Quelques milliards de chinois

La seule question politique qui vaille est la question démocratique, c’est-à-dire celle de nos libertés. Hannah Arndt le dit en ces termes : « La plus ancienne de toutes les causes, celle, en réalité, qui depuis les débuts de notre histoire détermine l’existence même de la politique : la cause de la liberté face à la tyrannie. » Non pas la question des libertés publiques, mais bien celle des libertés individuelles. Et si je dois parler moins, moins m’activer demain – de toute façon, à quoi ça sert ? –  je veux n’être plus que cela, ne plus exister dans le champ social, si ce n’est comme défenseur de ces libertés ; n’être donc plus qu’une voix, un murmure, quitte à tout céder à cela : mon confort, ma sécurité. Que m’importe ma petite vie si l’on me vole ma liberté. Dutronc le chantait jadis avec les mots de Lanzmann : Sept cent millions de Chinois, et moi, … Lire la suite…

Une escroquerie parmi tant d’autres

Observant le travail de fourmis de la Commission européenne, je me disais que la grande escroquerie politique, c’est de nous faire croire que la mission naturelle d’un gouvernement serait de servir le Marché pour qu’il crée des emplois et garantisse à la majorité un esclavage de survie ; cette création étant considérée comme une fin en soi, et sa promesse justifiant tous les renoncements moraux. Ici, Pacte de stabilité et de croissance, là, de compétitivité, ces pactes n’étant que des pacs contre nature entre le Politique et le Marché, mêmement mus par une idéologie mortifère : l’économisme.   Faire système J’en ai après le Marché, c’est vrai, cette grande roue qui nous moud et nous infantilise, et n’ai jamais aimé l’État, ce mal nécessaire. Car je crains tout ce qui fait système. Faire système ou faire corps, pour le dire en termes spinoziste, c’est d’abord être au service de soi, de sa … Lire la suite…

Confession libérale

Restons sur ce chapitre politique. J’assume d’être un penseur libéral, c’est-à-dire un opposant résolu et engagé au néolibéralisme économique ; et c’est bien à ce titre que je défendais ici récemment le Règlement Européen sur la Protection des Données personnelles, comme je défends chaque fois que l’occasion m’en est donnée ou que l’envie m’en prend, toute règlementation qui se donne comme fin de protéger nos libertés individuelles. Car, précisons ces deux points, ce sont bien les gens qui m’intéressent, pas le peuple ou la nation, pas des types réduits à leurs caractères taxinomiques ; et ce sont bien leurs libertés individuelles qui m’importent, celles qui se vivent au quotidien. Le collectif ne m’intéressant que comme collectif d’individus autonomes et censément sensibles et censés. Pour un libéral, et cela peut en constituer une excellente et simple définition, une bonne règlementation est donc celle qui protège très concrètement une liberté menacée par un tiers, … Lire la suite…

La politique, jamais très loin de la philosophie

Si le travail philosophique a pris une très grande place dans ma vie, la question politique m’intéresse autant ; et, pratiquant l’une et l’autre pareillement, de manière passionnée et outrancière, c’est-à-dire nietzschéenne, la philosophie politique est logiquement un de mes sujets de réflexion favori. Et toujours en prenant ces positions paradoxales qui me rendent un peu difficile à suivre par ceux qui préfèrent les choses simples, les classifications binaires : d’un côté les croyants, de l’autre les athées, ici les matérialistes et là ceux qui pensent que l’esprit survit à la désorganisation de la matière, à droite les uns et à gauche les autres.   Donc, bien que mes obsessions existentielles ne me quittent pas, que les questions morales me travaillent toujours autant, je ne veux aujourd’hui ni chroniquer, par une mise en abime, l’ontologie de la vérité, ni évoquer à nouveau les fondements anthropologiques de la morale. Non ! je veux évoquer … Lire la suite…

Écrire contre la philosophie

Il y a quelque chose de désespérant et de funeste en l’homme, et parmi tout ce qu’on y trouve, tout ce que le concept d’humanité charrie, il y a des jours d’humeur morose où je doute d’avoir vraiment envie d’en sauver quelque chose. Bien sûr, il y a aussi des jours de fêtes et qui se donnent comme tels dès les premières heures de l’aube, dans un ciel lavé, propre, d’une pâleur bleutée à peine mouillée de rose. Mais, même alors, sans me refuser à ce bonheur puéril, éternellement neuf dans ses trop rares occurrences, la foi en l’homme me reste étrangère. Car, profondément, je ne crois pas, ou n’y crois plus, mais y-ai-je vraiment cru un jour ? ; même à cette époque lointaine quand, gamin exalté et probablement travaillé de flux hormonaux dont je ne percevais alors ni l’existence, ni tout ce qu’ils devaient à une indépassable biochimie des corps, … Lire la suite…

