Encore un matin

Tout est lié, et je ne sais si le dire relève du simple truisme ou d’une découverte politique. Mais la question du souverainisme, si clivante, c’est aussi celle, plus sociale, voire psychologique, de l’individualisme (versus conformisme), car la nation est aussi à l’image des individus qui la composent. Et c’est encore, celle, douloureuse, de la démocratie, c’est-à-dire la question de la liberté des citoyens à décider par eux-mêmes de ce qui les concerne et de faire tout ce qui ne nuit pas à la liberté des autres ou à la paix civile. Car comment pourrait-on exiger que notre nation soit souveraine, si chacun d’entre nous, à son niveau singulier, n’est pas capable de se déterminer par lui-même et n’est pas autorisé à mettre sa vie en accord avec ses convictions intimes ?

Personnellement, je nous vois, en occident, et particulièrement en France, confrontés à un certain nombre de problèmes majeurs, létaux, que je hiérarchise ainsi :

–          La perte progressive des libertés individuelles ;

–          La dégradation de l’environnement ;

–          La montée de la violence ;

–          La subordination de l’homme à la machine ;

–          La dématérialisation des relations ;

–          La fin de la puissance d’agir individuelle.

 Et tout est lié, car cette liste qui révèle sans doute et ma sensibilité personnelle et mes préoccupations les plus fortes, aurait pu prendre une tout autre forme et être résumée par un constat plus trivial : nous allons dans le mur, menés par une élite avant-gardiste et « progressiste » de leaders du monde politico-entrepreneurial, encadrés comme ces veaux qui vont à l’abattoir, « comme en quarante ! », par une bureaucratie supra nationale ; et tout cela nous est présenté comme allant dans le sens de la fin de l’histoire, inéluctable, voire nécessaire. L’homme serait donc prisonnier d’une fatalité, condamné à payer une faute ? Laquelle ? Mais si vous êtes un homme blanc occidental, la faute est évidente, et si vous essayez de défendre votre culture en appelant au secours Rabelais, Voltaire ou Le Clézio, Delacroix ou Bocuse, alors ce sont autant de « preuves » de votre arrogance de petit blanc occidental, macho et franchouillard.

 Le fond du problème est donc aussi celui de la décadence de notre civilisation ; et faut-il rappeler que la décadence c’est l’indifférence aux valeurs fondatrices de sa société, de sa civilisation et, de ce point de vue, la prolixité de la communication politico-médiatique cache toujours, chez ces communicants de profession, l’indigence des idées que ces valeurs leur inspirent. En fait, on a vraiment l’impression de se retrouver au point où en était l’Empire romain aux premiers siècles de notre ère : décadence civilisationnelle, un empire menacé de l’extérieur et dont le limes était constamment fracturé par des hordes de « barbares » poussés à migrer vers l’Empire pour faire face à des guerres, des aléas climatiques – oui, déjà –, une raréfaction des ressources, le goût de la conquête, et, enfin, un empire travaillé de l’intérieur par des sectes préchrétiennes. Aujourd’hui, s’il faut achever cette comparaison sur ces trois points, il faut pointer une secte religieuse postchrétienne, qui nous arrive des États-Unis et qui doit nous inquiéter, car on en parle déjà comme d’une religion (le livre de Jean-François Braunstein).

Sommes-nous condamnés ? et devons-nous nous laisse faire, mourir en silence, en murmurant gentiment des excuses ? Sans sursaut national, oui ! Et c’est là où nous devons revenir à une vision gaullienne de l’histoire, revendiquer un patriotisme non xénophobe – celui des combattants ukrainiens –, un nationalisme pacifiste, un individualisme solidaire et ouvert à l’autre, une non-violence radicale, une envie d’Europe, mais d’une autre ; et, sans attendre les autres, reconstruire la France en retrouvant l’esprit qui anima le Général de Gaulle pour refonder la France de l’après-guerre, mais sur un autre modèle. Oui, en quarante, tout semblait foutu, et sans les Britanniques… De même que chacun ne peut attendre de l’État la résolution de ses problèmes, la France ne peut ni attendre de l’Europe des solutions ni se permettre d’attendre qu’une crise passe et qu’une autre arrive.

J’ai essayé, dans cette courte contribution de prendre le problème par tous les bouts. C’est, quelle que soit la façon dont on en parle, non pas un problème économique qui attendrait sa réponse économique inspirée par les experts de la Commission européenne, ce que certains veulent nous faire croire (Messieurs Macron ou Le Maire), mais un problème politique appelant une réponse politique, nationale, populaire. Et de ce point de vue, l’offre politicienne est aujourd’hui nulle, et croire qu’en fermant les frontières on va tout régler, ou que les immigrés sont le problème, alors qu’ils ne font que participer à un problème plus vaste, est une illusion. Voter Macron, le mondialiste hors sol, est suicidaire ; Mélenchon, le Robespierre des temps nouveaux, extrêmement dangereux pour nos libertés – après 89 vient 93 ; quant aux vieux partis, on sourirait presque : ah ! vous êtes encore là ? Mais, je suis désolé, Zemmour, qui ne dit rien de la démocratie, rien de la révolution 4.0 (celle si chère à Schwab et à ses collègues de Davos), rien des tares congénitales de notre modernité (bureaucratisme, juridisme, économisme, mécanisme), n’est pas plus convaincant, même si je ne doute pas de son honnêteté. On ne peut réduire un projet politique à une fermeture des frontières, même si elle s’impose absolument pour des raisons de survie.  

