Ma peur de la violence

Nous sommes tous interpellés, touchés par la façon présente dont notre république est chahutée ; les uns furieux d’être empêchés de circuler et de vaquer librement à leurs occupations, les autres engagés ou solidaires à différents niveaux de cette mobilisation générale dont personne ne connaît l’issue. On peut être enthousiastes ou effrayés, emportés par l’hystérisation générale ou figés par la crainte ; on peut prétendre l’avoir prévu ou s’avouer sidéré par l’inattendu. De toute façon, l’évènement, ou les événements, comme on le dit pour 68 s’imposent à nous, captent l’attention, et sont l’objet de presque tous les discours. Et chacun fait écho à l’une des trois questions essentielles posées par les Gilets jaunes : justice sociale, question démocratique, transition écologique. Et chacun de s’en saisir selon sa sensibilité, sa situation personnelle, son niveau de conscience politique. Je voulais, moi, aujourd’hui et ici, évoquer la question de la violence et essayer de … Lire la suite…

Fiscalité écologique

Tout dialogue suppose un accord sur un certain nombre de préalables sémantiques, sur le sens communément entendu des mots échangés et la pertinence de certains concepts et notions. Concrètement, et pour rester encore un peu sur quelques réflexions politiques tirées par l’actualité, s’il est urgent d’avoir un débat citoyen sur cette transition écologique tellement nécessaire et urgente, je ne comprends pas, par contre, pourquoi il faudrait débattre d’une « fiscalité écologique », alors que ce concept est pervers et inacceptable en soi. En effet, si un plan de transition doit être mis sur la table, ses trois composantes principales seront : son contenu, à savoir là où l’on souhaite aller, et cela exprimé clairement – et aujourd’hui, c’est loin d’être clair –, son échéancier – je ne suis pas sûr d’avoir compris si l’on parle d’une transition qui va durer le temps de ce quinquennat, ou si c’est un plan … Lire la suite…

Illégalité et illégitimité

Je ne sais comment évoluera le mouvement des gilets jaunes et par quelles récupération ou répression il s’achèvera. Ce qui apparait déjà clairement, et tristement, c’est son essoufflement et son incapacité à se structurer et à clarifier sa ligne. Néanmoins, après « nuit debout », mouvement auquel il s’apparente et auquel il s’oppose radicalement, les choses ne pourront en rester là, et son échec créera inévitablement une énorme et dangereuse frustration. En effet, quelque chose de très puissant s’est passé, non pas une révolution, mais une révolte, et il est remarquable que cela se passe en France. J’en appelais hier au devoir de désobéissance civique et j’y reviens. Je pense que la forme la plus aboutie de citoyenneté, face à un pouvoir illégitime, c’est l’objection de conscience. Et je distingue bien illégitime et illégal. Car nos élus, évidemment, Président en tête, l’ont été de manière parfaitement légale, mais tout pouvoir, qu’il soit … Lire la suite…

Qui sème la violence finit par récolter la violence et la mort

Qui sème la violence institutionnelle voit pousser la désespérance et finit par récolter la mort et la violence. Les gouvernements qui se succèdent en France depuis de trop nombreuses décennies sèment la violence ; celui de M. Macron, sans être pire, ne fait pas autrement. Ce samedi, on en a vu le terrifiant résultat ; et je ne doute pas qu’en réponse à la violence inadmissible des casseurs, M. Castaner castagne et que le gouvernement d’Emanuel Macron poursuive dans la même voie : connivence avec les nantis, mépris des plus faibles, allégement des charges des plus fortunés, alourdissement des prélèvements des plus pauvres, démagogie permanente. On se méprend souvent sur la violence et sur l’autorité, et pour paraphraser Hannah Arendt, je rappellerai ce que la politique nous démontre malheureusement quotidiennement : Mensonge et violence sont ruine de l’autorité ; la communication commençant là où finit la com.   Augmenter la fiscalité des retraités au prétexte … Lire la suite…

Yascha Mounk, entre lumières et ombres

Les médias libéraux ne voient que par lui et font tous la promotion de son dernier ouvrage : « Le peuple contre la démocratie » ; et le Figaro d’en appeler à « l’ouvrage passionnant » ! C’est peut-être trop élogieux pour une étude qui, bien qu’extrêmement fouillée – c’est sa première qualité –, n’apporte rien de très novateur au débat d’idées qu’elle entretient néanmoins comme un combustible de qualité. Il mérite donc largement d’être lu, médité, discuté, et sans doute d’être chroniqué, car il a déjà trouvé sa place dans les ouvrages de référence. Mais ce texte, très marqué par la culture politique américaine, se découvre entre ombres et lumières.   Yascha Mounk, puisqu’il s’agit de lui, est un jeune universitaire germano-américain qui enseigne à Harvard. C’est un disciple de Francis Fukuyama, journaliste comme lui, et leurs ouvrages – je fais évidemment ce parallèle avec « La fin de l’histoire et le dernier homme » – sont, structurellement … Lire la suite…

