore suffisamment intégré que certains adultes étaient nés dans en euroland. Il faut bien le comprendre, bien le … Lire la suite…

A quoi bon philosopher ?

Je ne suis pas un philosophe et ne souhaite pas faire de la philosophie, ni ici ni ailleurs. Si, être philosophe, c’est être capable de penser sa vie et de la vivre sans concessions, alors j’en suis encore très loin, m’étant trop souvent prostitué, soit par raison, soit par faiblesse, soit par devoir. Et je ne souhaite pas faire de la philosophie comme d’autres font de la cuisine ou de la gymnastique, car c’est ici stérile. Et s’il y a vanité à croire, en religieux, il y a aussi une grande stérilité dans l’incroyance du philosophe. Car, s’il faut souvent déconstruire pour se libérer des préjugés et des fausses vérités, échapper aux évidences trompeuses, à la moraline médiatique, il faut bien aussi reconstruire, au moins pour avoir un toit où abriter son âme malmenée, sa précaire existence, mais sans s’illusionner sur la pérennité des choses ou l’objectivité des valeurs. Si … Lire la suite…