Le racialisme de Lilian Thuram

Prolongeons les deux précédentes chroniques. Essuyant ce matin d’un regard léger les étals de l’espace-livre de mon supermarché, je tombe sur l’ouvrage de Lilian Thuram « La pensée blanche » https://livre.fnac.com/a13662289/Lilian-Thuram-La-pensee-blanche un livre que je ne souhaite pas commenter, car je ne l’ai pas lu, privilégiant d’autres urgences. Mais ce titre me fait néanmoins réagir : il n’y a pas pensée blanche.

Par contre, il existe bien une pensée occidentale (une idéologie) dont on peut penser qu’elle pose problème, étant factrice épistémologique de dominations. Mais parler de pensée blanche, c’est comme, s’agissant du confucianisme, de parler de pensée jaune. Et si l’on devait qualifier cette « pensée blanche » plus justement, il faudrait évoquer une pensée judéo-chrétienne ; ou, pourquoi pas, humaniste, et en pointer alors d’un doigt accusateur le spécisme, l’universalisme, le machisme, un rationalisme étroit, une propension au racisme et à l’antisémitisme (qu’il s’agisse ici des enfants d’Ismaël ou de Jacob). Car dénoncer le machisme et le racisme fait sens, comme pour l’universalisme dont Huntington disait que « L’universalisme est l’idéologie utilisée par l’Occident dans ses confrontations avec les cultures non occidentales ».  Mais réduire cette pensée occidentale à une pensée blanche, c’est réduire un sujet de fond, à ce qui n’est pas son essence, à savoir la « blanchitude ». C’est donc compromettre l’analyse, condamner tout d’un bloc, non pas la pensée occidentale, mais les blancs parce qu’ils sont nés blancs. C’est déplacer le problème là où on ne pourra pas le régler autrement qu’en combattant pour les éliminer tous les blancs – quitte à laisser le dieu de Lilian Thuram reconnaître les siens. C’est aussi réduire les pensées de Sébastien Castillon, de René Descartes, de Baruch Spinoza, de Montesquieu, d’Anatole France ou d’Élysée Reclus, à des pensées d’hommes blancs.  C’est donc essentialiser la race, ce qu’il est convenu d’appeler du racialisme ; et qui n’est qu’un racisme à l’envers, mais qu’il soit à l’envers ou à l’endroit…