Deux actualités

Je m’étais promis de ne plus parler de politique, ou d’en parler moins, de m’en extraire ; aussi, parallèlement à l’écriture d’un roman qui progresse trop lentement – une façon de m’échapper de l’actualité en faisant un retour à 1984, l’année –, je préparais un court texte sur le « Socrate de Platon », comme on pourrait dire le « Jésus de Paul de Tarse », celui du chemin de Damas. Mais l’agacement étant trop grand, je veux évoquer deux actualités, sans rapport ; encore que… L’affaire Abad et la tuerie de ce jour, au Texas, et porter sur ces actualités un regard proprement « philosophique ». Socrate attendra. Oui, la philosophie est d’abord un regard, une « optique », et je rajouterai, quitte à paraphraser un peu Levinas, « une optique spirituelle » – il écrit en effet dans « Totalité et infini » que « L’éthique, déjà par elle-même, est une « optique » ; et … Lire la suite…

1er mai

La fête du travail

C’était dimanche. On peut s’étonner de cette idée de fêter le travail, donc les travailleurs. Et comme toutes les fêtes nationales, voire en l’occurrence, internationale, cette fête a plusieurs sens, même si son sens premier est de rendre hommage aux militants ouvriers : La Journée internationale des travailleurs (IWD, International Workers’ Day) fut une journée internationale de grève instaurée par la Seconde Internationale en mémoire du massacre de Haymarket Square à Chicago en 1886. Cette fête m’inspire cette réflexion : il y a toujours eu une aristocratie d’en haut et une autre d’en bas, et entre les deux, une populace et une bourgeoisie. Mais il semble bien que notre modernité ait tué l’aristocratie, celle du haut comme celle du bas. Et cette autre réflexion : le goût de la liberté, après l’honneur, caractérise l’aristocratie. Comme je l’ai déjà rappelé, notamment dans mon premier essai sur la Démocratie, c’est la loi qui crée la … Lire la suite…

Blasphème

Hier après-midi, le beau temps m’a tiré de mon quotidien et je suis allé visiter une chapelle à Tréhorenteuc (l’église Sainte-Onenne, dite du Graal), près de Paimpont en Brocéliande. La campagne était belle, toute dorée d’ajoncs et de genêts, radieuse en cet avril chaud et odorant ; la petite chapelle fraiche, sereine, attirante comme un tombeau paradoxal où la vie semblerait gésir endormie sous ses dalles de pierre. Malheureusement, il y avait des touristes, et même un bus du Calvados. Les observant, eux et d’autres, je n’ai pu m’empêcher de penser à une remarque d’Orwell – c’est dans le quai de Wigan – et les mots qui suivent sont écrits dans les années trente par un socialiste « populaire » qui se plaint d’un certain socialisme bourgeois ; oui, d’une certaine forme de « bourgeoisie populaire » qui a ruiné le socialisme et m’agace aussi un peu. Il évoque avec autant … Lire la suite…

C’est fait

Ainsi donc c’est fait, il est réélu pour cinq ans ; et ce n’est pas une surprise, tout cela était annoncé depuis de nombreux mois. Mais je voudrais réagir à un sondage qui montre qu’une large majorité de Français souhaiterait un gouvernement de cohabitation – je lis en effet que selon un sondage Opinionway pour Cnews et Europe 1, « 63 % des personnes interrogées souhaitent qu’Emmanuel Macron ne dispose pas d’une majorité et soit contraint à une cohabitation, contre 35 % qui veulent qu’il dispose d’une majorité ». Évidemment ce sondage ne fera pas l’élection de juin. Mais on voit donc, comme j’ai déjà pu le chroniquer, que l’élection présidentielle répond en partie à une logique de casting dans un monde fortement médiatisé. Un certain nombre de nos compatriotes – ils ne sont pas les seuls – voient le monde par les médias télévisés, comme un film. Et c’est encore plus … Lire la suite…

S’abstenir

Il y aura donc un second tour cette fin de semaine. Je n’y participerai pas. J’ai en effet plusieurs raisons de m’abstenir, quitte à consacrer cette journée politique à défendre la démocratie, à faire de la politique, autrement. La première raison est que voter, en l’occurrence, ne sert à rien : les jeux sont faits, les médias nous en ont rebattu les oreilles jusqu’à nous en convaincre ; et les résultats du premier tout montrent que, pour l’essentiel, ils ne se trompent pas. Et puis (seconde raison), cette façon honteuse dont les médias, entre les deux tours, ont appelé à voter pour Emmanuel Macron … Trop, c’est trop ! Et puis encore, M. Mélenchon l’a dit assez justement, c’est bien le troisième tour qui compte ; Mais surtout, et qui me lit le sait, je défends, comme ultime arme politique, comme ultime réponse démocratique face à ce que Michel Onfray nomme le parti unique, … Lire la suite…

Une élection pour quoi ?

