Propos sur la laïcité.

Philosophiquement, je reste très sensible à la problématique de la morale, et politiquement au concept démocratique que je ne distingue pas de celui de laïcité.

Mais ces deux points particuliers de sensibilité tiennent à ma conformation psychologique, à ma façon trop singulière de concevoir l’autorité, à ma nature rétive et à mon besoin maladif de cultiver ma singularité.

Je suis donc amené à ressasser indéfiniment les mêmes idées (deux ou trois), mais chaque philosophe n’est-il pas dans ce cas ? Montaigne n’aura écrit qu’un livre, même si plusieurs livres sont dans celui-ci, mais le philosophe le plus prolixe – Épicure aurait écrit 300 ouvrages[1], et Chrysippe, qui plagiait beaucoup, 705 (ouvrages ou traités) – n’écrit-il pas toujours le même livre pour développer, murir et présenter, une seule pensée, celle qui le fait être ce qu’il est ? Écrire est ainsi la meilleure façon de « devenir ce que l’on est ». [2]

Et si je reviens aujourd’hui sur le thème de laïcité, c’est en écho à une chronique de Roger-Pol Droit, dans Les échos du 13 septembre. Il y évoque de manière positive la Charte de la laïcité, affichée depuis le début de la semaine dans les établissements scolaires du pays. J’avais déjà téléchargé, puis lu avec beaucoup d’attention, ce très court document. Rien à en dire, ou s’y peu… Un pinailleur pourrait sans doute contester un mot, une présentation, mais ce texte faisant consensus, acceptons-le sans réserve. Sarko qui avait initié un débat maladroit sur l’identité nationale aurait pu le faire ; c’est Hollande-Peillon qui l’a fait. On peut quand même regretter le peu d’écho de cette initiative, et s’inquiéter du suivi de sa diffusion et de sa réception. R.-P. Droit écrit que, dans un monde qui change, monde globalisé, « les évidences fondatrices de la laïcité à la française sont devenues moins audibles » et « que les principes de base semblent désormais d’application malaisée ». Je ne peux que le remercier d’insister ici sur une évidence qui n’est pas suffisamment prise en compte. Mais le problème n’est-il pas aussi que, faute de texte fondateur, notre laïcité est mal définie, et n’a pas, pour chacun d’entre nous le même sens ? J’en prendrais un parmi d’autres. Manuel Valls a inauguré en septembre 2012 la grande mosquée de Strasbourg, en présence du ministre marocain des Affaires Islamiques. François Fillon, sous un autre quinquennat, avait inauguré en juin 2010 la mosquée d’Argenteuil. Cela est, de mon point de vue, incompatible avec le principe de laïcité. Mais je vois bien que mon avis, radical et définitif, est peu partagé. On me répond que c’est une façon de rassurer les musulmans, donc de les prendre en considération, car ce sont des français à part entière. Je réponds qu’un état laïc n’a pas à considérer les musulmans, pas plus que les juifs, les chrétiens ou les bouddhistes. Il ne doit considérer que ses ressortissants, différemment selon qu’ils sont français, étrangers, ou apatrides, mais toujours avec respect. Un magistrat de la nation peut donc inaugurer un stade, une crèche, une maison de la culture, un hôpital, un institut du monde arabe s’il est ouvert à tous, mais pas une église – et cela lui laisse suffisamment d’opportunités pour se monter dans le poste et faire sa pub.

Quand on connait les traditions laïques de la gauche française, comment, au-delà d’une charte bien venue et commentée dans les écoles, et qui rappelle l’indivisibilité de la nation, un gouvernement socialiste peut-il défendre la laïcité en acceptant qu’une partie du territoire national échappe à la loi « fondatrice »[3]de séparation de l’église et de l’état ? C’est le cas en Alsace-Moselle qui bénéficie d’un statut particulier que les Bretons, les Corses, ou les Rhônalpins pourraient revendiquer : la loi de 1905 ne s’y applique pas. Comment un pays prétendument laïc, et donc prétendument démocratique, peut-il accepter que la mosquée de Strasbourg soit financée par le Maroc, l’Arabie Saoudite et le Koweït ? Imaginons un instant que la France propose à M. Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, monarque saoudien, que nous financions la construction d’une cathédrale catholique en terre arabe… Faute de refonder par un texte constituant notre laïcité, principe non défini dans la constitution[4], faute de la défendre rigoureusement, nous en arrivons à des incohérences dangereuses. L’inauguration d’une mosquée par un ministre français qui est aussi ministre des cultes, et qui pose sur la photo-souvenir aux côtés d’un ministre marocain des Affaires Islamiques, le financement du prosélytisme islamique par des pays étrangers dont certains financent aussi le terrorisme religieux : un peu d’argent pour acheter un stade de foot, un peu d’argent pour financer une mosquée ou une école coranique, encore un peu pour la formation d’un prédicateur salafiste ou pour acheter quelques kalachnikovs ou quelques missiles. D’ailleurs, parlant de kalachnikov, cela nous ramène à cette belle époque ou le PC soviétique finançait ses homologues européens et essayait ainsi de tirer certaines ficèles de la politique française ; Est-il normal que le Conseil français du culte musulman, qui a vocation prosélyte, qui promeut une religion qui ne conçoit pas la séparation de l’Église et de l’État, soit entre les mains des autorités marocaine et turc ?

