L’humilité du mescréant.

Quoi de plus humble que celui qui avoue manquer de croyance – et sur ce point, ne pas croire n’est nullement assimilable à ne croire en rien –, et qui admet savoir encore moins, qui n’a donc sur tous domaines aucune certitude, aucune prétention, aucun propos rassurants à formuler. Cet homme évite l’écueil du parler fort, échappe à la tentation des propos péremptoires ou définitifs. Et s’il ne peut prendre le risque d’évacuer l’hypothèse divine, il se présente devant le mystère avec une totale humilité.

Quoi de plus désemparé que celui qui avoue manquer de croyance car, en réponse à ses doutes, il ne peut trouver aucune réponse qui lui permettrait de justifier ses choix éthiques, d’assurer son pas, de se conforter sur la route à suivre. Il sent bien la présence forte mais douce du Tout, écoute, en guette les manifestations, cherche les signes, mais seul le souffle du vent, tantôt câlin souvent violent, lui répond. Nulle parole dans le sifflement doux du vent qui se lève, nul conseil audible dans le frémissement des feuilles, nulle mise en garde dans les cris rares des oiseaux au silence irréel d’une aube marine, nul message dans le chuintement de la vague qui meurt sur la plage, aspirée par le sable. Une solitude de rêve, une liberté terrifiante …

N’est-ce-pas Aristote qui disait que l’homme solidaire est un Dieu ou une bête[1] ?

 



[1]. Je retrouve la citation dans la Politique d’Aristote : « Il est manifeste que l’homme est par nature un animal politique, et que celui qui est hors de la cité, naturellement bien sûr, et non par hasard, est soit un être dégradé, soit un être surhumain. »

 

2 comments on “L’humilité du mescréant.

  1. L’humilité, à mes yeux, est un signe d’intelligence. Comment d’ailleurs peut-on, avoir des certitudes ? l’être humain admet difficilement de ne pas avoir de réponses, dans quelques domaines que ce soit, essayant toujours de trouver des explications à tout. Le côté positif c’est que sa soif de connaissances lui permet d’explorer et de faire des découvertes, notamment sur le plan scientifique. Mais un scientifique « honnête » doit toujours douter sur l’aboutissement de ces conclusions, et être conscient que, parfois, une découverte peut se trouver contredite quelques…. années plus tard. Il en est effectivement de même pour l’existence de Dieu. Je suis toujours perplexe sur les croyances « péremptoires » qui par manque de doute, dérivent vers l’intolérance. L’humilité devrait peut-être conduire l’humanité vers une plus grande sagesse.

    J’ai découvert votre blog par l’intermédiaire d’amis communs Joël et Chantal LEMAINE, j’apprécie beaucoup vos analyses, et ce qui m’a tout de suite séduite c’est, justement l’humilité de vos démonstrations.
    N’ayant pas une formation philosophique universitaire, j’avoue que, parfois certains passages sont ardus, mais dans l’ensemble, j’en retire un bénéfice intellectuel positif, merci pour vos exposés pleins …… d’une humble clairvoyance .
    Je suis également en train de lire votre livre « considérations diverses » que nos amis m’ont prêté.

    • Pour quelqu’un qui a le gout d’écrire, la passion de la philosophie, l’envie de partager (ici des doutes), une rencontre est toujours chose importante. A vous lire, je n’ai nullement l’impression d’avoir été mal lu ou mal compris, et je ne sais à qui, du scripteur-blogueur ou de la lectrice-surfeuse, en revient le mérite. Je suis bien conscient de la difficulté relative d’un texte philosophique. La philosophie est un regard singulier porté sur les choses, mais c’est aussi une discipline qui a ses règles, son langage – souvent un peu daté -, ses cadres de références, qui jongle avec des concepts qui renvoient à un système ou à une pensée. Il suffit d’écouter mêmement un joueur de golf ou un régatier parler de leur art pour se sentir disqualifié par des termes qu’on ne maitrise pas, et percevoir cette frontière insidieuse entre les adeptes et les autres. Mais je pense qu’avec un peu d’effort, on peut aisément passer l’obstacle, et pour ma part, j’essaye de ne pas faire compliquer quand je peux m’expliquer clairement, et si j’ai l’impression qu’une phrase ou qu’un mot n’apporte rien au propos, j’en fait l’économie. Mais la réflexion philosophique progresse à l’amble lent des chameaux : Elle balance de droite et de gauche, entre doute et certitude, une chose et son contraire, et roule et tangue dans le silence d’un désert qu’on aurait tort de croire stérile. Il faut donc en accepter le rythme, et la forme. Pour ce qui est des citations, et je connais mon côté « citateur compulsif », c’est d’abord la reconnaissance d’une dette envers des maîtres, mais c’est aussi une invite faite à mon lecteur d’y aller voir et de prolonger une réflexion. Car les « vrais » philosophes ne sont pas lus et d’ailleurs plus toujours édités. Trouver un livre de Jean GRENIER ou certains ouvrages d’Erich FROMM ou d’Edgar MORIN, n’est pas ou plus possible, même sur Amazon. Mais je pense que la toile peut quelquefois, mais trop partiellement, donner quelques explications et nourrir une curiosité intellectuelle que je sens chez vous, évidente, derrière la qualité de votre écriture. Merci pour cette adhésion à la mescréance. Bonjour à Chantal et Joël qui bronzent au soleil du Bassin.

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