Nostalgie

J’ai du temps, je range des trucs. Autant le faire pour éviter à mes héritiers cette corvée. Ils auront suffisamment à faire ; et préfèreront s’intéresser à la cave. J’ai gardé de mon enfance mes albums de timbres. Je les retrouve, sans doute devrais-je les donner à l’un de mes petits-enfants. Mais cela peut-il intéresser l’un d’entre eux ? Je feuillète les grands classeurs Yvert & Tellier, des souvenirs d’enfance me remontent aux narines, tendres effluves d’un temps lointain. Gamin, je préférais passer des heures studieuses à classer des timbres, alors que mon frère ainé allait, lui, jouer au football avec ses copains ; il était plus balaise que moi. Je regarde ces petites vignettes qui magnifiaient la France : personnages célèbres, sites touristiques de la métropole et de nos anciennes colonies. Mon esprit s’évade et je revois aussi les trains des années de ma jeunesse, avec leurs compartiments et les photos en noir et blanc de nos plus beaux sites. La Poste, la SNCF, de grandes entreprises nationales et populaires qui savaient assumer leurs missions tout en magnifiant notre beau pays, participer, à leur façon, à notre roman national.

L’année philatélique 59, je l’ai sous les yeux, débutait par des images du Palais de l’Élysée avec le drapeau national en premier plan – non ! pas celui de l’UE ; un timbre à 30 francs, vert foncé. Puis, à côté, Évian-les-Bains, Rivière sens en Martinique, et sur la même page, les héros de la Résistance honorés par cinq timbres, mais aussi le Centre atomique de Marcoule et le Palais du CNIT, et puis encore des « célébrités françaises », et toujours la mise en valeur de nos villes. Tous ces timbres nous parlent d’une certaine France, de ses régions, de ses villes, de ses hommes et femmes d’exception, une France sans honte, fière, mais qui disparait faute d’être suffisamment aimée, défendue par les Français. Et je remarque aussi la beauté de ces vignettes, monochromes pour l’essentiel, grises, bleu céruléen ou outremer, rouge ou sépia, vert olive… Quelle beauté !

Je compare avec les timbres d’aujourd’hui, aux couleurs éclatantes, la photo remplaçant souvent la gravure en taille douce. Quelle vulgarité ! Et puis on a perdu les dents, sacrilège ! Mais c’est à l’image d’une époque sans dents – comme dit l‘autre –, en fait, sans couilles.

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