Mais revenons à l’article des Échos pour en prolonger une critique positive. « Le vrai débat, pour l’œil d’un philosophe, porte sur les liens entre pacte social et religion » : Je ne pourrais qu’en rajouter. « Tout le travail des pères de la laïcité française repose sur l’idée qu’un corps politique fort et viable peut se constituer indépendamment de tout fondement religieux ». Prolongeons par une formule courte : c’est l’idée révolutionnaire que l’on peut séparer religion et morale, et que l’on peut imaginer une transcendance qui ne serait pas religieuse. Et cette révolution n’est pas gagnée, mais je continue à rêver d’un texte fondateur dont le préambule poserait la chose en ces termes, et qui rajouterait que, « a priori, rien n’est sacré, mais que tout est respectable »[5] C’est autour de cette question que se sont opposés lors de notre révolution mythique (et ratée) les hébertistes et les robespierristes. On se souvient de la façon dont Robespierre imposa le culte national de l’être suprême, renonçant à séparer alors le spirituel et le temporel, et puis de sa chute au pied de la veuve noire, et des relations entre Bonaparte puis Napoléon et l’église de Rome. La question, telle qu’elle se pose aujourd’hui, est néanmoins d’une nature particulière, car ce qui devrait faire débat, c’est non seulement la séparation non consommée de l’église catholique et de l’état français, mais plus encore, le fonctionnement effectif de cet Etat, au-delà des principes, quand la nation est éclatée entre une majorité de culture historiquement chrétienne, et qui souhaite continuer à ne pas travailler samedi et dimanche, à rallonger son week-end à Pâques, à fêter en famille Noël, autour du sapin, avec les boules de toutes les couleurs, dont les éclats brillent dans les yeux des enfants,  et une minorité de plus en plus nombreuse de croyants qui aspirent à vivre dans un environnement culturellement marqué par une autre spiritualité, qui refuse toute idée d’assimilation, et qui demandent et ont obtenu que dans certaines écoles de la république, des sapins de Noël soient retirés, au prétexte de laïcité. Si ce problème explosif ne nous était pas posé, il conviendrait de toute façon de défendre la laïcité comme un choix moral. Mais ce risque d’une partition de la communauté nationale, à la libanaise, qui ne pourrait conduire qu’à une guerre civile (comme en ex-Yougoslavie), nous oblige, au risque de payer très cher notre laxisme, non seulement à défendre la laïcité, mais encore à la refonder de manière plus radicale. Faute de s’y attacher, nous ferons le lit d’une part du communautarisme religieux, d’autre part du front national.



[1]. Selon Diogène Laërce qui nous a sauvé le peu qui nous en reste : «  ses volumes atteignent le nombre de trois cents environ ».

[2]. Pour reprendre cette forme nietzschéenne (Ainsi parlait Zarathoustra), qu’il emprunte à Pindare (une des Odes Pythiques)

[3]. Je mets les guillemets, car ce texte, qui fait date, ne fonde rien.

[4]. Les termes, laïc ou laïcité, doivent y apparaitre seulement 3 fois, sans aucune définition claire.

[5]. Mon essai sur la laïcité.

Abus de droit et objection de conscience.

Il n’est pas dans mes intentions de dispenser ici un cours de droit ou de résumer en quelques lignes une doctrine de notre droit national ; doctrine qui existe d’ailleurs aussi en droit international. Je n’en ai pas les compétences et cela m’intéresse peu. Rappelons simplement, pour introduire mon propos, que l’abus de droit définit en France des pratiques condamnables, comme, par exemple, l’utilisation d’un droit à la seule fin de nuire à autrui, ou afin d’atteindre un objectif inverse à celui que ce droit visait, ou encore dans le seul but de se soustraire à certaines obligations légales – par exemple d’échapper à l’impôt. C’est donc un principe juridique à but moral et à dimension jurisprudentielle. Permettant aux juges de faire évoluer le droit en interprétant la volonté du législateur, et souvent en se référant à des principes supérieurs qu’ils font prévaloir sur la lettre de la loi, il leur permet de faire le droit, et ainsi d’abuser, d’une certaine manière, du droit ; car le droit de faire le droit devrait être, en bonne démocratie, l’exclusive du corps législatif. Par ailleurs, conjuguant le droit à l’air du temps, ils assujettissent la loi à ce que Nietzsche appelait la moraline, cette morale bourgeoise que le philosophe définissait comme l’ensemble des préjugés du temps. On aura donc compris ma réserve devant ces notions floues qui permettent de troubler les eaux claires et froides du droit, et de dénouer ce qui avait été trop bien, ou trop maladroitement ficelé par la loi.