Sans vouloir tirer sur l’ambulance

Il y a comme un problème de communication entre une partie du pays et son Président. Je n’ai de cesse de le dire, notre époque est démagogique ; et les gens, sans toujours en avoir une juste conscience, en souffrent. Toute démagogie est méprisante pour ceux auxquels elle s’adresse, car non seulement elle vise à abuser, mais elle le fait de manière perverse et condescendante.   La République fonctionne sur des fictions nécessaires, des mythes politiques structurants : le contrat social, la démocratie, l’intelligibilité des lois, la moralité de l’Etat, l’intérêt général, etc. L’une de ces fictions est qu’au jour de son investiture, le président élu devienne le Président de tous les Français. La réalité est tout autre, et la formule, prononcée rituellement par tous les élus, n’est pas performative. Et force est de pointer, dans ces circonstances particulières, les limites et les désordres institutionnels. Le Président partage l’exécutif avec son Premier … Lire la suite…

Quand l’actualité nous tient – suite et fin

La question du populisme est dans tous les médias. À la veille d’une intervention d’Emmanuel Macron qui ne pourra que décevoir et nourrir le ressentiment à son égard, les yeux des Français voient jaune quand ceux du Président voient rouge. Autre façon d’évoquer le divorce entre le peuple et les élites. Plus sérieusement, nous vivons une séquence populiste qui durera jusqu’à une forme d’explosion, car l’effet étant produit par des causes objectives qui ne vont pas disparaître, il ne peut s’éteindre comme une flammèche au vent. Le mal est enkysté, la fièvre mesurable, et même si l’on casse le thermomètre, rien ne se règlera si facilement. Et une lassitude des protestataires, une reprise en main par l’appareil d’état ne sera qu’un retour illusoire à la normale, le calme retrouvé avant la prochaine tempête. À un moment ou à un autre, les choses repartiront plus violemment, de manière plus incontrôlable encore. … Lire la suite…

Une suite repeinte en jaune fluo

On devrait pouvoir s’accorder sur la nature de la démocratie : après tout, l’étymologie fait sens et les Lumières sont assez éclairantes ; et si, pareillement, la définition du libéralisme devrait faire peu débat, il en est tout autrement pour le populisme. Sans doute parce que le terme est récent, mais surtout parce qu’il ne désigne ni un choix politique, ni un système de gouvernement, mais plutôt, comme l’humanisme ou le christianisme, une idéologie, un mouvement de pensée ; et si l’essence du christianisme est la foi, la confiance, l’espoir, le populisme est une défiance, un rejet, une forme de désespoir. Et force est de constater que cette défiance est fondée sur une profonde frustration, et de regretter qu’elle ne trouve comme réponse politique, que ce qu’il est convenu d’appeler en philosophie politique un « césarisme », par nature autoritaire. Mais sans doute faut-il aussi rappeler la définition la plus usuelle du césarisme, en précisant … Lire la suite…

Confusion langagière

Si je peste tant contre le caractère démagogique de notre époque pourrie par la com, c’est qu’à trop nommer lanterne ce qui n’est que vessie, on rend suspect le moindre propos, stérile tout débat et, ce faisant, on ruine toute possibilité de vraie relation. La presse, qui se satisfait toujours de répéter les mêmes dépêches d’agence dans les mêmes termes, est coutumière du fait et en a fait son modèle économique. Et la philosophie, science et quête d’une forme de vérité, s’enlise pareillement dans des discours faux ; à tel point qu’on peut se demander si philosopher a encore un sens. Stéphane Feye, le fondateur de Scola Nova Belgique, pointe ce problème de « confusion langagière » Conférence S. Feyeet tente d’en appréhender et l’origine, déjà ancienne, et les raisons, dont l’une est idéologique. Personnellement, je note aussi, de manière récurrente, ce problème de sémantique ; et quand c’est le devenir de la philosophie qui … Lire la suite…

Ami, as-tu du cœur ?

  Depuis des lustres, la vertu peut se condenser dans cette courte formule « avoir du cœur », mais si, pendant longtemps, avoir du cœur signifiait « avoir du courage », aujourd’hui, transvaluation qu’il faut bien attribuer au christianisme, cela signifie « avoir de la compassion », et plus encore, en demander, être une victime ou en adopter la posture. Et on pourrait être surpris de cette inversion axiologique : le héros, celui qui a du cœur, était jadis un individu courageux et fort, aujourd’hui c’est une faible victime. Et la victime, parce qu’elle est une victime et n’a donc pas à rendre de comptes, est exonérée de tout, car tout lui est dû, tout lui est, a priori, pardonné ; car comme victime, elle a déjà payé pour tout. Et c’est bien ce que Nietzsche dénonçait. On peut s’interroger sur la figure du héros dans nos sociétés occidentales. J’en vois au moins deux, mais en cherchant bien, … Lire la suite…