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Reprendre la main.

Comment ne pas être choqué et interpellé par les violences de rue dont nos médias nous rendent compte ad nauseam depuis que les lycéens manifestent ? Il y a des blessés de chaque côté, peut-être demain un accident mortel. Et des dégradations sans nombres qui, demain, devront être payées par des contribuables déjà bien trop imposés. Je n’aime pas réagir à chaud – et là c’est vraiment chaud –, préférant prendre le temps de la réflexion, d’une véritable analyse. Mais c’est trop. Chaque jour, dans un contexte où l’État montre de plus en plus son impuissance, le pays glisse lentement vers une guerre civile, comme si la chose était inéluctable et que personne ne pouvait rien y faire.   

Ce ne sont pas les manifestations lycéennes, que je comprends mal, que je veux commenter. Pas plus que les violences urbaines qui les accompagnent. En remarquant qu’elles ne sont pas seulement le fait de lycéens – qui souvent ne font que suivre, se défouler, jouer à se faire peur sans vraiment comprendre qu’ils risquent d’y perdre un œil ou une main – et qu’elles sont instrumentalisées par une certaine gauche irresponsable qui souffle sur les braises. Ce qui justifie cette chronique, c’est l’absence de réaction d’un État déliquescent.

Aux revendications des lycéens, il faut évidemment répondre par le dialogue, la nomination d’un médiateur et la mise en place d’un processus de concertation ; et rapidement des engagements clairs. Aux violences urbaines, il faut aussi répondre. Par le rappel à l’ordre, la fermeté ; osons le mot, la répression. Mais pour tout cela encore faudrait-il que l’État en soit capable. J’écris depuis longtemps – mais qui ne le dit pas ? – que notre État est en faillite. Alain Bauer disait hier sur une chaîne que l’État n’existait plus et qu’aucune administration ne marchait. Je souscris pleinement à son analyse. D’ailleurs, il n’y a plus d’État et il n’y a plus de Chef de l’État. Où est-il en ces moments prérévolutionnaire ? Parti à Baden-Baden ou en d’autres lieux consulter l’armée. L’absence du Général, en mai 1968, n’avait duré que quelques heures avant qu’il ne revienne à Paris et reprenne les choses en main. Il avait aussi déclaré : « Si cette situation de force se maintient, je devrais pour maintenir la République conformément à la Constitution prendre d’autres voies que le scrutin immédiat du pays ». Il pensait à l’article 16 de la Constitution qui, en de tels cas, lui permettait de déclarer l’état d’urgence et de disposer de pouvoirs exceptionnels. Mais Emmanuel Macron est d’une autre envergure et préfère jouir, en touriste, de son statut et de son impuissance.

Il faudrait donc aujourd’hui éteindre l’incendie avant que tout s’embrase, en renouant le dialogue – le ministre de l’Éducation nationale s’y emploie avec maladresse –, et en cassant la dynamique des casseurs – le ministre de l’Intérieur est en première ligne. Mais où sont les figures d’autorité ? Les parents laissent faire, Le Cornu n’est pas Pompidou et se tait, Macron n’est pas de Gaulle et voyage.

Et puis, tout de suite, reconstruire l’État, seule figure d’autorité politique légitime. Rappelons que l’autorité, c’est la confiance, une confiance construite sur l’efficacité et la défense des valeurs. Ce sont avec ces choses qu’il faut renouer : un État qui fonctionne, qui est juste et qui défend nos valeurs nationales. Mais pour envisager cela, nous devons changer de classe politique, car c’est elle qui est responsable de cette situation. C’est ainsi dans toute entreprise. Quand l’entreprise a fait faillite, que la Direction a échoué, on change le Président de la société, son Directeur général, et quelques postes clés. Et on change de stratégie. Pensez que M. Hollande envisage de se déclarer, en décembre prochain, candidat à l’élection ! Pensez que M. Macron envisage de se représenter dans cinq ans ! Pensez que M. Mélenchon ou Mme Le Pen se représentent à nouveau ! Pensez que M. Philippe, partie prenante du bilan macroniste, se présente aussi !

Deux solutions me paraissent pouvoir changer vraiment la donne, pour peu que l’on accepte de renverser la table. La première est d’élire le tiers des députés par tirage au sort. On me dit que cela ne permettra plus de trouver des majorités stables pour gouverner. Cet argument ne tient pas. La seconde mesure, tout en permettant aux fonctionnaires de se mettre en disponibilité six mois pour réaliser un autre projet, est de les obliger, après ces six mois d’absence, soit à reprendre leur poste dans l’administration, soit à renoncer définitivement à leur statut de fonctionnaire. Ces deux, simples, mais radicales, évolutions, permettront de renouveler complètement le personnel politique, en espérant voir émerger et des idées neuves et des hommes d’État nouveaux.