Néanmoins, si je veux ici dénoncer l’abus de droit, et en défendre donc le concept, c’est en considérant, non pas le principe juridique aujourd’hui défini par les textes et l’usage, mais sa dimension plus large, disons-le autrement, éthique. Et de ce point de vue, plus philosophique, il me semble déjà que l’Etat est le premier à abuser du droit, sans que cet abus ne soit toujours pointé comme tel. J’en prendrai principalement deux exemples récents : la loi sur le mariage homosexuel, et la possible intervention de l’armée française en Syrie.

Notre constitution pose comme principe, en son article 3, que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». Les décisions fondamentales appartiennent donc au peuple souverain (langage très rousseauiste) et elles peuvent être prises, soit par l’Assemblée, soit plus directement par le référendum. Et si le constituant l’a voulu ainsi, c’est qu’il concevait ces deux outils, non pas indifféremment, mais comme ayant chacun un usage particulier, sans en privilégier forcément l’un ou l’autre. Et chacun conviendra que le référendum est plus démocratique, plus symbolique, plus solide, et doit être privilégié pour l’adoption de textes fondateurs. Ce fût le cas en pour l’adoption du quinquennat en 2000[1]. Ce fût le cas pour l’adoption (ratée en 2005) de la Constitution Européenne, car la faire ratifier par le parlement, ce qui était techniquement possible, aurait été un abus de droit (forfaiture qui interviendra en 2008). Cela aurait dû être le cas pour un texte modifiant aussi fondamentalement notre cadre sociétal que celui du mariage homosexuel, car il fait évoluer très profondément l’idée que l’on peut se faire et de la famille et de la société ; rappelons que Rousseau, parlant de la famille, la nommait « la petite patrie ». Le vote de cette loi par l’Assemblée fût donc un nouvel abus de droit, et ce déni de démocratie restera une tâche du quinquennat. Il en est de même du possible engagement militaire de la France en Syrie. S’agissant d’une « intervention extérieure » et non d’une « déclaration de guerre », le chef de l’État est autorisé par notre constitution à en décider seul. S’il devait le faire ainsi, il userait d’un droit que les textes constitutionnels lui donnent, mais usant de ce droit, il en abuserait. Car chacun sait bien qu’une intervention de nos militaires serait, de fait, une déclaration de guerre. Je pourrais évidemment prendre d’autres exemples, et montrer que si le citoyen cherche toujours la faille dans des textes trop nombreux et confus, triche, abuse de ses pauvres droits et use de quelques artifices, l’Etat fait de même et n’a, en la matière, pas plus de vertu que ses administrés – et beaucoup moins d’excuses.

Mais le problème que je voulais dénoncer aujourd’hui est d’un tout autre type, mais je dois pour cela distinguer abus du droit et abus de droit, car si l’abus de droit tel que nous le concevons recouvre l’idée d’abuser le droit, de le manipuler, de le tromper, ne pourrait-on aussi considérer un abus du droit, distinguant deux dérives de notre modernité : Plus le droit est enflé, boursoufflé de textes contradictoires, inutiles et liberticides, plus la tentation est forte d’abuser le droit, en le poussant dans ses logiques les plus perverses, en le manipulant, en lui faisant entendre ce qu’il a dit sans avoir voulu le dire. Mais cette enflure de la chose règlementaire n’est-elle pas due à notre manie du règlement, ce cancer législatif qui aujourd’hui, avec notre consentement fatal, se propage partout, comme une maladie honteuse ? Et  les textes produits prétendent diriger nos vies dans leurs sphères les plus intimes. Le drame de notre modernité, et comment ne pas rappeler les alertes nietzschéennes, est d’avoir substituer à la morale, le droit. Funeste dérive.