Mais c’est aux gens de choisir, et ne pas choisir, c’est trancher par défaut, mais mollement, trancher dans le mou, dans le gras du ventre mou d’une société qui reste bourgeoise et repue. Soit on accepte d’être gouverné par ce que je nomme l’attelage fatal du Marché et de la Bureaucratie étatique et supra étatique (M. Thierry Breton, si l’on doit chercher un symbole). Si oui, il faut alors accepter de ne plus être un citoyen porteur de valeurs et acceptant ses devoirs, parfois ingrats, et d’être réduit au statut de consommateurs (de produits et de droits). Soit on souhaite que le peuple (Mme Michu comme Mme Bettencourt Meyers) soit « gouverné par le peuple, pour le peuple », et on doit exigerdeux refondations : celle de la démocratie et celle de l’EU.

Sur la refondation de la démocratie : Ce court billet d’humeur ne permet pas d’exposer des solutions pourtant simples et radicales, non pas pour « régler le problème », mais pour, déjà, faire un pas important dans ce sens. Les solutions existent, faciles à mettre en œuvre si la volonté est là. Mais comment pourrions-nous changer de paradigme, si l’essentiel des décisions est pris à Bruxelles par des fonctionnaires sans légitimité démocratique ?

Sur la question de l’UE : Puis-je ici me revendiquer européen convaincu et, dans le même temps, très eurosceptique. À l’évidence, le projet européen maastrichtien n’est pas le bon et ne correspond pas à ce que de Gaulle ou Seguin souhaitaient – ne parlons pas des Français. Il nous faut imaginer une confédération européenne dans laquelle les nations seront souveraines, l’imposer ou rien…

En effet, c’est la question démocratique qui se joue à ce niveau. Le plus illustre des citoyens de Genève, qui expliquait au XVIIe siècle que « plus l’État s’agrandit, plus la liberté diminue », le disait bien dans « Du contrat social » : « La Monarchie ne convient donc qu’aux nations opulentes, l’Aristocratie aux États médiocres en richesse ainsi qu’en grandeur, la Démocratie aux États petits et pauvres ». Et c’est une évidence, un état de grande taille, comme l’UE, ne peut être géré démocratiquement.  Et la France qui était un grand pays jusqu’au XVIIIe siècle, est devenu un petit pays dans un cadre mondialisé où tout lui échappe. Ainsi faire l’UE (fausse bonne idée) c’est donc condamner en France la démocratie. Car la nation, c’est aujourd’hui, plus qu’hier, compte tenu d’Internet, la bonne taille pour une démocratie réelle, participative. Et on peut donc écrire, sans chercher la polémique, que F. Mitterrand ou F. Hollande par exemple, mais pareillement J. Chirac ou N. Sarkozy sont ou ont été des aristocrates, fossoyeurs de la démocratie.

Mais quand on tient ce type de propos, trop de gens répondent qu’on n’y peut rien qu’on a, de toute façon, signé des traités et qu’il n’est plus possible de sortir de l’UE. Évidemment, le Brexit a rendu ces gens moins à l’aise avec ce dernier argument. Ce qu’on peut rajouter, c’est que des traités internationaux ont toujours été signés depuis la nuit des temps, mais toujours aussi, renégociés ou violés ou abandonnés. D’ailleurs, l’essentiel des traités en vigueur n’est pas respecté et j’aurais envie de dire, à la Clausewitz, que si la guerre, c’est la continuation de la politique par d’autres moyens, la diplomatie, c’est l’art de renégocier ou de violer les traités. Et puis voyons les choses simplement : Plus encore depuis la sortie de la Grande-Bretagne – et , étant un breton continental, je me demande parfois si la petite bretagne ne devrait pas demander son rattachement à la Grande (Joke !) –, l’UE, c’est la France et l’Allemagne ; et, sans la France, l’Europe deviendrait un Quatrième Reich dans lequel, l’Espagne et le Portugal, par exemple, ne pourraient rester – j’utilise le terme de Reich sans outrance, en pensant moins au troisième qu’au second qui ne devait rien aux nazis ; « Reich », c’est-à-dire « Empire ». L’Allemagne qui se réarme le veut-elle ? La France dispose donc d’une sorte de « bombe atomique » en menaçant de sortir de l’EU et chacun sait que, si une telle bombe n’est pas destinée à servir, elle n’a d’efficacité qu’en temps de paix et tant que nos adversaires et nos partenaires ont la conviction qu’on est prêt à l’utiliser.

Il suffirait donc de « peu de chose » pour retrouver notre souveraineté : agir par le bas, en refondant notre démocratie, et par le haut, en exigeant une refondation de l’EU qui passerait par la suppression du Parlement européen – oui, aller jusque là –, la réaffirmation que notre justice nationale prévaut sur la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) – oui, aller jusque là –, et exiger une réduction très importante du budget de la Commission européenne – oui, oui, jusque-là… Je disais « peu de choses », je voulais dire « volonté ». Et en attendant, il « suffirait » de bloquer énergiquement l’UE, dans toutes ses décisions pour provoquer une crise nécessaire, salutaire, par un jusqu’au-boutisme assumé. Après la politique de la chaise vide, celle du pied dans la porte. À voir si l’EU pratiquera alors, à notre égard, celle du pied dans le c..

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