On pourra se passer de lire la présente chronique. Car je n’ai rien à dire de cette nouvelle élection présidentielle tant elle m’inspire peu. Je m’interroge simplement sur le sens de tout cela. On nous a expliqué depuis des mois qu’à l’issue du premier tour, on retrouverait les deux mêmes que la fois dernière : des heures de discours sur toutes les chaînes pour nous l’expliquer. C’est fait. Ce vote, couteux à organiser, n’a donc servi à rien ; il suffisait de qualifier les sondeurs et de s’en tenir à leurs dires. Ceux qui se sont déplacés l’ont donc fait inutilement. Avec ou sans eux, c’était pareil.  On nous annonce qu’Emmanuel Macron va gagner dans une semaine, bien qu’il n’ait annoncé aucun programme, mais des promesses contradictoires. Nous n’avons aucune raison d’en douter. Reste à savoir si l’écart sera plus ou moins grand. Mais ça changera quoi ? Reste le troisième tour. Mais … Lire la suite…

Massacre à Boutcha

J’ai vu comme chacun les images des massacres de Boutcha. Si je n’avais pas peur d’être mal compris, compris à l’envers, je dirai que ce type d’horreur n’appelle aucun commentaire tant la chose et les sentiments qu’elle provoque sont indicibles. Il n’y a pas de mots, de formules pour rendre compte d’une telle horreur. La guerre est évidemment toujours une saloperie, et de tels crimes ont été commis de tout temps par toutes les armées du monde. Mais on croyait que le monde avait changé que le souvenir des temps de barbarie pourrait s’effacer. Non, décidément, je ne trouve pas mes mots. Reste à espérer que la justice passe et juge les armées ayant commis délibérément de tels massacres de civils, au moins depuis les cinquante dernières années afin de faire comparaitre les commandements militaires russe, américain, israélien, etc. (la liste est tristement longue).    Lire la suite…

Une élection à trois tours

Si les commentateurs conviennent que le premier tour est déjà plié, comme si l’actualité en imposait le résultat, à savoir que l’électeur devrait s’y plier, ils se focalisent surtout sur le second, mais en oubliant le troisième, le seul décisif. De fait, la classe médiatique en est restée au temps des partis, cette époque défunte où la politique était faite par des partis politiques qui se distribuaient ou s’échangeaient postes et pouvoir. Mais ce temps n’est plus, je l’ai assez dit ici. Après la fin sans retour possible du PS, avec l’agonie de LR, il nous faut bien convenir que nous avons changé d’époque. Dans l’ancien monde, on savait que le Président élu n’aurait aucun mal à trouver sa majorité. Ce fut d’ailleurs l’une des raisons de la modification constitutionnelle de 2000 : éviter l’alternance. Et cette réforme, qui correspondit à une présidentialisation du régime, répondait surtout à une logique imparable. … Lire la suite…

Zemmour ne peut gagner !

Nous serions, paraît-il, en période d’élection présidentielle ; un moment précieux et institutionnalisé pour débattre. Mais chacun, considérant cette élection déjà « pliée », préfère s’investir ailleurs. Tans pis pour les candidats condamnés à faire banquette pendant que le roi s’agite. Il serait nu si les médias ne lui taillaient pas quotidiennement le costume repassé de la fonction. Et si je pensais plus précisément à Éric Zemmour, c’est en retrouvant au plus haut de ma bibliothèque – on sait que les plus hautes étagères sont les moins visitées – un recueil de « Chants Populaires pour les Écoles », une édition de 1899 et qui porte à l’encre violette le sceau carré de « l’École annexe de l’École Normale d’Instituteurs de La Roche-sur-Yon ». Par quel hasard ? J’ouvre, parcours et, à défaut de chantonner les partitions, lis la poésie de Maurice Bouchor – un Bouchor dont Wikipedia me confirme l’existence posthume. J’imagine donc que les vers qui … Lire la suite…

Le racialisme de Lilian Thuram

Prolongeons les deux précédentes chroniques. Essuyant ce matin d’un regard léger les étals de l’espace-livre de mon supermarché, je tombe sur l’ouvrage de Lilian Thuram « La pensée blanche » https://livre.fnac.com/a13662289/Lilian-Thuram-La-pensee-blanche– un livre que je ne souhaite pas commenter, car je ne l’ai pas lu, privilégiant d’autres urgences. Mais ce titre me fait néanmoins réagir : il n’y a pas pensée blanche. Par contre, il existe bien une pensée occidentale (une idéologie) dont on peut penser qu’elle pose problème, étant factrice épistémologique de dominations. Mais parler de pensée blanche, c’est comme, s’agissant du confucianisme, de parler de pensée jaune. Et si l’on devait qualifier cette « pensée blanche » plus justement, il faudrait évoquer une pensée judéo-chrétienne ; ou, pourquoi pas, humaniste, et en pointer alors d’un doigt accusateur le spécisme, l’universalisme, le machisme, un rationalisme étroit, une propension au racisme et à l’antisémitisme (qu’il s’agisse ici des enfants d’Ismaël ou de Jacob). Car dénoncer le … Lire la suite…