Chacun sait que «  Le sage ne vit pas d’après les lois de sa patrie, mais d’après la vertu »[2]. Pourtant, la réalité psychologique est que le citoyen moyen (vous et moi), éduqué comme un animal de rente, préfère le droit à la vertu – c’est effectivement moins lourd, et il est plus facile d’échapper à la loi qu’au regard de sa conscience car le gendarme n’a pas l’œil de Caïn –, fait le choix de la moraline contre la morale – car il est plus confortable d’avoir tors avec la foule que raison seul contre tous. Chacun abuse donc du droit, et tout gavé qu’il soit de droits lui interdisant l’essentiel, c’est-à-dire de vivre comme un homme, la bouche dégoutante de ses droits minables qu’il invoque ad nauseam, il en demande encore, quitte à s’y vautrer parfois comme dans des déjections mal digérées ; alors qu’il devrait faire prévaloir toujours et une éthique personnelle que le droit indiffère et une objection de conscience qui se moque elle aussi du droit et ne souhaite surtout pas être reconnu par ce droit, abimée, et salie par la loi. C’est pourquoi, je ne plaide pas, par exemple, pour un droit de retrait codifié par des textes. Car s’agissant du droit comme de la justice, on ne doit pas confondre les Droits Humains et le droit des hommes – je veux dire des représentants des institutions humaines –, ni assimiler la Justice transcendante à la justice institutionnelle, ni la Morale à la moraline. Va pour une déclaration des Droits Humains, droits qui ne peuvent être qu’universels (est-il besoin de le préciser ?). Mais ces Droits Humains ne peuvent être l’objet de lois qui ne pourraient que les avilir[3], les destituer. De même qu’existe un droit de résister à l’oppression, donc à la loi, au droit institutionnel, il existe un droit fondamental d’objection de conscience, ou de retrait, que la justice institutionnalisée peut ne pas reconnaitre sans rien lui enlever. Ainsi, pour ne prendre que ce simple exemple, le droit d’aider quelqu’un qui le désire fortement à mourir est un droit, qui n’a pas lieu d’être repris par un texte. Ce ne serait qu’abuser du droit. Mais face à l’abus du droit, je ne vois comme réponse qu’un droit de retrait au titre de l’objection de conscience.

Mais plus fondamentalement, je dis que si l’homme est grand par sa capacité à dire oui, et singulièrement à la vie, il l’est plus encore dans ses refus de la norme. Il l’est souvent en disant oui d’une manière active, engagée, mais parfois aussi en disant non à la mode, aux consensus les plus évidents, non à tous ces gens de communication qui veulent faire son bonheur (politiques et publicitaires), non à l’institution et à la loi ; dire non, c’est trop, ou, s’il faut le dire en terme plus populaire, dire « je vous emmerde ». Diogène le chien utilisait-il ce langage ? Bien qu’outrancier à en être insupportable (il se masturbait sur la place publique pour théâtraliser ses leçons philosophiques), il devait être plus subtil et tout à la fois plus profond que le mescréant philosophant. Mais je saurai le dire de toutes les manières : les religieux pensent que l’homme n’est jamais aussi grand que lorsqu’il est à genoux. Permettez-moi de prétendre le contraire, et de conclure avec les mots de Nietzsche qui revendiquait « le sens aristocratique, la volonté de ne dépendre que de soi, le pouvoir d’être différent, seul et réduit à soi-même,… ».[4]



[1]. Adopté à une majorité de 73,21 % des suffrages estimés, soit 51 % du corps électoral, compte tenu des 69,81 % d’abstention.

[2]. Selon Antisthène, cité par Diogène Laërce.

[3]. Si cette image m’est permise, je dirais que c’est comme de breveter le génome humain.

[4]. Par-delà Bien et Mal.

Prénotions sensibles et critères de vérité

Au-delà d’un jeu de mots un peu facile qui ne voudrait pourtant pas trop concéder à l’air du temps, me définir et me prétendre philosophant mescréant est suffisamment essentiel à ma démarche pour que j’y revienne à nouveau. Tout d’abord, il n’y a de philosophie qu’existentialiste – Nietzsche disait que toute philosophie est la confession d’un corps, et c’est souvent la confession d’un corps qui souffre, et l’exprimant ainsi, je considère que l’âme est une production du corps, ou du moins lui est trop intimement liée, pour que l’on puisse distinguer (délier) les deux choses ; et j’aime la philosophie, même si je conviens que l’exercice est un peu vain, et  que toute prétention à une forme de sagesse est proprement ridicule. Mais, et c’est  peut-être le plus grand de ses mérites, ou du moins la plus utile de ses leçons, elle enseigne une dialectique capable de répondre aux rhétoriques les plus perverses et de démonter les sophismes les plus en usage. Et de ce point de vue la philosophie antique nous propose encore toutes les leçons indispensables, essentielles au petit philosophe – on parlerait aujourd’hui de boite à outils pour une boite à outils conceptuels.