Le clash des civilisations

Tant une certaine droite qu’une certaine gauche, et pas seulement islamophobes, se sont inquiétées d’une possible guerre de civilisations, reprenant, sans toujours bien les connaître, les thèses contestées de Samuel Huntington. Un « clash » de cette nature – et il faudrait s’entendre sur ce dont on parle – pourrait avoir lieu, à moins qu’il ne soit déjà à l’œuvre ; mais si guerre il devait y avoir, elle ne serait pas de type clausewitzien. Encore que … Et serait plutôt à imaginer entre l’Occident et l’Orient. Car presque tout oppose ces deux ensembles qui dérivent culturellement l’un et l’autre ; comme des plaques tectoniques qui glissent sur un magma mouvant viennent se heurter, se frotter ou se chevaucher, créant des tensions titanesques à peine consommées par des éruptions volcaniques. Et je ne suis pas sûr que l’économie de marché puisse suffire à les accorder, les pacifier, et à réduire durablement les tensions. Cinquantenaire … Lire la suite…

Le citoyen, une espèce en voie de disparation

La seule question politique qui mérite d’être posée est celle de la démocratie, donc, d’une manière corolaire, de la laïcité. Si la démocratie, c’est bien le gouvernement du peuple par le peuple, alors force est de constater que, non seulement nous n’en sommes pas là, mais nous n’en prenons pas le chemin. Et on ne peut l’expliquer sans dénoncer la collusion entre la classe politique, la bureaucratie étatique et le Marché, collusion pour éloigner les gens du pouvoir et ruiner la citoyenneté. Ce que nous appelons faussement démocratie est devenu une fabrique à consommateurs de biens, de services, de soins et de sécurité, et, disons-le, de droits. Société de consommation ou démocratie, il faut choisir ; car on ne peut à la fois être consommateur addict et citoyen engagé. Il faut choisir entre droits et devoirs, soumission et responsabilité, avachissement et vertu. Le Marché a un besoin vital de consommateurs solvables … Lire la suite…

Magie de Noël

Noël reste pour moi une fête problématique, non parce que sa dimension symbolique serait oubliée, même si le Marché l’a effectivement réduite à une occasion rituelle, quelque part entre Halloween et les Rois, de consommer, c’est-à-dire de faire tourner la grande roue du commerce, le grand pressoir à consommateurs. Tant qu’on peut en extraire du jus… Non pas…. Mais Noël reste problématique si l’on s’en tient justement au folklore, à ces symboles qui restent confus, et dont l’abus les rend peu lisibles.   Le christianisme est une religion de signes et de mystères, une religion qui garde aussi de son origine sectaire une dimension ésotérique. Mais elle est si chargée de signes cachés, ses textes sont si obscurs, qu’il est toujours possible d’en saisir un – signe ou texte –, de le tordre un peu, et de lui faire dire n’importe quoi ; et sans que ce n’importe quoi cesse, dans … Lire la suite…

Décadence

Dans un recueil de textes déjà anciens : « Un candide à sa fenêtre », Régis Debray nous dit que « L’obscurantisme, aujourd’hui, a deux versants : le juridisme et l’économisme. Il fait bon marché de tout ce qui résiste à la mise à plat uniformisante du marché et du règlement. Soit les deux superstitions dont l’Europe a fait sa religion officielle ». Comment ne pas souscrire à cette analyse et contester ce vaste mouvement d’uniformisation, d’appauvrissement et de déshumanisation du monde ? Comment nier la prégnance de cette idéologie de l’uniforme, ou ne pas être effrayé de cette construction d’un monde « totalisant » – pour reprendre cette formule d’Edgar Morin qui parlait dans la même logique de la technobureaucratie contemporaine ? Idéologie que moi, outrancier décomplexé et prompt au raccourci, je nomme totalitaire. Car il s’agit bien, d’une manière insidieuse, subreptice, de nous empêcher d’être ce que l’on est, de vivre suivant notre choix ou notre goût. … Lire la suite…

Humeur

Je ne suis pas toujours aussi assidu que je le devrais à ce blog, mais mon travail d’écriture, ininterrompu, peut parfois, et sur des périodes assez longues, me retenir ailleurs ; me tenir à autre chose, un livre par exemple qui paraitra sans doute un jour. Mais je continue à vivre sous la même discipline simple et salutaire, une exigence spirituelle qui me permet d’être ce que je suis et de répondre à ma conformation psychologique : lire et écrire. Et ces deux disciplines participent de la même éthique et d’un reste de plaisir d’être encore. Et je voudrais pouvoir tout céder à ce penchant, sans autre morale, car je sais qu’il s’y joue aussi quelque chose d’essentiel – et d’aussi simple qu’un équilibre qu’il me faut à tout prix tenir, au risque de tomber et de ne pas me relever. Nécessité autant que plaisir, et qui me conduisent à me ressourcer … Lire la suite…