Par ailleurs, je manque de foi – comme certains manquent d’argent ou de gasoil ; et partant, s’il ne m’est pas possible de rejoindre une église de croyants-dieu, l’appartenance à une école philosophique, voire à un parti politique, me parait tout aussi problématique ; même si, à défaut d’adhérer ici ou là, je peux me sentir très loin – et l’affirmer ainsi à telle occasion – de telle famille engagée. Sur le plan philosophique, je ne saurais donc pas plus me définir comme sectateur de l’Académie que du Jardin, même si je me sens plus proche du matérialisme des seconds que de l’idéalisme des premiers, mais je peux, selon les thématiques sur la table, avouer mes sympathies, soit pour les épicuriens, soit pour les stoïciens, les pyrrhoniens, voire les cyniques. D’ailleurs, chaque école s’est construite en dissidence, c’est-à-dire dans le prolongement d’une autre : Epicure doit beaucoup à l’atomiste abdéritain de Démocrite, dont le secrétaire Protagoras fonde l’école sophiste ; Aristote quitte l’Académie pour créer le Lycée ; Zénon de Kition est d’abord cynique à Athènes, disciple de Crates, avant de créer son école sous le portique peint, la Stoa poikilê. Traditionnellement, la philosophie antique investissait trois domaines spéculatifs sensés couvrir l’essentiel de la connaissance : physique, morale, dialectique. Chacun, philosophant, peut donc ainsi se sentir proche et se revendiquer de la métaphysique épicurienne, de la vertu stoïcienne, et de la logique aristotélicienne. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire par exemple Marc Aurèle, éminent stoïcien, pour trouver dans « Ses pensées » des professions de foi épicuriennes. Je n’en cite qu’une, sur la mort : « La mort n’est rien que la dissolution des éléments dont tout être vivant se compose ; mais s’il n’y a rien de redoutable pour les éléments à se transformer continuellement, pourquoi craindrait-on le changement et la dissolution totale ? »[1]. Mais si l’on devait prendre un autre exemple plus contemporain, quitte à prendre le risque de passer pour un citateur convulsif, on pourrait évoquer l’iréniste Rousseau, naturaliste proche des pensées pré-chrétiennes, tout à la fois très épicurien (céder aux seuls besoins naturels et nécessaires) et parfaitement stoïcien (le souverain bien est la vertu). La thèse d’un Rousseau stoïcien, si elle n’a pas encore été écrite mériterait de l’être. Citons par exemple cette recommandation faite à Émile et tirée de son « Essai sur l’Éducation » : « N’attends pas de moi de longs préceptes de morale ; je n’en ai qu’un seul à te donner, et celui-là comprend tous les autres. Sois homme ; retire ton cœur dans les bornes de ta condition. Étudies et connais ces bornes… Les seuls biens dont la privation coûte sont ceux auxquels on croit avoir droit ». Cette idée d’accepter son destin, d’un amor fati, pour le dire en terme nietzschéen, est très stoïcienne. Sur un autre registre, plus proche d’un propos du jour vers lequel je chemine gentiment, et qui a pour double objet, la foi et la certitude, autrement dit le critère de vérité, on pourrait mettre en parallèle ou superposer comme identiques deux citations : Rousseau écrit « Jamais la nature ne nous trompe ; c’est toujours nous qui nous trompons » ; Aétius écrit « Les sensations sont toutes vraies, tandis qu’il y a des représentations vraies et d’autres fausses »[2]. Mais je pourrais trouver bien d’autres exemples, si je n’avais pas peur de lasser.

Revenons donc à l’homme de peu de foi qui tire sa pensée du jour, comme on étire ses muscles au levé. Je devrais, en toute logique sectaire, en appeler plus souvent à Pyrrhon qu’à Zénon, et m’affirmer philosophiquement plus sceptique que stoïcien.  Mais, faute peut-être de bien connaitre la philosophie sceptique, je cite plus souvent Epictète ou Marc Aurèle, Cicéron ou Sénèque, que les tenants du pyrrhonisme. Il est par contre difficile de citer les premier stoïciens, car nous ne disposons plus d’aucun texte. Zénon crée le portique en 301 avant J.C. Il ne nous reste aucune trace physique de son enseignement. Le premier scholarque de l’école, Cléanthe, ne laisse rien, et seuls les titres de certains de ses textes nous sont connus. Chrysippe qui lui succède relativement tardivement, aurait composé, selon Diogène Laërce, 705 traités, pour une part importante des traités de dialectique. Son apport fût probablement considérable, et les sectateurs du portique avaient l’habitude de dire, que sans Chrysippe, le stoïcisme n’existerait pas. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Rien, ou presque. Des fragments, et des commentaires, ici ou là. Et cette difficulté, qui est commune à toutes les pensées antiques, est encore augmentée de plusieurs faits. Certaines citations de textes du second scholarque sont reprises par des auteurs qui « écrivent contre » et peuvent probablement déformer et la pensée et les citations. La langue de rédaction de ces textes a considérablement évolué, et les stoïciens ont largement participé à cette évolution sémantique, en précisant, modifiant, ou inventant pour supporter leurs concepts des mots ou des sens nouveaux. Il suffit, pour prendre la mesure de cette difficulté, de relire Montaigne ou La Boétie dans leur langue, et de mesurer l’écart d’avec celle d’aujourd’hui –  Ils ne sont pourtant pas plus éloignés de nous (quatre siècles), que Zénon de Marc Aurèle.

Chrysippe reste donc  dans l’histoire des idées, celui qui développe la dialectique stoïcienne, c’est-à-dire, non pas la stricte logique comme outil d’accession à la vérité, mais l’art de discourir justement, pour convaincre de ses opinions. Logique et dialectique sont donc proches, étant pareillement discours vrais, et non sophistiques, mais l’un l’est pas ses fins, l’autre par ses moyens. La dialectique, qui est science du raisonnement démonstratif, utilise donc la logique syllogistique, mais reste le développement d’une opinion. En effet, Chrysippe considère qu’il y a des « notions communes », ou « notions naturelles »  qui, non seulement n’ont pas à être démontrées, mais permettent de faire socle à tout raisonnement. Et c’est en raison d’une sensibilité particulière – ou peut-être d’une certaine lucidité – à ce point de fragilité du raisonnement, insoluble par la recherche philosophique, que le philosophe mescréant manque de foi.

Les stoïciens inaugurent donc cette idée de prénotions, voyant bien que toute pensée ne peut se dérouler qu’à partir d’un point de départ, d’une assertion que l’on peut considérer comme hypothétique ou axiomatique, mais que l’on pose comme apodictique. Par exemple, l’idée que la nature dit la vérité des choses, qu’existent des notions naturelles du bien et du juste, ou encore l’existence des dieux ou la survivance de l’âme. Et la philosophie, ne disposant comme outil dialectique que de la logique, et laissant la rhétorique aux religieux, n’a jamais su apporter la preuve de la vérité de ces prénotions. Le mescréant, soit qu’il ait un esprit trop rétif, soit qu’il l’ait trop paresseux, n’a pu résoudre cela. Mais quel autre philosophe a pu y apporter une réponse claire ? La question du « je » est de cette nature. C’est la première. Comment imaginer penser sans préalablement admettre être ? Mais cette prénotion de l’existence de soi peut-elle être démontrée ? Descartes s’y est attelé de manière peu convaincante, aveuglé par sa conviction d’être. Rousseau ne s’y attarde pas et déclare qu’il sent donc qu’il est[3]. Sur la question de l’existence de Dieu, et sans revenir sur les pseudos preuves de cette existence, chacun connait la formule de Voltaire : « L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger », mais Rousseau dit la même chose[4], et les stoïcien considéraient, de la même manière, que la conviction indiscutable de l’existence de Dieu procédait de l’observation de la nature. Epicure ne débat pas plus de la chose et convient sans s’y attarder que « Les dieux existent, nous en avons une connaissance évidente » – ce qui ne l’empêchait pas de croire les dieux matériels. Sur l’idée de bien et de mal, Rousseau considère que le meilleur des casuistes est notre conscience[5], et que cet œil intérieur nous permet d’accéder une vérité objective. Beaucoup d’autres philosophes ont considéré qu’existe une connaissance apriorique de certaines notions. Mais là où les stoïciens, grâce à Chrysippe, pour peu qu’on puisse le déduire des fragments et citations éparts qui lui sont attribués, me parait essentiel, c’est qu’il considère que ces prénotions ne sont pas innées, mais acquises par les sens ; alors que pour une partie essentielle des écoles philosophiques ces prénotions sont innées – c’est par exemple le cas de Kant qui pensait que certaines lois nous étaient connues a priori et de manière innée.

On ne saurait vivre, ou du moins penser, sans prénotions. Par exemple, l’idée que l’on existe dans un monde qui existe, et que nos questionnements ont un objet véritable. Nier cela, c’est considérer un néant absolu ; et ce néant nierait, de manière passive, par défaut d’être, tout : objets, pensées, perspective, dessin.

Et sur ce premier point, je trouve l’approche rousseauiste plus pertinente que celle de Descartes.  Je pense et je suis. Je suis car je sens que je suis. Et je sais que je pense, car ma pensée me permet de conceptualiser ma pensée et mon être pensant.

Mais d’autres vérités aussi, la connaissance des prénotions procède des sens, et si je défends cette idée simple mais forte c’est que je sais bien que les sens sont trompeurs et nous abusent parfois, en ce qu’ils nous conduisent à construire des représentations fausses. Et je conclurai sur un dernier point qui mériterait ici un plus long développement (que j’ai d’ailleurs fait ailleurs). On évoque traditionnellement nos cinq sens physiques ; d’une part odorat, ouïe et vue, qui sont les plus nobles, puis le goût et le toucher, le premier prolongeant l’odorat et le second la vue. Je pense que l’on doit rajouter, un sixième sens – mais peut-être aussi un septième et un huitième. Ce sixième est celui que je nomme intuition ; et qui peut prendre, suivant l’objet auquel il s’attache, plusieurs formes ; et je n’ai pas ici le temps d’évoquer l’intuition métaphysique. Je rends quand même hommage, avant de refermer cette rubrique, à Kant, que je cite peu, l’appréciant peu – peut-être est-il trop difficile pour moi ? Il professait dans ses cours de philosophie que « nous n’avons d’intuition que par les sens »[6].



[1]. Livre II

[2]. Aetius le doxographe est un écrivain grec du I ou IIe siècle de notre ère. Je trouve cette dernière citation, très stoïcienne, extraite de  Placita philosophorum, ouvrage que je ne connais pas, dans un livre d’Emile Bréhier sur l’ancien stoïcisme.

[3]. Il le dit en ces termes « J’existe et j’ai des sens par lesquels je suis affecté. Voilà la première vérité qui me frappe et à laquelle je suis forcé d’acquiescer ».

[4]. « J’aperçois Dieu partout dans ses œuvres ; je le sens en moi, je le vois tout autour de moi ; mais sitôt que je veux le contempler en lui-même, sitôt que je veux chercher où il est, ce qu’il est, quelle est sa substance, il m’échappe et mon esprit troublé n’aperçoit plus rien. »

[5]. « Je n’ai qu’à me consulter sur ce que je veux faire : tout ce que je sens être bien est bien, tout ce que sens être mal est mal : le meilleur de tous les casuistes est la conscience. »

 

[6]. Il enseigna pendant 41 années (82 semestres) à l’université d’Albertina de Königsberg. Il y fut professeur ordinaire de métaphysique et de logique.

 

Propos moroses

La philosophie reste un jeu d’intellectuel et, si l’on peut en devenir addicte comme de tout autre hobby, elle ne touche pas à l’essentiel, car d’une part, elle n’apporte pas de réponses aux questions existentielles – ce que la science est aussi incapable de faire et que seules les religions peuvent, mais par des réponses douteuses, voire dangereuses –, d’autre part, elle fait le pari très contestable de la raison. Et la raison raisonnante n’a jamais conduit le monde, et serait bien en peine d’en expliquer l’évolution chaotique. Que peut la philosophie face à la douleur ? Celui qui raisonne et pense qu’il est possible, pour mieux la supporter, de se convaincre qu’il ne s’agit que d’une représentation, n’a jamais vraiment souffert dans sa chair. Que peut la philosophe face à la déchéance d’un corps qui approche de la mort ? Rappeler que ce qui est composé d’atomes doit se décomposer pour se recomposer autrement, ailleurs ? Pauvre truisme qui ne console de rien. Reste l’odeur putréfiée de la chair qui pourrit. Que peut la philosophie face à la folie des hommes ? Que peut-elle opposer au couteau du sacrifice, ou au canon qui tonne ? Des mots, rien que des mots, dont la vanité est consternante. Combien pèse-t-elle au fléau de la balance face à la sottise des peuples, au pouvoir de l’argent, aux égoïsmes de toute sorte ?

La philosophie est impuissante, impuissante face au désir ou à la peur. Et espérer qu’il en soit autrement et qu’elle puisse nous éclairer est  une illusion imprudente. A quoi sert d’ailleurs de savoir pourquoi l’on meurt, si l’on meurt néanmoins. Ce que Pascal écrit de l’amour du christ dans ses notes pour la préparation de cette Apologie de la religion chrétienne que sa mort lui empêchera de rédiger – Dieu ayant sans doute souhaité que ce texte n’existât pas – vaut pour les passions : l’amour a ses raisons que la raison ignore. Ce que nous faisons est toujours cohérent, logique, mais rarement raisonnable. Car ce sont nos désirs et nos passions qui nous gouvernent et si Épicure comme Zénon nous invitent à une forme d’ascèse, différente pour les épicuriens et les stoïciens, cette position n’est pas tenable, et l’on peut se demander à quoi mène cette posture contre-nature. Rousseau le remarque dans l’« Émile », texte où l’auteur confesse pourtant, ici ou là, quelques sentiments épicuriens ou stoïciens : «  Que gagne Épictète de prévoir que son maitre va lui casser la jambe ? La lui casse-t-il moins pour cela ? Il a par-dessus son mal le mal de la prévoyance ». Et la religion qui nous invite à sublimer nos désirs tient un discours tout aussi peu « raisonnable ».

L’homme est un animal orgueilleux. Animal, sa volonté est subordonnée à la nécessité et au désir. Orgueilleux, ses passions le guident, et il se conduit comme un enfant aveugle qu’un fou tient par la main. La raison n’a pas grand-chose à dire à cela. Que pèse le raisonnement face à Anankè ou à Eros. Que pèse-t-il face à l’Hybris. C’est sans doute la raison pour laquelle j’apprécie plus particulièrement les philosophes qui sont aussi psychologues, ou sociologues – Nietzsche qui, dans Ecce homo se revendique « d’abord psychologue », Arendt, Fromm ou  Edgar Morin.

Si la raison est à ce point impuissante à résoudre nos contradictions, à changer la face du monde, la philosophie peut-elle néanmoins, au-delà du simple plaisir de jouer avec les mots et les concepts, nous apporter, comme les anciens le prétendaient, une forme de sagesse ? Je laisse Nietzsche répondre : « Bornons-nous donc à la purification de nos opinions et de nos appréciations de valeurs, bornons-nous à la création de nouvelles et propres tables de valeur ».[1]

Allez, ça ira mieux demain…



[1]. Dans Le Gai Savoir.

Leçon de démocratie

La France va peut-être s’engager très prochainement dans une nouvelle guerre et intervenir en Syrie pour hâter la chute de Bachar al-Aassad. Ce faisant, elle s’enrôlera, aux côtés des monarchies du Golfe, – c’est-à-dire aux côtés des financeurs et soutiens d’Al-Qaïda – mais sans évidement le souhaiter, dans une guerre de religion qui oppose les Sunnites et les Chiites et qui déstabilise un peu plus le Moyen-Orient. Mais ce dernier point ne constitue pas l’objet de mon propos, et chacun mesure bien le débat casuistique provoqué par les atrocités du régime syrien et son arrogance – mais les occidentaux ne le sont-ils pas aussi, à vouloir se mêler de tout et imposer partout leur morale.

Je veux plutôt, prenant cet exemple comme cas d’école, mettre l’accent sur la dimension peu démocratique de notre système politique, en comparaison de celui de nos alliés anglo-saxons, d’Amérique et de Grande Bretagne.

Le président Obama, qui souhaite intervenir, se l’est vu refusé par certains sénateurs, et il n’engagera pas son pays dans cette intervention sans l’aval des représentants de la nation. Il a donc prévu de consulter rapidement le Congrès. James Cameron a interrogé sa Chambre des Communes qui, jeudi dernier et par une faible majorité de 285 voix sur 272, a refusé l’intervention. Il en a pris acte en déclarant : « Il est clair que le Parlement britannique ne veut pas d’intervention militaire britannique. Je prends note et le gouvernement agira en conséquence ». Le gouvernement allemand avait déclaré, il y a quelques jours, ne pas vouloir participer à une opération militaire, mais tout observateur de la politique allemande sait que la Chancelière ne se serait de toute façon pas engagée sans l’aval du Bundestag. En France, François Hollande a pris sa décision sans vote de la représentation nationale, ce que la Constitution lui permet, s’agissant d’une « opération extérieure », et non d’une déclaration de guerre. Il attend pour la mettre en œuvre l’engagement des Etats-Unis et surveille du coin des sondages son opinion publique. Mais l’opinion publique n’est pas la vox populi et les organismes de sondages un organe représentatif.

Je vois personnellement dans ces différences de pratique politique, un écart qualitatif extrêmement important entre la démocratie britannique, mais aussi étatsunienne – toutes deux plus anciennes que la nôtre – et la démocratie française, et cet écart a été malheureusement renforcé par l’adoption en 2000 du quinquennat présidentielle et surtout par la concomitance voulue des élections présidentielle et législative. Et nous sommes de fait entrés après cette réforme qui a conduit à instrumentaliser le parlement, dans une sixième république. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle et De Gaulle et Pompidou étaient opposés à cette concomitance d’élections nationales.

Évidemment, aucune démocratie n’est parfaite, et par ailleurs elle ne pourrait l’être, dans son fonctionnement, qu’avec des citoyens vertueux. Ce qui est d’autant moins le cas que tout système politique constitué n’a d’autres ambitions que d’infantiliser les citoyens et de les rendre dépendants de son administration. Et l’on ne peut comparer la gestion d’une nation de soixante millions d’habitants à celle de la cité athénienne qui fit naître l’idée de démocratie, une cité d’environ 300 000 habitants au Ve siècle avant notre ère (dont environ 15 % de citoyens). Mais la qualité d’une démocratie peut néanmoins s’apprécier au regard du respect de certains principes de bases, qui sont assez bien illustrés par la formule d’Abraham Lincoln, reprise dans notre constitution, et si peu à l’ordre du jour : « Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Le Peuple doit toujours s’exprimer et l’élection d’un Président sur un programme quelconque ne saurait justifier que l’on contourne le parlement, seul corps constitué pouvant décider. Et encore, on peut s’interroger sur son autorité. Rousseau écrit dans Du Contrat Social : « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le Peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi ». Considérer que le Président pourrait décider seul, ou du mariage homosexuel ou de notre entrée en guerre est donc une double perversion de notre système. Car c’est aussi confondre exécutif et législatif : « Dans la puissance législative le Peuple ne peut être représenté ; mais il peut et doit l’être dans la puissance exécutive, qui n’est que la force appliquée à la loi ». Et je ne constate pas ce mépris du parlement dans les pays anglo-saxons. Il semble bien qu’en France, nous n’en ayons pas fini avec des pratiques d’Ancien Régime.